Le petit théâtre de la maison de la culture Mouloud Mammeri a abrité, avant-hier, une conférence animée par le cinéaste Ahmed Bedjaoui autour de son livre Le cinéma a son âge d’or, cinquante ans d’écriture au service du septième art.
Ahmed Bedjaoui insiste sur le fait que son livre retrace l’âge d’or du cinéma en général. Dans ce dernier, il évoque de grands noms de cinéma, notamment Visconti, Alberto Lattuada. «Je rends hommage à des gens qui ont marqué le cinéma mondial et algérien», soulignera-t-il. L’intervenant note que dans certains films algériens, on n’explique pas pourquoi le peuple s’est révolté.
On parle directement des héros et du 1er novembre sans citer les différents évènements qui ont précédé la guerre de libération. «Dans le système éducatif national, on a appris aux écoliers que l’âge d’or du cinéma c’est celui qui glorifiait un héro fait de marbre. Ce sont des films dans lesquels on parle de la révolution armée et dès le départ du film, le héro est un héro.
C’est pour cela que je dis par exemple que ‘’Chroniques des années de braises » est un film qui dure. Parmi tous les films auxquels est attaché ce vocable de l’âge d’or, je pense que le seul qui émerge vraiment parmi les films d’état c’est celui là, parce qu’il remontait dans l’Histoire de l’Algérie, il expliquait également les grandes épidémies comme le typhus, les sécheresses, les expropriations…
Il raconte pourquoi on en est arrivés là. Les autres sont inscrits directement dans l’action mais ils ne parlaient pas du 8 mai 45. Curieusement, il n’y a pas eu de films sur ces événements jusqu’à ‘’Hors la loi » qui a consacré 10 mn seulement sur 2h10», notera le cinéaste. Pour lui, le film «Les enfants de novembre», du réalisateur Moussa Haddad, est un chef d’œuvre absolu.
«À mon avis, il égale la bataille d’Alger, son tort est d’avoir était fait en 16 mn». Dans son intervention, le conférencier confirme que pour faire un bon film, on n’a pas besoin d’utiliser les grands moyens. Il site comme exemple Youcef Sahraoui qui se promène caméra à la main et qui suit le petit garçon dans les ruelles de la Casbah. «Ce ne sont pas les moyens qui donnent la qualité.
Quand on voit la qualité du cadre de Youcef Sahraoui c’est époustouflant. Malheureusement aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’est devenu le négatif du film. Heureusement qu’il a été repris sur la vidéo, mais il est absolument urgent de sauver ses films parce que c’est note mémoire, c’est ainsi qu’on peut distinguer le vrai du faux». Ahmed Bedjaoui déclare : «Nous avion 454 salles à l’indépendance en Algérie pour 9 millions d’habitants.
C’était un ratio qui était supérieur à celui de l’Angleterre et à celui de l’Espagne. Ils avaient moins de salles par millier d’habitants que nous. En Algérie, les salles étaient toujours pleines. ‘L’opium et le bâton’ et ‘Les vacances de l’inspecteur Tahar’ ont fait plus de deux millions de spectateurs. Aujourd’hui quand un film fait cinq mille spectateurs, c’est un miracle.
Le système de l’époque était économique. Il faisait travailler plus de cinq mille personnes dans les différents métiers du cinéma. Les films étrangers étaient taxés à 40% qui partaient vers les impôts, dont 14% des recettes étaient prélevés pour un fond d’aide au cinéma et à la technique cinématographique, les 60% sont partagés entre exploitants et producteurs.
Tout le cinéma algérien jusqu’à l’année 80 a été produit avec cet argent. Celui qui produisait réellement les films c’était le spectateur, c’était lui qui payait au guichet. Aujourd’hui, il n’y a plus de recette, plus de fiscalité. C’est l’État qui finance». La solution, selon Bedjaoui, pour que le cinéma puisse retrouver son public, «c’est de mettre des multiplexes proches des grandes surfaces, tels que Ardis, là où il y a du stationnement, il faut offrir des cafétérias…
Là les gens reviendront». «Je ne pense pas que les salles du centre-ville soient encore une solution adaptée aux règles de consommation d’aujourd’hui», a-t-il ajouté. Pour rappel, la conférence a été suivie d’une vente-dédicace du livre de l’auteur.
Sonia Illoul

