Hommage au Moudjahid Hocine Lounnas

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L’APC et la kasma des Moudjahidine de Draâ El Mizan ont célébré avec faste le 65e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération nationale. Dans la nuit du 31 octobre, de nombreux moudjahidine ont pris part à la traditionnelle table ronde sur la guerre de libération nationale, avec des témoignages poignants sur ce qui s’est passé durant la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954. Vendredi matin, après un rassemblement devant la mairie, les autorités locales, civiles et militaires, et des membres de la famille révolutionnaire ont marché sur une distance de plus de cinq cents mètres jusqu’au monument aux martyrs du centre-ville.

Après une minute de silence à la mémoire des martyrs, une gerbe de fleurs a été déposée devant le mémorial, suivie de la lecture de la Fatiha du Coran. Puis, il y eut quelques témoignages sur cette date historique et sur le cours de toute la guerre de libération nationale. Le deuxième événement fut l’hommage rendu, au village Sanana, au regretté Moudjahid, Hocine Lounnas, dit L’Hocine Salem, décédé le 10 septembre dernier. Tout a commencé par quelques témoignages à son domicile. «Mon défunt mari prit le maquis alors qu’il n’avait que dix-sept ans. En dépit de son jeune âge, il fut intégré dans le groupe qui activait dans la région.

Cependant, ce qui le marqua beaucoup furent les tortures qu’il subit à Tizi-Gheniff, puis à Tigzirt, quand il fut arrêté. Il passa 45 jours sans manger. Il échappa à la mort car il fut jugé et emprisonné à Tigzirt. S’il avait été relâché, il aurait été tué par le responsable de la caserne de Tizi-Gheniff qui voulait avoir sa peau», racontera sa veuve. L’un de ses frères dira : «Dda L’Hocine n’avait que dix-sept ans quand il commença à militer au sein du front avec son apport en logistique et en informations. Mais ce n’est qu’en 1958 qu’il rejoignit ses frères au maquis, emportant avec lui une bombe lâchée par les soldats français mais qui n’avait pas éclaté.

L’engin fut utilisé dans un attentat commis sur la route vers Tizi-Gheniff, où un camion militaire a sauté dessus. Il poursuivra sa lutte sous la responsabilité d’Ali Bennour et de Mohamed Belaouche, jusqu’au jour où il fut arrêté, en 1959. Nous n’avons pas eu de nouvelles de lui durant des mois. Puis un jour, nous apprîmes qu’il était dans un camp à Tigzirt. Il y passa de longs mois avant d’être libéré peu avant l’indépendance du pays. Ce fut un maquisard intègre, il gagna ensuite sa vie à la sueur de son front. Il est resté actif et dynamique jusqu’à sa mort le 10 septembre 2019, à l’âge de soixante-dix-neuf (79) ans.

Je dirai qu’il a emporté avec lui beaucoup de secrets». La deuxième escale de la commémoration fut l’inauguration de l’épitaphe sur sa tombe, fraîchement construite au cimetière du village. Il y avait en plus de sa famille, des moudjahidine, des représentants du musée du Moudjahid de Tizi Ouzou et plusieurs citoyens. Après une minute de silence observée à sa mémoire et le dépôt d’une gerbe de fleurs sur sa tombe, un jeune poète du village, non-voyant, Fodhil Lounas, lut un poème qui met en exergue les qualités du défunt. Son fils Slimane reviendra ensuite sur la vie de son père: «Je l’appelais âmmi L’Hocine. Vraiment, il y avait une grande complicité entre nous.

Il m’a raconté toute sa vie dans le maquis et surtout dans le camp de Tigzirt où il subit les d’atroces tortures et sévices. En 1963, il a rejoint les rangs de l’armée jusqu’en 1973, avant de demander sa retraite au grade de sergent-chef. Puis, il travailla comme agent de service au CEM Belaouche Mohamed de Bordj Menaïel avant de partir une seconde fois en retraite civile au début des années 90. Il consacra son temps à l’éducation de ses enfants et au travail artisanal avec passion et dévouement. Âmmi L’Hocine a aussi beaucoup écrit. D’ailleurs, j’ai l’intention d’éditer tout ce qu’il avait écrit».

L’imam lut la Fatiha du Coran puis l’épitaphe drapée de l’emblème national fut dévoilée devant les applaudissements et des coups de feu tirés à sa gloire et à celle de tous les martyrs par son fils. «Pour que personne n’oublie! Ici repose le Moudjahid Lounnas Hocine né le 10 juillet 1940 à Sanana (Draâ El-Mizan), décédé le 10 septembre 2019. Militant à l’âge de 17 ans, il rejoint les rangs de l’ALN en 1958 dans la zone 4 de la wilaya 3. Emprisonné en 1959, les affres de la guerre, les tortures et les supplices n’ont que renforcé sa foi et la justesse de son combat jusqu’à l’indépendance. Plus tard, il intégra les rangs de l’ANP jusqu’en 1973 qu’il quitte pour la vie civile», est-il écrit sur la plaque commémorative. Dans l’après-midi, de nombreux témoignages ont été recueillis sur son parcours héroïque et sur toute sa vie avant qu’une waâda ne soit offerte aux invités.

Amar Ouramdane

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