Les vérités de Ferhat Aït Ali Braham

Partager

L’autorisation d’importer des véhicules de moins de trois ans s’avère être un legs empoisonné de Noureddine Bedoui à son successeur à la tête du gouvernement post-présidentielle.

Les prix des véhicules usagés, que les Algériens comptent importer à titre privé dans le cadre de l’autorisation d’importation des véhicules de moins de trois ans adopté par l’ancien gouvernement, ne seront pas d’un grand écart du prix du neuf. C’est ce qu’a indiqué, hier, le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali Braham, au forum d’El-Moudjahid. «Le citoyen doit savoir que la différence entre les prix des véhicules de moins de trois ans et ceux des voitures neuves n’est pas grande, notamment du fait de la valeur du dinar sur le marché parallèle sans compter les droits de douane». Quant aux textes d’application qui retardent l’entrée en vigueur de cette décision incluse dans la loi de finances 2020 signé par le président de la République et publié au journal officiel, le ministre explique que le retard d’application est lié au non-achèvement du travail confié à un groupe regroupant trois ministères. Il a rappelé à ce titre la création d’un groupe de travail regroupant les ministères de l’Industrie, du Commerce et des Finances, qui poursuit son travail pour permettre le lancement effectif de ces importations.

Pour ce qui est de l’importation des véhicules roulant au diesel, Ferhat Aït Ali Braham évoque plutôt la différence de la qualité du gas-oil utilisé en Europe et en Algérie : «Le gasoil en Europe n’est pas le même qu’en Algérie», a-t-il affirmé, remettant ainsi en cause les justifications données par certains membres de l’anciens gouvernement qui évoquaient la question écologique. Sur le dossier du montage automobile, l’invité du quotidien public El-Moudjahid, qui, avant-hier déjà parlait de la promulgation d’un nouveau cahier des charges dans deux mois, a indiqué, hier, que ce cahier des charges, qui parle plutôt d’«industrie automobile», n’obligera pas les investisseurs étrangers à s’associer à un partenaire local. Une mesure qui sonne, selon toute vraisemblance, la fin de la règle 49/51 imposée jusque-là aux investisseurs étrangers dans les secteurs d’activités. Le ministre de l’Industrie évoque, néanmoins, la contrainte d’un apport financier et technologique qui sera imposé aux étrangers.

«Nous n’obligerons pas l’investisseur à s’associer à un partenaire national, mais on lui imposera d’apporter le financement et le savoir-faire», a expliqué Aït-Ali Braham ajoutant que «les pouvoirs publics travailleront également afin de permettre aux opérateurs de l’industrie automobile existant en Algérie de s’intégrer dans les clauses du nouveau cahier de charges». Plus explicite, le ministre fera savoir que le prochain cahier de charges qui sera établi par son département posera des exigences aux investisseurs étrangers telles qu’une implication financière à travers «un investissement majoritaire si nécessaire». Comme il «imposera la réalisation initiale de certains équipements, tels que le carrossage, afin d’avoir dès le début une coque et un châssis algériens». Ceci, dira-t-il, afin de pouvoir «lancer une industrie automobile sérieuse en Algérie».

L’ANP au secours de l’industrie lourde !

Le gouvernement n’écarte pas l’option de céder toute entreprise publique défaillante, activant dans l’industrie lourde, à l’ANP. Et c’est le ministre du secteur qui l’annonce, évoquant «le manque de discipline» qui serait derrière la situation de quasi-faillite de ces entreprises. «Nous avons besoin de discipline. Nous avons créé une industrie de rentiers et je pense que l’industrie militaire est la seule à pouvoir imposer une discipline de travail», a justifié Ferhat Aït Ali Braham lors de son évocation du problème que rencontre le complexe sidérurgique d’El-Hadjar. Ceci après qu’il eut expliqué la décision d’intégrer la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) de Rouiba (ex-Sonacom) à l’industrie militaire. «L’objectif de cette démarche était de maintenir en activité cette entreprise publique, tout en offrant à l’industrie militaire des équipements au lieu que l’État investisse dans de nouveaux équipements», dira le ministre. Il faut dire que les résultats qu’affiche l’usine Mercédès de Tiaret, appartenant à un consortium dont l’ANP en détient des parts, a encouragé le gouvernement Djerad à céder certains fleurons de l’industrie nationale à l’Armée.

Pour ce qui est des problèmes financiers qui pèsent sur l’entreprise de l’électroménager ENIEM de Tizi-Ouzou, au même titre que quatre autres grandes entreprises publiques de la taille de cette dernière, Ferhat Aït Ali Braham a été direct dans son constat : «Le problème que vivent la majorité des entreprises publiques, à l’instar de l’ENIEM, est le résultat d’une concurrence malhonnête menée sciemment à leur encontre», dira-t-il. Le ministre évoque notamment les exonérations offertes à ces concurrents dans le but de mettre à genoux ces entreprises : «Pendant que l’ENIEM fabrique, 180 entreprises bénéficiaires d’exonérations, dont certaines sont installées dans des villas à deux étages, ne faisaient que le montage», accuse M. Aït Ali Braham, remettant en cause la politique tracée par ses prédécesseurs «qui n’est pas bâtie sur des socles solides au profit d’une véritable industrie algérienne». «Des pseudo-investisseurs ont bénéficié, preuve à l’appui, d’avantages scandaleux, dont des exonérations, des crédits et d’autres privilèges», accuse-t-il encore. D’où son annonce de réviser le cahier des charges pour l’industrie notamment en ce qui concerne l’investissement, soit par l’Algérien soit par l’étranger, car, dit-il, «le cahier de charges existant n’est pas rentable pour l’économie nationale, malgré la disposition des moyens matériels, notamment financiers, pour l’investissement alors qu’il n’y a aucune contrepartie pour le Trésor public».

M. A. T.

Partager