La mémoire toujours vive, 62 ans après…

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Les citoyens de Raffour, dans la commune de M’chedallah, ont organisé dans la nuit de lundi à mardi derniers une cérémonie commémorative de la destruction de leur village Ighzer Iwakuren, un acte perpétré par l’armée coloniale le 06 mai 1957. Après un rassemblement au niveau de la place publique baptisée de cette date, une importante foule s’est dirigée vers le carré des martyrs où une gerbe de fleurs entourée de drapeaux aux couleurs amazighes, qui a été acheminée à travers les boulevards de la localité dans un silence de recueillement, sera déposée.

Une salve de coups de feu à la mémoire des 114 martyrs que compte la tribu Iwakuren a accompagné le dépôt de la gerbe de fleurs. Rappelons que cette tribu est composée de deux villages dont le premier Ighzer Iwakuren a été détruit par l’armée coloniale le 06 mai 1957, suite à quoi, la majorité des villageois se réfugièrent au village Tadert Ledjdid, qui sera à son tour incendié le 04 novembre de la même année. Les résidents des deux villages ont été regroupés dans un centre de concentration au niveau de l’actuel Raffour que l’administration coloniale a aménagé à l’aide de tentes en toile et entouré de barbelés.

C’est d’ailleurs de là qu’est venu pendant longtemps son nom « Les toiles ». Cette stratégie a été adoptée par les Français dans le but d’isoler les maquisards de la population qui leur assurait la logistique et le soutien inconditionnel, d’autant plus que ces deux villages situés en haute montagne dans l’actuelle commune de Saharidj constituaient un grand refuge et un point de commandement « PC » où se rencontrent tous les chefs de la wilaya III historique dont les colonels Amirouche, Ouamrane, le commandant Abderrahmane Mira dont la sécurité est assurée par les groupes du lieutenant Amrouche Mouloud originaire de la tribu Iwakuren.

Rappelons que la plupart des villages de l’ex commune de Maillot, actuelle daïra de M’chedallah, ont été détruits par les forces coloniales entre 1956 et 1959 et leurs populations regroupées dans des camps de concentration similaires à celui de Raffour. Des camps que les Français ont entourés de barbelés et de miradors (puissants projecteurs pivotants) que manipulaient des sentinelles.

Ces camps étaient dotés d’une seule porte-barrière contrôlée à l’image de la cité «La gare», actuel chef-lieu de commune d’Ahnif où ont été parqués les résidents des six villages de la tribu Imellahen à côté de celui d’Ighrem qui a reçu une partie des villageois d’Ath Oualbane et d’Ath Ali Outemim, celui de Vou Aklane mitoyen de la nouvelle-ville de M’chedallah, lequel a reçu les villageois d’Ivelvaren, celui de Saharidj où ont été parqués comme des animaux dans des taudis de fortune les résidents du village Ighil Hamad, Aggach, Ath Ali Outemim. La totalité de ces villages ont été après destruction classés zones interdites jusqu’à l’indépendance.

Dans le reste des villages épargnés par la destruction ont été aménagés des postes avancés tels que celui d’Ath illiten dans l’actuelle commune de Saharidj, celui de Taourirt, actuel chef-lieu d’Ath Mansour avec un poste de commandement central dans l’ex Maillot où se trouve le sinistre bureau de renseignement et néanmoins centre de torture dénommé 2eme bureau.

Ce dernier était dirigé par le sanguinaire lieutenant Gorge de la brigade de gendarmerie. Ce bureau était doté d’un cachot souterrain qui servait aussi à la torture au même titre que le siège de l’administrateur, lui aussi, doté d’un cachot souterrain duquel ne sortait jamais vivant un prisonnier. Le chef-lieu de Chorfa a abrité en plus d’une SAS, un régiment de cavaliers composé essentiellement de goumiers.

Oulaid Soualah

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