Le spectacle frise le ridicule. La profusion des prétendants à la candidature à la présidentielle d’avril prochain dénote de la banalisation de la fonction du président de la République. Le dernier communiqué du ministère de l’Intérieur fait état de 94 personnes ayant introduit des demandes d’intention à candidater pour la magistrature suprême du pays.
Un nombre qui donne des tournis, d’autant plus que la quasi-majorité de ces prétendants sont d’illustres inconnus, y compris la majeure partie des chefs de partis politiques qui s’y sont mêlés à la liste. Plus ridicule encore est le show dénué de toute vraie considération à la fonction du chef de l’État que se livrent devant les caméras de télévisions ces personnages sortis de nulle part pour résumer ce qu’ils comptent faire une fois portés au palais d’El Mouradia.
Les défis qu’attendent l’Algérie, sur le plan interne et externe qu’ils soient économique, politique ou sécuritaire, ne prêtent aucunement à la dérision, encore moins à la banalisation de la fonction du président de la République. Conscient ou pas, ceux ayant ouvert jusque-là les portes du département de Bedoui donnent l’impression d’avoir été poussés à le faire par amour pour l’Algérie.
C’est ce qui ressort de leurs bouches au sortir du ministère. Or, le cirque dans lequel ils s’acrobatisent note de l’acculturation de la chose politique. De l’exhibitionnisme qui n’incite aucunement au rire, encore moins au comique, tant les gesticulations prouvent qu’on leur a paré le miroir pour les rendre beaux et les pousser à jongler du bout des orteils l’avenir de tout un peuple.
Il est certes de droit de chaque citoyen de 40 ans et plus de candidater pour la magistrature suprême, et dénuer ce droit est passible de réprimandes des défenseurs des droits de l’Homme et autres constitutionnalistes. Mais user de ce droit pour user encore davantage les électeurs dans les débats politiques est un jeu malsain plus qu’il en est dangereux. Faut-il alors revoir les critères pour se candidater ?
Pas si sûr, car cela relèverait de l’exclusion et de l’esprit dictatorial. La question qui se pose est de savoir pourquoi cette clownerie ne survient qu’avec l’élection présidentielle et rarement, si non jamais, lors des municipales ou législatives, bien que pour ces deux actes électoraux, les urnes avaient déjà sélectionné des cabotins.
Que des tonnes de papiers sorties du département de l’Intérieur en guise de formulaires de signatures, un autre gâchis porté à une si précieuse matière première que l’Algérie continue d’importer à coûts exorbitants. Coup sur coup, l’élection présidentielle d’avril prochain commence bien par faire rire avant de finir dans la traditionnelle contestation du choix du peuple.
M. A. T

