Accueil A la une «Printemps de la victoire» à Tizi-Ouzou

Manifestations pour le départ du système

«Printemps de la victoire» à Tizi-Ouzou

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Ce fut un vendredi exceptionnel qu’a vécu la ville de Tizi-Ouzou hier. Des centaines de milliers de personnes ont battu le pavé dans une marche grandiose «contre le prolongement du 4e mandat et contre le système».

La mobilisation demeure intacte, elle ne fléchit pas. Bien au contraire, elle a dépassé celle du 8 mars dernier, elle a pris un élan ascendant cette semaine, après la série de mesures prises par le Président sortant Bouteflika, dont son renoncement à briguer un 5e mandat, le report de l’élection et l’annonce d’une conférence nationale inclusive.

C’est justement autour de ces thèmes que s’est axée la marche d’hier, où la réponse est venue directement de la population à travers cette mobilisation record. «Du jamais vu !», c’est le commentaire qui revenait souvent tout au long de cette marche, pour qualifier la foule qui avançait. Les signes d’une adhésion massive à la marche étaient déjà visibles de très bon matin.

A 9h à peine, plusieurs dizaines de jeunes commençaient à affluer devant le portail universitaire de Hasnaoua, lieu d’où la marche allait prendre son départ. Les manifestants venaient des quatre coins de la wilaya. Progressivement, l’endroit se remplissait, jusqu’à saturation. Les jeunes avaient dressé un décor exceptionnel, avec les drapeaux, national et amazigh. Vers midi, la foule avait atteint le CHU Nedir Mohammed, sans bouger du portail de l’université.

La marche n’a pris son départ que vers 13h30. Difficile de se trouver une place dans la foule, qui trouvait des difficultés à avancer. Toutes les places étaient quasiment saturées. Les messages politiques, parfois satiriques, ne prêtaient à aucune confusion sur la nature de la revendication.

«Système dégage», «Vous prolongez le mandat, on prolonge le combat», «On ne négocie pas la volonté du peuple», «Pour la mise en place d’une assemblée constituante», «Nul ne peut dévier un peuple sur le chemin de sa destinée», «Ni prolongation, ni report ! Partez», «20 ans Barakat», «La seule réforme possible, votre départ», «Non au bricolage, non au recyclage, système dégage», «Respectez la constitution !», «Pour une deuxième République», «1980 printemps de l’espoir, 2001 printemps noir, 2019 printemps de la victoire» (…) sont entre autres quelques slogans qu’on pouvait lire sur les banderoles brandies. Les manifestants, organisés en carrés, n’ont cessé de scander, tout le long du trajet emprunté, des slogans hostiles au pouvoir en place. Des partis politiques, notamment le FLN, n’ont pas été épargnés. L’autre point important à signaler, c’est le caractère «pacifique» indiscutable de la marche, puisque les manifestants en ont fait un mot d’ordre qu’ils n’ont cessé de répéter. Les manifestants ont parcouru dans la ferveur la grande rue, pour arriver à la place de l’olivier comme d’habitude. Les chants des stades réadaptés à la situation politique, les chansons du Rebelle Lounes Matoub, l’hymne national et d’autres chansons créées par les jeunes pour l’occasion n’ont cessé d’être entonnées très fort. Hommes, femmes, enfants, toutes les catégories de la société, des handicapés, des militants, des responsables politiques locaux de l’opposition et même des partis du pouvoir, ont marché tous ensemble pour un même objectif : «libérez l’Algérie». Le Président français Macron s’est attiré les foudres des manifestants, plusieurs slogans et affiches qui lui sont hostiles ont été brandis, lui reprochant sa prise de position en faveur du pouvoir algérien. La foule a observé un sit-in, pour ensuite se disperser et laisser places aux autres groupes qui arrivaient derrières. La manifestation s’est poursuivie jusque tard dans l’après-midi, avant que les manifestants ne se dispersent dans le calme. Ce fut une journée de «fête et de révolte», sans aucun incident ni dérapage. Aucun dispositif sécuritaire particulier n’a par ailleurs été déployé.
Kamela Haddoum.