Avec les mêmes mots d’ordre, des dizaines de milliers de Béjaouis ont battu le pavé, hier, pour un 24e vendredi consécutif. Loin de faiblir, le mouvement populaire contre le pouvoir, amorcé le 22 février dernier, maintient la pression, faussant ainsi tous les calculs des tenants du pouvoir.
Dans les rues de Béjaïa, ils étaient, hier encore, des dizaines de milliers de personnes, de tous âges et des deux sexes, à prendre part à cet autre vendredi de mobilisation contre le système. Aux cris de «Dawla madania machi âskaria», «Pouvoir assassin», «Ulac smah ulac», «Ulac l’vote ulac», «Klitou lebled ya serakin», les manifestants ont entamé leur marche vers 13h30 à partir de l’esplanade de la maison de la culture Taos Amrouche.
Au milieu du cortège, des manifestants brandissaient un drapeau national géant, représentant les 48 wilayas du pays. Au fil des minutes, les rangs des manifestants commençaient à grossir. En un laps de temps très court, une foule immense prit possession de la rue de la Liberté. Arrivés au niveau du rond-point Matoub Lounes, la foule a observé une minute de silence en hommage aux martyrs du printemps noir et de la démocratie.
Coïncidant avec la date de son décès, un certain 2 août 2005, la foule compacte a aussi observé une autre minute de silence à la mémoire d’El-Hachemi Cherif, l’homme de la double rupture et membre fondateur du PAGS et du MDS. «Nous n’allons pas crier victoire jusqu’à ce qu’ils partent tous (Yetnehew ga3)», pouvait-on lire sur une pancarte portée par un jeune manifestant. Près de six mois après l’entame du mouvement populaire, la population locale ne renonce pas à son désir profond d’en finir avec un système agonisant. Sous une chaleur étouffante, les manifestants ont eu à parcourir plusieurs kilomètres, affichant ainsi leur détermination à aller jusqu’au bout de leur rêve.
Pour un 24e vendredi de mobilisation, les manifestants ont affiché, encore une fois, leur désir d’«un changement radical du système», tout en rejetant tout dialogue et toute échéance électorale avant la satisfaction de leurs revendications. «Les Algériens khawa khawa, Karim Younes m3a el-khawana (avec les traîtres, ndlr)», scandaient les manifestants. Une réponse, claire comme l’eau de roche, au panel de dialogue conduit par l’ancien président de l’APN, natif de Tinebdar, dans la wilaya de Béjaïa. «Un seul dialogue, celui de négocier votre départ», lit-on sur une autre pancarte. Les Béjaouis comptent maintenir la mobilisation pacifique jusqu’à la chute du régime et l’instauration d’une nouvelle République. «La lutte jusqu’à la chute du régime», n’a-t-on cessé de scander, tout en appelant à la libération des détenus de l’opinion. Il est à signaler, par ailleurs, qu’une manifestation similaire a été organisée, durant la même journée, dans les rues d’Akbou.
Dalil S.

