«Intégration des textes de Matoub dans les manuels scolaires»

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L’intégration des textes de Matoub dans les manuels scolaires est parmi les recommandations du colloque organisé par l’université Mouloud Mammeri, mercredi et jeudi derniers, sous le thème «L’œuvre de Lounès Matoub revisitée». Selon le président du comité scientifique, De Saïd Chemakh, le colloque s’est déroulé dans de bonnes conditions : «Premièrement, il y avait cette distinction, c’est-à-dire la remise du prix de mémoire à titre posthume à Lounès Matoub, l’équivalence d’un doctorat honoris causa.

Deuxièmement, on a vu des lectures des textes matoubiens de différentes façons : psychologique, psychanalytique, sémiotique, etc.», indique-t-il. Pour ce qui est des communications, on citera, entre autres, l’intervention de Mme Noura Yefsah sous le thème «Lecture psychologique et psychosociale du poème de L. Matoub : Ad kem-ǧǧeɣ yewweḍ-d lawan». Pour l’oratrice, annoncer une maladie incurable par le patient va changer radicalement le cours de sa vie et sa perception de l’avenir : «Justement dans ce poème, Matoub Lounès se met à la place d’un homme, un père, atteint d’une maladie incurable.

a mort approche, il s’adresse spécialement à sa femme, la mère de son enfant», dira-t-elle. Pour Mme Yefsah, c’est là où réside l’importance de cette œuvre artistique : l’accompagnement de l’individu dans sa douleur. «Il doit alors oublier son choc pour assimiler les informations nécessaires et ses souhaits à propos de la préservation de la santé de sa femme, l’éducation de son enfant, l’image du père après sa mort dans la formation de la personnalité de l’enfant et son accompagnement pendant le deuil», soutient-elle.

Pour cette doctorante en psychologie à l’UMMTO, «ce poème a une fonction psychologique et sociologique». D’autre part, le Dr Alik Koussaïla s’est intéressé à «L’œuvre poétique et musicale de L. Matoub : de la chanson populaire à la chanson engagée». Le conférencier aborde l’œuvre de Matoub Lounès avec ses deux aspects : d’une part, sa musique inspirée de la chanson populaire (chaâbi algérois et kabyle), en se posant les questions suivantes : comment ce genre musical, créé par El Anka, est devenu par la suite un style plus efficace pour la chanson engagée d’expression kabyle ?

Quels sont les contextes auxquels sont liées ces musiques recomposées par Matoub Lounès ? De l’autre côté, il s’est intéressé à la poésie avec ses différents styles et sources d’inspiration, comme celle de Si Moh Ou M’hand, Cheikh Mohand, Slimane Azem et Cheikh El-Hasnaoui. «L’œuvre musicale de Matoub Lounès constitue un grand trésor et une richesse pour la musique populaire ‘’Ccna agherfan’’ d’expression kabyle.

Elle a influencé le milieu artistique à travers lequel les nouveaux chanteurs composent des chansons politiques, comme elle demeure aussi un moyen d’expression dans les mouvements politiques (notamment dans les milieux estudiantins), les manifestations culturelles et artistiques… Matoub a beaucoup apporté pour les modes du chaâbi (nekriz, ghrib, moual, sihli, zidan, mezmoum, sika, raml el maya).

Rebelle, une écriture autobiographique

Ce genre musical, qui était au départ un style particulier pour les chansons religieuses, reprises en arabe algérois, est devenu comme un nouveau style musical exceptionnellement matoubien pour la chanson engagée d’expression kabyle», précise l’intervenant.

Le Dr Ali Chebili, du département de français UMMTO, s’est penché, lui, sur l’écriture autobiographique dans le livre Rebelle de Lounès Matoub, précisément «L’autobiographie, texte d’expression d’un ‘’moi’’ rebelle et prétexte pour dire le destin d’un peuple nié dans son existence et son combat pour la quête de l’identité, dans Rebelle de Lounès Matoub».

S’appuyant sur des références dans les récits autobiographiques, principalement sur les écrits de Philipe Lejeune et Georges Gusdorf, pour interroger ce pacte qui lie le ‘’je’’ à son auteur, l’orateur dira : «Dans ce sens, Rebelle, de Lounès Matoub, témoigne de cette vie personnelle légendaire, douloureuse et courageuse vécue par le poète résistant. Un rebelle qui a subi des épreuves multiples et son rapport avec le monde horrible qui l’entoure».

Après avoir mis en exergue son combat infatigable au sein du MCB, ses graves blessures en 1988, causées par la gendarmerie, son enlèvement par les terroristes en 1994, sa carrière artistique, ses amitiés, sa famille…, l’orateur soulignera que «ce maquisard de la chanson n’a jamais abandonné ou dévié son combat honnête pour la liberté et l’identité berbère.

Et à travers ce récit de vie d’un opposant, c’est toute l’Algérie qui se raconte et la Kabylie mise en avant». Tout en se posant des questions sur le moi, l’autre, le passé individuel et collectif dans l’écriture autobiographique dans Rebelle, le conférencier voit que «Matoub a senti l’urgence de prendre la parole dans ce texte pour exorciser ses peines et ses blessures.

Cette mémoire personnelle, blessée et fragilisée, a aussi le pouvoir de raconter l’histoire d’un pays damné, pris en otage entre les menaces islamistes et les griffes d’un système politique dictatorial arabo-baâthiste». «La quête de notre mémoire est décidément plus forte que tout. Le combat avançait», écrivait Matoub dans son livre.

En guise de conclusion, le Dr Chebili confirme son hypothèse : «Dans Rebelle, le ‘’je’’ exprime les souffrances et le combat d’un homme courageux et incorruptible. Celui-ci se préoccupe de lui-même à travers les autres et découvre les autres à travers lui-même. Dans le processus du combat identitaire, l’auteur expose les autres aussi à son regard, et leur expose sa vision du monde tout en exprimant l’âme d’un peuple et sa langue interdite par une indépendance confisquée et d’absurdes décisions politiques», dit-il. «Le poète…doit se montrer solidaire des siens», pour paraphraser, également, Matoub.

Recommandations du colloque

A la clôture, le Dr Saïd Chemakh, président du comité scientifique, confiera à la Dépêche de Kabylie les recommandations du colloque. Il est essentiellement question de l’organisation d’autres colloques sur l’œuvre de Lounès Matoub et autres «pour ne pas rester attaché seulement à la poésie ancienne», la publication des actes de ce rendez-vous, l’introduction des textes de Matoub Lounès dans les manuels scolaires et la pérennisation de la recherche universitaire dans cet axe, d’autant plus que deux thèses de doctorat sur l’œuvre de Matoub vont être soutenues incessamment.

F Moula.

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