Accueil Kabylie Entre loisirs et petits boulots

BÉJAÏA - Vacances scolaires

Entre loisirs et petits boulots

568

Les vacances scolaires sont l’occasion pour les élèves de prévoir des sorties en famille ou entre amis, ou même de s’adonner à la vente de quelques produits pour se procurer un peu d'argent de poche.

Comme beaucoup de ses camarades, Boussad, élève de seconde dans un lycée à Béjaïa, a l’habitude de passer la majeure partie des vacances scolaires chez ses grands-parents qui habitent dans un beau petit village de l’arrière pays de Béjaïa. Ces derniers aiment bien le cajoler et dorloter. Toutes les bonnes choses sont réservées au petit. Sur insistance de la grand-mère, le grand-père se rend même au souk hebdomadaire de la région spécialement pour acheter de la viande et des oranges bien sucrées pour le petit fils. Aussi, Boussad c’est, avec impatience qu’il attend les vacances pour sauter dès le premier jour dans le fourgon en partance pour le village. C’est indéniable, Boussad adore ses grands-parents mais ce qui l’attire le plus au village, c’est plutôt de se livrer à sa passion favorite : le piégeage des oiseaux. C’est la période des grives et des rouges-gorges. Dès son arrivée dans la maison des ancêtres, le jeune lycéen est allé reprendre ses pièges là où il les avait remisées à la fin de la saison passée. Son plaisir est à son comble lorsque de bon matin, il sort de la maison les pièges dans une main et la binette dans l’autre. Il commence par relever les pièges placés la veille pour les grives, puis il se rend au pied d’un olivier pour y déterrer des hannetons qui lui serviront d’appâts. Mais malgré sa dizaine de pièges mises en place dans des endroits stratégiques, la récolte est plutôt maigre : à peine deux ou trois petits oiseaux. Où sont passés, se demande-t-il, les grives et les rouges-gorges qui pullulent à pareille époque dans les champs. Dans le temps, en hiver, les étourneaux arrivent par milliers, voire par millions, les grives et les rouges-gorges dont la chaire est des plus succulentes remplissent tous les buissons de lentisque et d’olivâtre. Cette année, on a l’impression que même les oiseaux ont fui le pays. D’ailleurs, même les lentisques, à la grande déception de Boussad qui passait son temps à manger les graines, n’ont rien donné cette année. Pour certains, c’est un signe d’un hiver chaud et sans pluie. Pour Boussad, c’est plutôt des vacances ennuyeuses.

L’art de la débrouille

Pour Rafik, aussitôt les vacances d’hiver entamées, il s’improvise marchands ambulants. Comme lui, d’autres élèves des paliers moyens et secondaires pour la plupart, apparemment en difficultés financières, se postent sur les trottoirs afin de s’adonner à la vente de quelques produits, histoire de se procurer un peu d’argent de poche. Ces adolescents, as de la débrouillardise, installent de petits étals sur les trottoirs en rivalisant avec les autres marchands rompus à ce genre d’activités. Généralement, ces jeunes adolescents vendent des cigarettes, des accessoires pour téléphones portables, des jouets&hellip,; bref, de quoi remplir un peu leurs poches et subvenir à leurs besoins, à l’image de Rafik, 14 ans, qui vend, lui, des glands fraîchement cueillis. Posté sur le trottoir qui jouxte le rond-point du stade, celui-ci vend des glands à 30 DA le verre. «Oui, je suis scolarisé au moyen. Je vends des glands pour avoir un peu d’argent. Ce n’est pas chaque jour que ma famille me donne quelques sous. Je dois m’en procurer pour acheter ce dont j’ai besoin», dit-il fièrement. À l’image de ce collégien, il en existe des dizaines à Béjaïa ville et d’autres agglomérations de la wilaya qui profitent du répit, donné par ces vacances d’hiver, pour gagner quelques sous, histoire de se permettre des parties dans les salles de jeux, de se payer l’internet sur le téléphone portable, d’acheter un livre, des confiseries…

Cap sur les cours de soutien

En vogue ces dernières années dans la wilaya de Béjaïa et ailleurs, d’autres élèves mettent à profit ces vacances pour se perfectionner, et ce en recourant aux cours de soutien. Durant cette période, des parents se rapprochent des écoles privées qui ont concocté des programmes spéciaux de cours intensifs au profit des élèves de tous les niveaux. Même les élèves du premier cycle suivent, désormais, des cours de soutien en mathématiques, arabe et français, les trois matières essentielles et obligatoires lors de l’examen de 5e. Généralement, ils sont dispensés durant les matinées pour permettre aux chérubins de profiter du reste de la journée. Durant les après-midis, les cours sont, plutôt, dispensés aux élèves des lycées et des collèges. «Vu les résultats de mes enfants, j’ai dû solliciter les services d’un enseignant qui donne des cours de perfectionnement», dira Abderahmane, père de trois enfants, élèves de 3e, 4e et 5e année primaire, pour suivre des cours de soutien durant les deux semaines de vacances d’hiver. Les résultats, parfois en deçà des attentes des parents, font en sorte que des parents recourent de plus en plus aux cours particuliers pour donner une assise solide à leur progéniture. Que ce soit dans les écoles privées ou dans les appartements des enseignants, ils sont nombreux les élèves qui complètent leur apprentissage en recourant aux cours de soutien.

B Mouhoub.