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Bouira

La pomme de terre déstockée toujours chère

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À l’approche du mois de Ramadhan, la pomme de terre déstockée demeure toujours aussi chère, et ce, malgré une production massive lors de la dernière récolte d’arrière-saison. Pourtant, les exploitants agricoles qui préparent la prochaine saison déclarent avoir été floués lors de la dernière récolte. «Nous n’avons même pas pu recouvrir les frais engagés», affirme M. Boudhane Messaoud, président de l’association des maraichers de la wilaya de Bouira. «La pomme de terre s’est vendue entre 14 et 20 DA/kg sur les champs, ce sont les marchés de gros de Souk Lekhmiss et de Chelghoum Laid qui fixent les prix et il faut dire que cette tarification inclue à peine nos investissements», déplore Boudhane. Aujourd’hui, sur les étals des commerçants de Bouira, la pomme de terre, à quelques encablures d’où elle a été produite, se monnaye parfois jusqu’à 50 DA/kg. Là encore, les spéculateurs sont montrés du doigt pour expliquer cet écart des prix qui n’est pas dû aux frais de transport.

Des charges et des taxes de plus en plus lourdes

Avec un rendement de 300 quintaux à l’hectare, les professionnels de la pomme de terre déplorent la hausse des prix qui frappe l’ensemble des intrants de cette filière. Semences d’importation, engrais, produits phytosanitaires sont autant de matières déjà chères auxquelles s’ajoutent les 17% de TVA que les producteurs de pomme de terre avouent ne pas pouvoir récupérer, sans parler de la hausse des prix du carburant effective depuis le 1er janvier et des impôts. Actuellement, l’exploitation d’un hectare de pomme de terre revient à plus de 100 millions de centimes, avec les frais d’une main d’œuvre qui se fait de plus en plus rare, sans compter la location du terrain, apprend-on auprès des agriculteurs. Notre interlocuteur regrette également l’absence d’intervention du Système de régulation des produits agricoles de large consommation (Syrpalac). «Le Syrpalac ne s’est pas manifesté ce dispositif aurait pu nous permettre d’écouler notre récolte au prix de référence de 27 DA !», se désole le président de l’association des maraichers. Depuis plusieurs années déjà les ‘’patatiers’’ exigent la création d’un office interprofessionnel afin de ne plus s’occuper de la vente de leurs produits. Un office comme celui créé pour les céréales. Un vœu pieux qui les oblige à s’improviser commerçants en attendant. «Nous avons mieux à faire que d’aller vendre nos patates au kilo sur les marchés», indique M. Boudhane.

Bientôt une troisième récolte de pomme de terre par an ?

«Actuellement, nous faisons deux récoltes de pommes de terre par année, et nous sommes en train de faire des tentatives pour créer une troisième récolte, chose inimaginable auparavant mais réalisable avec le périmètre irrigué lorsqu’il sera opérationnel», déclare Boudhane. En effet, la première saison est celle de la récolte du mois de juin, semée en janvier, la seconde récolte s’effectue en septembre avec les semis du mois de mai et une troisième serait possible avec l’ensemencement au mois d’août et une récolte au mois de décembre selon notre interlocuteur.

Les étrangers intéressés par la patate algérienne

Ce dernier insiste pour dire que l’Etat doit mettre un terme aux subventions dans la filière de pomme de terre, subventions allouées depuis près de 15 années. «Aujourd’hui, les producteurs de la pomme de terre ont besoin d’un office pour réguler le marché nous avons les potentialités d’exporter la patate algérienne à l’étranger en respectant les normes internationales. Récemment, nous avons envoyé de petites quantités à Dubai, et les émiratis se sont montrés très intéressés par l’échantillon algérien. L’année dernière, les espagnols ont également montré un vif intérêt à nos patates, de même pour les russes. Nos opérateurs économiques doivent participer à l’écoulement de notre marchandise à l’exportation, il en va de l’intérêt de la nation», estime Boudhane.

Kamal Ouaghen