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BOUIRA - Production de tomate industrielle

La filière à la recherche d’investisseurs

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ANNABA le 06/07/2008 La collecte de la tomate destinee a l'industrie de l'agro-alimentaire un metier saisonier fait essentielement par des femmes et des jeunes chomeurs pour la plupart d'entre eux.Pour cinq cent dinars (500) la journee de travail de six heures.( photo chamsou newpress )

La filière de la tomate industrielle détient des atouts considérables dans la wilaya de Bouira, mais elle n’attire pas grand monde parmi les agriculteurs.

Mise sous le thème de l’essor de la tomate industrielle, la journée d’information et de vulgarisation organisée récemment par la Chambre de l’agriculture de la wilaya a drainé plusieurs dizaines d’agriculteurs. Une filière pour laquelle les opportunités existent mais demeurent encore inexploitées de l’avis de M. Zenouche, secrétaire général de la Chambre de l’agriculture de la wilaya.

C’est ainsi que Mme Lamara, de l’Institut technique des cultures maraichères industrielles (ITCMI), s’est attelée à démontrer les différentes techniques de la production de la tomate industrielle devant les présents, agriculteurs et industriels.

L’oratrice a, d’emblée, fait un tableau exhaustif de la situation du secteur en mettant en exergue qu’en Algérie, la culture de la tomate industrielle constitue l’espèce la plus importante parmi celles cultivées comme le tabac, l’arachide et autre. Selon les statistiques affichées, la tomate représente une superficie de 12.173 hectares, soit 57.36% par rapport à la superficie globale réservée aux cultures industrielles.

Sa production est de 3.822.731 quintaux équivalent à 95,57% de la production totale des cultures industrielles et représente, de fait, un intérêt indéniable pour l’économie nationale agricole. Pour l’experte de l’ITCMI, les variétés de tomates les plus cultivées en Algérie sont les variétés fixes avec la Rio Grande, Elgon, Castlong, Heintz 1350, Sabra, Pico de Aneto, Giaron…

Il existe également les variétés hybrides, telles Aicha, Fehla, Baguira, Nun 6108, Issma, Bopcat, Zine 40, Jocker, Lesto, Fafety, Zigola, Zenith, Syhen, Chebli, Sabra, Storm… Pour les variétés à maturité groupée, les plus fréquentes sont les Albatros, Baraka, Ercola, Perfect Peel, Talent… Les zones de production sont l’Est du pays avec les wilayas d’Annaba, El Tarf, Skikda, Jijel, Guelma, au centre avec Boumerdès, Tipaza, Blida, Ain Defla et Chlef, alors qu’à l’ouest, ce sont les wilayas de Relizane, Mostaganem, Sidi Bel Abbes et Ain Temouchent.

La récolte de tomates peut faire l’objet de trois à quatre cueillettes échelonnées sur un à deux mois et les fruits cueillis doivent être manipulés avec soin afin d’éviter leur blessure. Le rendement varie entre 40 et 120 tonnes à l’hectare selon la qualité de l’entretien consacré à la culture et selon les conditions climatiques.

Le vent chaud tel le chergui hâte la maturation et réduit fortement la fermeté des fruits, ce qui diminue énormément les chances de réussite de la récolte. Lorsque le vent chaud souffle de manière forte et prolongée, aucun fruit ne peut être cueilli et le rendement est alors nul malgré la charge de la plante en fruits», expliquera Mme Lamara.

Pour M. Zenouche, secrétaire général de la chambre d’agriculture de la wilaya de Bouira, il s’agit là de la première séance de ce genre et la technique du travail du sol pour améliorer le niveau de production est essentielle pour la réussite de ce challenge : «À l’issue de cette journée, nous devons aboutir à la signature d’une convention avec les conserveries et unités de transformation de la tomate représentées par les industriels, pour permettre aux agriculteurs de se pencher sur cette filière afin de se reconvertir dans la production de la tomate industrielle.

Cela ne manquera pas d’avoir des répercussions sur la création d’emploi au profit des jeunes. Espérons que cette activité suscite l’engouement auprès de nos agriculteurs. Il faut savoir que la superficie actuelle dédiée à la tomate de consommation à travers la wilaya de Bouira se situe entre 50 et 100 hectares, concentrés essentiellement du côté nord vers Kadiria, Lakhdaria, avec un petit transfert du côté d’Ahnif, Bechloul et El-Adjiba mais cela reste des petites superficies.

Toutefois, avec les propositions des industriels, on espère augmenter les surfaces car les périmètres irrigués d’El Asnam et Ain Bessem font presque exclusivement de la pomme de terre», estime M. Zenouche. Pour Abdelhamid Ouchrif, propriétaire de quatre unités de transformation de la tomate et de tous les fruits de saison, il est impératif que la wilaya de Bouira rejoigne les régions agricoles spécialisées dans la production de tomates industrielles.

«Avec les 15 années d’expérience que j’ai acquis dans le domaine, je crois savoir que la wilaya de Bouira, avec ses terres et son climat, se prête favorablement à la culture de la tomate industrielle et aujourd’hui, nous venons expliquer nos motivations afin de voir les agriculteurs de cette région adhérer à cette démarche. À travers l’expérience acquise à Adrar, cela m’a permis de développer d’autres régions en créant des pôles dans d’autres wilayas.

Il faut savoir qu’au lendemain de l’Indépendance, seules les wilayas d’Annaba Skikda, Guelma et El Tarf étaient connues dans la production de tomates industrielles. Actuellement, nous sommes en train de redessiner la carte de production de tomate avec le pôle qui est né au niveau d’Adrar, au sud, ainsi que le pôle de Naâma que nous sommes en train de développer. Aujourd’hui, nous sommes à Bouira car ses terres fertiles se prêtent parfaitement pour l’exploitation de la tomate industrielle.

J’espère que dorénavant, beaucoup d’agriculteurs vont nous rejoindre en bénéficiant de notre expérience et de notre appui pour que la réussite soit totale à Bouira. Nous avons une usine de transformation à Sétif et le transport n’est pas un problème car nos usines dans le grand sud font parvenir des tomates sur des distances de plus de 1 000 kilomètres d’Ain Sefra, dans la wilaya de Naâma, jusqu’à Reggane à Adrar et nous œuvrons pour le développement de la filière et voulons sa réussite c’est ça le plus important», se félicite M. Ouchrif.

Atouts, faiblesses et perspectives du secteur

Selon Mme Lamara de l’Institut technique des cultures maraichères industrielles, au rang des atouts, la région bénéficie de conditions favorables. Son climat et son sol sont propices à la culture de la tomate industrielle et donc à son intensification.

«Avec les plaines fertiles de la wilaya de Bouira, l’accroissement de la production devrait être rapide et meilleur, en plus de ce milieu favorable, la filière de la tomate industrielle dispose d’un bon encadrement avec les différents instituts agricoles, la Chambre d’agriculture de la wilaya ainsi que la direction des services agricoles». Toutefois, pour le cadre de l’ITCMI, il existe des contraintes à supprimer pour l’essor effectif de la filière.

L’intervenante citera, entre autres, les contraintes techniques, les contraintes organisationnelles, socio-économiques, les contraintes à la consommation et les contraintes à la transformation. Autant d’obstacles qui freinent le développement de la tomate industrielle et c’est pour cela que l’itinéraire technique a été finement passé en revue devant les agriculteurs pour assurer une excellente production au rendement maximum.

L’Algérie peut aisément satisfaire les besoins en légumes et de la tomate en particulier de la population, mais selon Mme Lamara, «il faut s’efforcer d’accroître la production au même rythme que les besoins nationaux qui augmentent en fonction de l’évolution démographique et de l’amélioration de la vie». Seront, par ailleurs, mises en exergue les actions à mettre en œuvre pour le développement de la tomate industrielle, comme le rapprochement entre les producteurs et les transformateurs dans un cadre de partenariat les liant par un contrat signé de manière bilatérale.

Egalement souhaité, la mise en place d’accords interprofessionnels régionaux ou nationaux pour définir différentes modalités, comme le prix minimum garanti au profit du producteur. C’est justement le prix de vente auprès de l’usine qui suscite des interrogations des agriculteurs s’étonnant de savoir que le prix de 12 dinars le kilogramme de tomates était une norme pratiquée par les gérants des unités de transformation.

Un prix référentiel largement contesté lors des débats ayant suivi cette journée. La plupart des présents ont, ainsi, estimé que ce tarif freine l’essor de l’agriculture, même si les transformateurs se sont défendus en argumentant qu’ils prennent en charge les frais de transport et que les 12 dinars étaient le seuil minimum, de même qu’en cas de hausse des tarifs de la tomate sur le marché, les agriculteurs pouvaient prétendre à une augmentation.

Un ensemble de modalités qui sont mentionnés dans le contrat proposé. Les agriculteurs se sont également interrogés si les transformateurs pouvaient les accompagner dès le départ avec des aides quelconques, aussi bien pour l’acquisition des plants de tomates, de produits phytosanitaires et avance financière pour préparer leurs cultures. À ce sujet, M. Ouchrif répondra par la négative : «Nous allons entamer un travail d’essai cette année avec les agriculteurs de la wilaya de Bouira, ensuite nous verrons comment nous pouvons vous apporter de l’aide concrète pour les prochaines années.

Mais avant, il faut montrer vos compétences et votre bonne volonté. Sachez que nos usines de transformation acceptent tous les calibres de tomates, la seule exigence que nous avons et qu’elles soient mûres et saines, sinon pour le calibre, nous ne sommes pas exigeants comme le sont les marchands de gros ou les clients sur les marchés étant donné que le produit est destiné à la transformation», expliquera M. Ouchrif.

Ce dernier soulignera, par ailleurs, que les dernières mesures prises par le gouvernement sont salutaires, en taxant fortement l’importation du double et du triple concentré de tomate. Un décret fixant à 200% la taxe douanière visant l’importation de ce dérivé de tomate en provenance généralement de Chine.

De ce fait, cela renseigne sur la volonté des pouvoirs publics d’encourager la production nationale pour les besoins de l’Algérie mais également dans l’optique d’exporter le concentré de tomate algérien vers les marchés européens et africains. D’ailleurs et selon un intervenant, il serait possible actuellement de produire près de 1 500 quintaux de tomates à l’hectare à condition de respecter l’itinéraire technique ainsi qu’en adoptant une certaine variété de tomates ayant un rendement maximum et s’acclimatant parfaitement à la région.

Le représentant de la filière de l’interprofessionnel devra, d’ici quelques jours, remettre aux transformateurs de tomates les noms des agriculteurs de la wilaya de Bouira qui se lanceront pour la première fois cette année dans la production de la tomate industrielle. Une filière décrite comme étant extrêmement prometteuse.

À noter que, selon les responsables de cette rencontre, la promotion de la production et de l’exportation du double concentré et du triple concentré est un vœu des services du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche qui s’attèle à la mise en place des mécanismes techniques nécessaires pour un meilleur rendement, ainsi que la réunion des conditions adéquates sur le plan organisationnel afin d’améliorer la performance des différents intervenants dans la promotion de cette filière

Hafidh Bessaoudi