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Une question complexe de l’identité

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L’auditorium de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou a abrité durant trois jours (les 13, 14 et 15 octobre), les travaux du
1er Colloque international sur «La chanson kabyle et berbère : une quête identitaire et revendicative permanente». Ce rendez-vous visait, selon les initiateurs de l’événement, à cerner, d’une part, la chanson kabyle et berbère comme phénomène social total et, d’autre part, à éclaircir la question complexe de l’identité afin de la redéfinir, en lien avec le cours de l’histoire, dans le contexte culturel, sociologique, littéraire et linguistique.

Pour se faire, les participants au colloque, et chacun dans sa spécialité, ont essayé d’apporter des éléments de réponses à ces deux questions principales : L’affirmation identitaire est-elle une forme de résistance aux menaces de destruction de la structure sociale, culturelle et de l’authenticité berbères ? Quelles sont les nouvelles formes et les nouveaux imaginaires de la lutte et de l’identité ? Des questions qui exploraient plusieurs axes relatifs à la question de l’identité berbère et portaient, entre autres, sur la dimension poétique, sociologique, imaginaire, politique et la résistance. Sous le thème «La chanson kabyle comme forme de critique des mutations socio-identitaires de la Kabylie», le Dr Hakim Hamzaoui, enseignant à l’École de journalisme d’Alger, s’est intéressé à l’analyse du contenu d’une trentaine de chansons de différents artistes, à l’instar de Zedek Mouloud (Taqbaylit-nni), Lekhdar Sennane (Adrar-iw), Matoub Lounes (Yelḥeq-d zzhir), Dahmani Belaid (El Ḥarraga), Boudjema agraw (Ttfuh i tilivizyu), Zimu Mourad (Lejdud), Mohand Ouali Kezzar (Ǧerǧer), entre autres.

«L’analyse de ces chansons nous renvoient à ces trois axes principaux : Le regret de la disparition de l’ancien mode de vie, le délaissement de la langue et la culture kabyles de nos jours et médiatisation, émigration et atteinte à l’environnement comme forme d’abandon de la culture kabyle», relève le conférencier. Dans le premier axe, trois thèmes sont abordés. Il s’agit, selon l’orateur, de la disparition des valeurs de l’époque, la disparition des traditions et la perte du patrimoine linguistique.

Idem pour le deuxième axe qui traite des trois thèmes également : Une langue kabyle parlée de moins en moins, des mutations défavorables à l’épanouissement de cette culture et des intellectuels kabyles qui consacrent leurs efforts à développer des langues et cultures étrangères alors qu’ils abandonnent la leur. Pour étayer ses propos, l’intervenant propose à chaque thème traité des passages de chansons. On y trouve, par exemple, pour Taqbaylit-nni de Zedek Mouloud : «Di Tizi Uzzu, teẓẓun tizdayin, la yettru wuzzu, ḥeznent tzemmrin». Enfin, Dr Hamzaoui conclut sa communication par ce constat : «Nous sommes face à l’avènement de la chanson autocritique».

Pour sa part, le Dr Koussaila Alik de l’université de Tizi Ouzou s’est penché sur «La problématique identitaire dans la chanson engagée d’expression amazighe (kabyle)» en soutenant que l’identité et la culture dans la littérature amazighe (kabyle) est un reflet de la vie quotidienne car, «tout individu se décrit et se révèle par son identité et chaque société ne vaut, entre autres, que ce que vaut sa culture», explique-t-il. Abordant le cheminement de la chanson berbère en général et kabyle en particulier, l’orateur précisera : «Dès les débuts des années vingt, nous voyons l’émergence des chants révolutionnaires, populaires et patriotiques.

Une chanson qui va constituer une source d’informations précieuses et qui permettra une meilleure connaissance du colonisateur, mais aussi de retracer une image parfaite de la société kabyle de cette époque», et d’enchainer : «Après l’indépendance, la chanson kabyle aborde la question identitaire sous un autre aspect, en mettant en valeur, entre autres, la langue et la culture amazighes qui ont été réprimées des années durant. Cela a favorisé l’apparition des chanteurs kabyles, en l’occurrence Slimane Azem, Imazighen Imoula, Abranis, Ideflawen, Lounis Aït Menguellet, Matoub Lounès, Zedek Mouloud, en évoquant la situation que traverse le pays après l’indépendance». Pour l’intervenant, la thématique de leurs chansons expriment l’enclave, l’attachement à la terre et aux origines, l’exil et le sentiment d’appartenance.

F Moula