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Plus de 90 000 associations pour des résultats mitigés

Une société civile en quête de nouveaux horizons

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En se lançant dans l’initiative de susciter la création d’une association des utilisateurs de l’eau (AUE) dans la wilaya de Bouira, destinée à prendre en charge la future retenue collinaire de Lalouah, dans la commune de Dirah, nous nous sommes rendus compte de la complexité de l’entreprise qui consiste à organiser des populations autour d’objectifs sociaux, culturels ou économiques, pourtant clairement définis. Pour le cas de figure que nous avons cité le partenaire du cofinancement du projet, à savoir la Banque mondiale, avait exigé dès l’initiation de l’idée de retenue collinaire au milieu des années 2000, et ce, dans le cadre du Projet d’emploi rural (PER2), à ce qu’une association des futurs irrigants soit créée par les ménages qui bénéficieront de l’eau de la retenue. Cette association aura pour mission d’entretenir l’ouvrage une fois réalisé- les travaux seront lancés au cours de cette semaine-, et de se constituer comme des interlocuteurs des pouvoirs publics dans l’amélioration des services de cet ouvrage. En parlant de complexité de constituer l’association, les raisons sont doublement agissantes. Il se trouve que le déficit de l’organisation de la société civile en général, particulièrement dans certaines régions du pays, est aggravé par certaines dispositions de la loi sur les associations. Ce double handicap a, dans le cas cité coûté plusieurs années au projet de constitution de l’association, comme il a assurément pesé négativement sur les délais du parcours procédural du projet pour lequel elle est créée, à avoir la réalisation d’une retenue collinaire d’un coût de 9 milliards de centimes, dans une région pastorale et aride qui en a vraiment besoin. Il est quand même paradoxal que soit l’administration, maître d’ouvrage du projet, qui, conjointement avec l’APC, tente d’organiser les citoyens bénéficiaires en association, avec d’immenses difficultés de réunir le quorum requis. De là découle le souci de la pérennité de cette association et de son efficacité sur le terrain. En dehors de cet exemple « frais », auquel nous avons participé personnellement en tant que fonctionnaire de l’administration, nous avons connu maints exemples de d’associations, dont l’action a avorté sur le terrain, dont les membres se sont dispersés au bout de quelques jours, dont une partie ou la totalité du personnel ont été manipulés ou « clientélisés ». En résumé sur des centaines d’associations, de fondations ou de clubs qui ont été créés pour prendre en charge des objectifs culturels, sociaux ou économiques, peu d’entre ces organisations ont pu émerger du lot, maintenir plus moins la cadence et garder le cap des ambitions et des objectifs pour lesquelles elles ont été créées. La structuration de la société civile dans notre pays tarde à prendre forme de façon à ce que la « philosophie » qui en constitue le socle, les acteurs, les stratégies, les modes d’intervention, se précisent et aboutissent à des résultats probants dans la marche générale de la société. Si le paysage politique s’est numériquement enrichi, particulièrement après la reprise des agréments accordés aux partis en 2012, le monde associatif, lui aussi, a subi une certaine inflation qui a fait porter le nombre d’associations agréées à l’échelle du pays à plus de 92.000, chiffre donné par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi du 12 janvier 2012 relative aux associations. Cette dernière exige la mise en conformité de toutes les associations agréées avant cette date.

Un cadre législatif contraignant

Dans un contexte social, économique, culturel et sportif des plus complexes- caractérisé par le déficit chronique de régulation sociale, la violence dans la rue, dans les foyers, dans les écoles et dans les stades, le recul des valeurs morales et culturelles, le développement inouï du phénomène de la corruption et d’autres travers encore qui entravent la marche de la société vers le progrès, la justice sociale et la liberté-, le rôle de la société civile est plus que jamais recherché sollicité. La densité des associations à travers le pays fait ressortir un taux d’une association pour 420 habitants, sans tenir compte des différences de distribution sur le territoire national ni des franges de la société qui sont concernées par ces organisations. Ce chiffre, s’il donne l’impression d’un « maillage » honorable, constitue pourtant une illusion d’optique lorsqu’on se met à chercher l’action et l’efficacité sur le terrain du mouvement associatif. Il est vrai que sur le plan de la communication, les réseaux sociaux, principalement Facebook, ont joué un rôle non négligeable, qui peut être encore mieux exploité pour s’organiser et lancer des opérations de solidarité d’aide aux nécessiteux et malades, de protection de l’environnement, de diffusion de certaines valeurs culturelles, comme la lecture, de se constituer en interface entre la population et les pouvoirs publics. Ces derniers- administration ou assemblées élues- ont besoin d’identifier les vraies problèmes avec le monde associatif et de décider, avec lui, des solutions à y apporter. Les appels incessants lancés par les deux derniers ministres de l’Intérieur, Tayeb Belaïz, puis Noureddine Bedoui, pour faire valoir ce qu’ils appellent la « démocratie participative » dans les assemblées élues, ne peuvent avoir d’écho si le monde associatif n’est pas bien constitué et fortifié. Ces appels gagneraient également à ce qu’ils soient suivis d’actes concrets de la part des élus eux-mêmes, comme il s’avère aussi indispensable que les actuels codes de la commune et de la wilaya soient révisés et enrichis dans le sens de la promotion de la citoyenneté et de participation. Ces codes sont pourtant révisés en 2012, mais sans grand changement dans le contenu. Mieux encore, la nouvelle loi sur les associations, votée en 2012, mérite d’être habitée par l’esprit démocratique. Les acteurs sur le terrain ne cessent de dénoncer certaines de ses dispositions par laquelle l’administration continue à être érigée tuteur inflexible.

Amar Naït Messaoud