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GRÈVE GÉNÉRALE NATIONALE - Au deuxième jour du débrayage…

La Kabylie, paralysée, s’isole !

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Au deuxième jour de la grève générale annoncée et largement relayée sur les réseaux sociaux, à la veille de la présidentielle, le tableau n’a pas changé, puisque le mouvement n’est suivi qu’en Kabylie. Dans la capitale, le centre d’Alger, le cœur, en plein Didouche Mourad, en allant vers la Grande poste, tout aura fonctionné le plus normalement du monde hier encore, comme la veille. Boutiques ouvertes, transports assurés… les citoyens vaquaient le plus couramment, comme de coutume, à leurs occupations.

Cafétérias ouvertes, établissement public et privés ouverts, services assurés partout : postes, banques et autres administrations… Vers la mi-journée un rassemblement des pro-élections a été même tenu à l’esplanade de la grande poste à l’appel de l’UGTA. Ils étaient plusieurs dizaines de travailleurs et secrétaires des Unions de wilayas de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) à avoir observé un sit-in sur place, pour exprimer leur «soutien à l’élection présidentielle, leur rejet de l’ingérence étrangère dans les affaires internes du pays et leur appui à l’Armée nationale populaire (ANP)». Les participants à ce sit-in ont scandé des slogans rejetant toute immixtion étrangère dans les affaires internes du pays, et d’autres en appui à l’élection présidentielle et aux positions de l’ANP.

Alger, une autre journée ordinaire

Du côté de Boumerdes, la cité s’est réveillée encore plus joviale que la veille avec les éclaircies du soleil qui ont illuminé la ville. Progressivement, les commerces ont levé rideaux, et les quartiers retrouvent leur animation habituelle. Rien, pas le moindre indice d’une grève générale. Les échos parvenant des autres wilayas décrivent unanimement des villes dans leur ambiance quotidienne. L’appel à la grève générale et nationale semble n’avoir été entendu qu’en Kabylie.

A Tizi Ouzou, en effet, la ville n’a pas du tout changé de décor par rapport à la veille : une cité sous les nuages, administrations désertées, portails carrément fermés, trottoirs vides, rideaux des commerces baissés, ni lait pasteurisé servi, ni pain, ni cafétéria… Même pas de presse du jour ! Pas un titre distribué. C’est dire que la grève est totale en dehors de certaines pharmacies ouvertes à demi-portes et du CHU qui a fonctionné comme habituellement. Sinon, pas de transports, pas, pas… Même les chantiers étaient à l’arrêt.

La ville est restée comme en deuil, en dehors du moment brouillant mais festif qu’a duré la marche désormais quotidienne qui s’est ébranlée, comme d’habitude, de l’université Hasnaoua jusqu’à l’ancienne place de la gare routière. A Béjaïa, la grève s’est également poursuivie pour la deuxième journée de suite aux quatre coins de la région, les commerçants ont baissé rideau. «Nous sommes en grève», pouvait-on lire sur des banderoles accrochées sur les portails des institutions publiques et des entités économiques, notamment au chef-lieu de wilaya. Cette grève n’a toutefois pas touché le secteur de la santé. Ainsi, les pharmacies étaient ouvertes et les structures de santé fonctionnaient le plus normalement du monde. Même sollicités par les usagers, les transporteurs n’ont pas assuré de service minimum, et ce, pour le deuxième jour consécutif.

Tizi Ouzou et Béjaïa, tout à l’arrêt

La gare routière de Béjaïa a été désertée durant ces deux derniers jours par les employés de la Sogral (Société de gestion des gares routières d’Algérie) et les transporteurs. Les employés de l’aéroport Soummam Abane Ramdane de Béjaïa, quant à eux, n’ont pas fait grève. Ainsi, aucun vol programmé n’a été annulé ou retardé. Avant-hier en fin d’après-midi, les commerces d’alimentation générale, les supérettes, boucheries et autre vendeurs de fruits et légumes ont ouvert leurs magasins, permettant ainsi aux citoyens de s’approvisionner en denrées alimentaires nécessaires. Projetées durant toute la semaine, plusieurs marches populaires ont eu lieu, hier encore, aux quatre coins de la wilaya.

Dans les rues du chef-lieu de wilaya, ce sont des milliers de manifestants qui ont battu le pavé pour réaffirmer leur rejet du scrutin présidentiel. La procession humaine qui s’est ébranlée depuis l’esplanade de la Maison de la culture Taos Amrouche, tout en scandant des slogans hostiles au pouvoir et aux élections présidentielles du 12 décembre, a exigé pour la énième fois la libération de tous les détenus d’opinion et la cessation des poursuites judiciaires à leur encontre. Des actions similaires ont été organisées dans les villes d’Akbou, Kherrata et Timezrit. Malgré la multiplication des actions de rue dans plusieurs villes de la wilaya de Béjaïa, aucun incident n’a été enregistré durant ces deux derniers jours.

Bouira partagée !

à Bouira, comme la veille, la wilaya était divisée entre les localités berbérophone qui ont respecté le mot d’ordre de grève et les autres qui ont fait la sourde oreille à l’image de Sour El Ghozlane, Aïn Bessem, Kadiria, Bordj Okhris, Bir Ghbalou,… Au chef-lieu de wilaya, le transport faisait cruellement défaut hier matin au niveau de l’agence de transports de voyageurs de la ville de Bouira. Une agence quasi déserte avec aucun bus vers la région-Est ni vers Ath Laâziz ou encore Haïzer. Il y avait un bus à destination de Sour El Ghozlane, deux vers Aïn Bessem et un assurant la desserte vers Lakhdaria.

Là encore, si ces bus étaient stationnés en attendant les clients, les voyageurs eux manquaient à l’appel. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses questions étaient posées aux internautes pour savoir si les bus vers Alger ou d’autres destinations assuraient le service. Un agent de la SOGRAL nous apprendra que trois bus seulement ont démarré hier matin à destination d’Alger, d’autres bus ont transité par l’agence mais les voyageurs, échaudés par leurs mésaventures de la veille, ont préféré surseoir à leurs déplacements jusqu’à la fin de la grève. Une grève qui semble avoir fait le bonheur des taxis qui, eux, étaient présents, mais là encore les rares voyageurs attendaient que les places soient occupées. «Ça fait deux heures que l’on attend à l’intérieur d’un taxi collectif mais seuls trois passagers se sont manifestés.

Le chauffeur ne veut pas démarrer et nous a demandé si on voulait payer les places vides. Nous avons refusé et nous sommes descendus. Ce n’est pas la peine de voyager à cette heure-ci alors que j’ai raté mon rendez-vous qui était à 10h», déclare un jeune voulant se rendre à Sétif. Au niveau de la ville de Bouira, le transport urbain assurait le service minimum avec notamment des bus privés mais toutes les lignes n’étaient pas desservies de manière convenable. «Nous avons décidé avec un de mes collègues de travailler aujourd’hui mais comme vous pouvez le constater, il n’y a pas de voyageurs.

Nous allons assurer le travail jusqu’à midi et après si d’autres propriétaires de bus privés veulent prendre le relais, nous arrêterons car pour le moment nous ne faisons que consommer du carburant sans engendrer aucun bénéfice», indique le propriétaire d’un bus privé assurant la ligne N°5. Également présents en force les petits véhicules asiatiques plus connus sous le nom de «Capssula» qui faisaient des allers-retours en ville en quête des rares personnes qui se déplaçaient. Il faut dire que les marchés couverts de fruits et légumes de la ville étant fermés, aussi bien celui de l’Ecotec que celui de l’ex-gare routière, les usagers habituels de ces petits taxis collectifs urbains n’étaient pas nombreux.

Amar A. F.A.B. et Hafidh B.