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TIZI OUZOU - Les travailleurs mis au chômage technique

L’ENIEM de nouveau à l’arrêt !

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L’entreprise des produits électroménagers (ENIEM) de Tizi Ouzou sera à l’arrêt complet de la production dès le 2 février. L’épuisement de la matière première et le blocage des lignes de crédits sont les causes de cette mise au chômage technique.

L’euphorie pour les travailleurs de l’ENIEM de voir relancer les activités de l’entreprise n’a été que de très courte durée. Moins de 15 jours après l’annonce par le PDG de l’entreprise, Djilali Mouazer, de l’accord de la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) de débloquer une ligne de crédit pour l’approvisionnement en matière première et kits CKD, les choses ne semblent pas avoir changé d’un iota. Ce qui a contraint la direction de l’ENIEM et son comité de participation à mettre les travailleurs en congé d’office et/ou congé technique, à compter de dimanche prochain. La décision a été prise, lundi dernier, avant d’être communiquée, le lendemain (avant-hier mardi ndlr), aux travailleurs. Ainsi, le Conseil de direction, ayant élargi sa réunion aux membres du bureau du comité de participation (CP), regrettant la situation dans laquelle continue d’évoluer l’entreprise, affirme que «toutes les démarches effectuées par l’entreprise auprès de la BEA et la tutelle, pour débloquer la situation financière de l’entreprise afin d’assurer les approvisionnements nécessaires à l’activité de production, demeurent à ce jour sans suite et ce, malgré le plan de charge ambitieux présenté par l’entreprise», est-il écrit dans une note d’information signée par le PDG, M. Mouazer. Pour la direction, cette situation a provoqué une rupture de stocks de la matière première et des collections CKD». Elle souligne néanmoins que «les quelques approvisionnements placés, qui ne couvrent que quelques jours d’activité, seront réceptionnés à partir de la deuxième quinzaine du mois de mars». Ce qui sous-entend que la mise en congé d’office des travailleurs pourrait durer jusqu’au mois d’avril, si toutefois la BEA débloquait l’argent. L’arrêt technique de l’activité «décidé avec le partenaire social» offre trois possibilités aux travailleurs pour se mettre en congé. «Trois propositions ont été formulées par la direction aux travailleurs qui devraient d’abord consommer leurs reliquats de congé s’ils en ont, ou bien ils doivent accepter d’anticiper sur leur congé annuel de l’exercice en cours». Dans le cas extrême, prévient la direction, celle-ci se verrait dans l’obligation de mettre les 1 700 travailleurs au «chômage technique» comme «ultime recours», regrette la direction. Celle-ci rassure néanmoins les travailleurs qu’en cas de l’application de cette dernière mesure, ils seront rémunérés à leurs salaires de base avec en sus l’indemnité d’expérience professionnelle.

Crise conjoncturelle ?

L’ENIEM, l’un des plus vieux complexes de montage industriel en Algérie, acheté clé en main lors de la politique faste de «l’Industrie industrialisante» de feu Houari Boumediene, n’a jamais connu pareille crise qui risquerait de la mettre dans une situation de cessation de paiement si elle continue à subir les arrêts répétitifs de ses chaînes de production faute de crédits de financement. Quoique son PDG, joint hier au téléphone, écarte cette hypothèse et préfère parler d’une «crise conjoncturelle» (voir l’entretien). La raréfaction, depuis le printemps dernier, des produits finis sortis de cette usine, ayant ouvert les portes à ses concurrents de se placer sur le marché national. Bien que la situation soit quasiment pareille pour toutes les entreprises publiques et privées qui font face à des réglementations contraignantes notamment dans l’importation des matières premières et de kit de montage, les importations de produits électroménagers finis sont certes plus coûteuses, mais interdites, ce qui ne constitue aucunement un atout pour l’ENIEM, ou ses semblables, qui se verront grignoter leurs parts de marchés locaux.

En juillet dernier, le PDG de l’entreprise avait anticipé la situation actuelle à travers un cri d’alarme : «On risque la disparition de l’ENIEM», avait-il déclaré publiquement le 17 juillet, la veille de la première mise au chômage technique des travailleurs. Le blocage des importations de la matière première date de plus d’une année. L’entreprise a continué de fonctionner avec les stocks non sans provoquer des irrégularités dans l’approvisionnement de ses gros clients. Le resserrement des vis sur les crédits de grands volumes imposés aux banques publiques, conjugué à l’érosion des réserves de change ayant conduit à des restrictions drastiques dans les implorations, n’a pas tardé à asphyxier bon nombre d’entreprises de production et de montage, obligeant plusieurs d’entre elles à en arriver à des actions antisociales. «La banque ne nous donne plus de crédits, même pour l’exploitation et les approvisionnements. C’est un problème qui risque, au plus tard dans deux mois après la reprise des congés, la paralysie totale de l’ENIEM, voire une menace sur la pérennité des emplois. C’est là le problème le plus épineux», avait déclaré Djilali Mouazer, au mois de juillet dernier.
M. A. T.