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Houcine Hazène, artisan bijoutier

«La contrefaçon est notre grand ennemi»

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Le bijou d’Ath Yenni est un héritage ancestral transmis de génération en génération. Constituant la référence par excellence des Ath Yenni, le bijou est un art qui fait la fierté de la région. Houcine Hazène n’échappe pas à la règle, ce sont ses parents qui lui ont légué cette passion et cet amour du métier. Dans cet entretien, il nous parle de cette passion et des difficultés rencontrées dans son travail.

La Dépêche de Kabylie : Comment avez-vous appris ce métier ?
Houcine Hazène
: J’ai appris ce métier dès mon jeune âge, je suis spécialisé dans le bijou d’Ath Yenni. Mes parents sont artisans, c’est eux qui m’ont appris les ficelles du métier, surtout ma mère. Ensuite, j’ai travaillé dans l’atelier d’un parent en 1994 et maintenant j’ai mon propre atelier.

D’où vous procurez-vous la matière première ?
Je me procure la matière première à savoir l’argent et le corail de l’Agence nationale pour la distribution et la transformation de l’or et des autres métaux précieux (AGENOR), malheureusement en petite quantité. Ce n’est pas suffisant, alors il m’arrive souvent d’avoir recours au marché noir. D’ ailleurs pour le corail, on le mélange avec de la résine pour obtenir de grandes pièces.

Quelles sont les étapes principales dans la création d’un bijou ?
On fait fondre les pièces d’argent et des déchets ou bien la plaque et le fil qui sont coupés à la dimension désirée. La plaque est limée et découpée à l’aide de la cisaille. Les motifs sont faits avec une pince, la pince plate… Il y a des moules prêts mais on peut créer nos propres motifs. Ça dépend de l’artisan et de son imagination. Ensuite, on se débarrasse de toute impureté due à la soudure.

L’artisan procède à la décoration avec les couleurs telles que le vert, le jaune et le bleu, utilisées avant dans le bijou kabyle. Actuellement, on a rajouté d’autres couleurs notamment le rouge. La pièce passe au four, le bijou est rehaussé par le corail. On arrive à la dernière étape qui est le rinçage pour enlever toute trace d’acide. Ça se fait avec un matériel spécial ou bien à la main pour le faire briller.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en tant qu’artisan bijoutier ?
En plus de la difficulté de nous procurer de la matière première, la vente a baissé à cause d’un problème qui menace notre métier, celui des bijoux contrefaits et imités sur les modèles de nos bijoux importés de Chine. Ce sont des bijoux de fantaisie réalisés, mais qui donnent un sérieux coup au bijou authentique. La contrefaçon est notre grand ennemi. Il faut qu’il y ait beaucoup d’expositions à l’échelle nationale et surtout internationale pour aider les artisans. C’est vraiment malheureux que nos traditions soient importées. En principe, c’est à nous de les faire connaitre, de les exporter et les promouvoir.

Sonia Illoul.