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Manque d’approvisionnement et grossistes peu scrupuleux à Bouira

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«Un coup ils viennent, un autre ils nous disent qu’ils ont eu une urgence ou un empêchement et parfois, ils prétextent qu’il y a sur la route d’énormes embouteillages qui les empêchent de nous servir à temps,» se plaint-on des livreurs à Bouira

La sardine au niveau de la wilaya de Bouira se négocie à prix d’or. C’est du moins ce qui a été constaté à travers les différents points de vente que compte le chef-lieu de la wilaya. Une ville qui ne compte en réalité qu’un seul poissonnier exerçant dans un stand situé au niveau du marché couvert. Ainsi, les consommateurs devront débourser pas moins de 300 DA le kilogramme, pour la sardine de moyenne qualité ce prix pouvant atteindre les 400 voire les 450 DA/kg pour une sardine digne de ce nom. Mais à quoi est due cette hausse vertigineuse des prix ? Est-ce par manque d’approvisionnement en poisson frais, ou sont-ce les grossistes qui jouent aux apprentis ‘’ boursicoteurs’’, en spéculant sur le prix ? Ou encore, les intempéries qui auraient contraint les pêcheurs à rester à quai, diminuant par conséquent l’offre en produits de la mer ? Selon certains poissonniers à la sauvette interrogés, il y aurait d’énormes difficultés d’approvisionnement en poissons, notamment auprès des pêcheries de Boumerdès, Alger ou Béjaïa. 

Un réseau de distribution «à vau-l’eau »

En effet, ces poissonniers se disent «  lésés » par les distributeurs qu’ils accusent de ne pas être réguliers dans leur approvisionnement : « un coup ils viennent, un autre ils nous disent qu’ils ont un empêchement et parfois, ils prétextent qu’il y a trop d’embouteillages pour nous servir à temps », fulminera Mahfoud, vendeur de poissons devant le marché de l’Ecotec. D’autres professionnels en produits de la mer, à l’exemple Hafid vendeur de poissons à la rue de France, souligneront le fait que les prix pratiqués sont en partie imputables à la «  malveillance » des distributeurs : « le poisson ne nous parvient pas, que voulez-vous qu’on fasse, prendre une canne à pêche et aller pêcher ? Soyons sérieux ! Les gens nous accusent de gonfler les prix, mais je peux vous assurer que quand le poisson se fait rare sur les étals, la loi de l’offre et la demande s’impose d’elle-même ». Toujours au niveau de la rue de France, qui est «  La place » du poisson à l’échelle de la commune de Bouira, les étals étaient quasi vides. Questionnés à ce sujet, certains poissonniers ont assuré qu’ils n’ont pas été encore livrés. Miloud, disposant d’un petit local proposant du poisson, a avoué qu’il a même dû fermer boutique : «  je n’ai pas de poissons, mes livreurs m’ont carrément posé un lapin ! ».  

Les grossistes mis à l’index

D’autres poissonniers, pointent un doigt accusateur vers les grossistes. Ces derniers, sont accusés d’imposer leur «  diktat ». Ainsi, bon nombre de marchands de poissons rencontrés se disent «  impuissants », face aux grossistes, qui selon nos interlocuteurs, régulent les prix du poisson à leur convenance. En effet et à en croire les différents poissonniers interrogés, certains grossistes font la pluie et le beau temps en imposant des prix d’achats aux pêcheurs, et ces derniers, qui ne vivent que de leur maigre revenu, abdiquent devant les prix fixés et jugés dérisoires. Par la suite, libre aux grossistes de «  boursicoter » sur les prix : « nous faisons face à une véritable mafia de la sardine ! », s’exclamera Hafid, avant d’ajouter : « Je vends ma sardine, 350 DA/kg et je l’achète à 3 200 DA, la caisse de 10 kg. Je travaille pratiquement à perte, si on comptabilise les frais de transports et autres charges ». Son camarade, qui propose la même sardine à différents prix, allant de 300 à 450 DA, selon la qualité lui emboîtera le pas en déclarant : « Il y a une poignée de grossistes qui tiennent le marché. Ce sont eux les voleurs et pas nous. Nous, nous nous efforçons juste de ne pas travailler à perte et c’est loin d’être évident », s’est-il plaint. Autre cause qui pourrait expliquer cette pénurie de la sardine et la flambée des prix enregistrés, ce sont les conditions climatiques qu’a connues le pays ces derniers jours. 

Des sorties en mer «  suicidaires »

De l’avis de tous, seul un fou ou un aventurier, prendrait son chalutier et sortirait dans une mer aussi houleuse qu’elle le fut ces derniers jours. D’ailleurs, les différents bulletins météo spéciaux (BMS) émis depuis le début de la semaine dernière, déconseillaient fortement aux propriétaires de chalutiers de s’aventurer dans de pareilles conditions. En effet, dans une mer agitée et des bourrasques de vent pouvant atteindre les 100km/h, il est difficile, voire impossible, aux pêcheurs de partir à la quête d’une pêche miraculeuse : « Comment voudriez-vous que les pêcheurs sortent dans de pareilles conditions ? C’est carrément du suicide », feront remarquer bon nombre d’experts des produits halieutiques.

Ramdane.B