«Le 27 juillet 1960, à 9h, le gendarme Seconde Guy déclare, devant le délégué spécial, le lieutenant Fayon, officier de l’Etat civil, à Frikat, une circonscription de l’ex-commune mixte de Draâ El-Mizan, le décès de Said Boubeghla dit «Said n’Hamadouche» à l’âge de 28 ans», lit-on sur son acte de décès. En effet, ce lieutenant de l’ALN (Armée de libération nationale), chef de la Région I, de la Zone 4 de la Wilaya III historique, tombait, les armes à la main, dans une grande bataille sur les hauteurs de Frikat, plus précisément à Ath Boumaâza, face à une armée beaucoup plus supérieure et mieux équipée.
Said Boubeghla, connu pour sa bravoure et sa stratégie militaire, a tenu tête, durant des heures, aux soldats de l’armée coloniale. Ce fatidique 26 juillet, deux ans avant la signature des accords d’Evian, deux autres moudjahidine, à savoir Abdelaziz Mahmoud, originaire d’Arris (Batna) et Si Rezki d’Ighzer Amokrane (Béjaïa), ont rendu l’âme aux côtés de «Said N’Hamadouche». Aujourd’hui, 59 ans après, la famille du chahid attend toujours que les responsables érigent une stèle à l’endroit où sont tombés ces trois valeureux martyrs.
Ce lieutenant connaissait bien la région qu’il dirigeait déjà depuis quelques mois. Cependant, selon certains témoignages, la soldatesque française multiplia ses ratissages dans cette localité car, selon le témoignage d’un ancien moudjahid, peu avant l’accrochage du 26 juillet, il y en a eu d’autres, notamment celui de l’ex-Domaine agricole Amirouche, où l’ALN perdit un homme et fit subir des pertes énormes aux militaires qui ne tardèrent pas à repérer une cache d’armes suite à l’arrestation d’un prisonnier qui lui aurait fourni des renseignements au sujet de cet abri. Said N’Hamadouche est né le premier juin 1932 à Tafoughalt dans l’actuelle commune d’Ait Yahia Moussa.
Dès son jeune âge, il fit ses premiers pas au sein de la section du PPA/ MTLD de son village natal où il connut entre autres Krim Belkacem, Ali Mellah et Amar Oumrane qui tenaient des réunions avec les militants du village tels Boubeghla Si Djemaâ, Mohamed Belmahdi, Salemkour Djemaâ, Lounès Djebara, Rabah Oumeddour… Dans la nuit du 31 octobre au premier novembre 1954, Saïd Boubeghla était à Blida en compagnie d’un groupe dont Si Moh Nachid, Belaouche Mohamed dit Si Moh Oulhadj envoyé par Amar Ouamrane afin de signer la naissance de la révolution dans la Mitidja en visant les intérêts économiques de la force coloniale : une mission qu’ils réussirent à merveille avant de revenir dans leur région pour structurer la lutte armée.
La guerre de libération enclenchée, Said N’Hamaouche et son groupe commencèrent à harceler les soldats français par leurs embuscades et attaques sporadiques. Mais, c’est en 1955, une année après le déclenchement, que Saïd N’Hamadouche s’illustra au sein du groupe dirigé par Mohamed Belaouche qui comprenait entre autres des hommes décidés à aller jusqu’au bout dont Ahmed Hellal (Hanou) de M’Kira, Hocine Rakem de Tafoughalt, Ali Boucena, Ahmed Mokdaddi, Saïd Kacha, Ali Ammoura, Mohamed Tihachdatine, Aouariache Amar, Chérif Ghoulmi, Mohamed Medjbour, Abdellah Adjab, Ali Kaci Cheikh.
Ce groupe très actif mena des sabotages et des attentats quotidiennement sur l’axe Ait Yahia Moussa-M’Kira. On citera l’incendie de la maison du caïd Ramdane (Ait Ouazou) et la mairie de M’Kira, l’école de Tighilt Oukerrouche (M’Kira), les récoltes du colon et maire Guenayar de Tizi-Gheniff… Saïd N’Hamadouche et ses camarades ne laissèrent aucun répit aux soldats français qui installaient leurs casernes dans la région. Ils s’attaquèrent aux ouvrages que réalisait l’armée coloniale notamment lorsque celle-ci commençait à tracer la route Tizi-Gheniff vers Timezrit (Boumerdès).
Saïd N’Hamadouche participa au congrès de la Soummam en août 1956 à Ifri Ouzalaguène. En 1956, lui et son groupe tendirent une embuscade à un convoi de l’armée au lieu-dit Assif N’El Hammam (Tamdikt). Ce fut un accrochage violent parce que ce jour-là deux éléments du groupe tombèrent au champ d’honneur : Ahmed Hellal (Hanou) et Abdellah Adjab de Tafoughalt. Saïd N’Hamdouche fut aussi l’auteur de l’accrochage qui eut lieu en septembre 1956 à Igdourène (M’Kira) où les moudjahidine de l’ALN donnèrent du fil à retordre à l’armée coloniale secondée par des hélicoptères dans une grande opération de ratissage dirigée par un général et où l’on dénombra la mort de nombreux soldats français dont la plupart étaient des appelés. Saïd N’Hamadouche s’illustra par une action spectaculaire menée avec son groupe en 1959 à Ouled Mériem sur les hauteurs de Tizi-Gheniff pourtant bien quadrillée par l’armée française.
En fin organisateur, il réussit à désarmer le groupe d’auto-défense. Ce fut une victoire éclatante : aucun coup de feu ne fut tiré. Durant la grande bataille du 06 janvier 1959 de Vougarfène ayant mobilisé 32000 hommes secondés par des avions de guerre, même si 385 martyrs étaient tombés au champ d’honneur, Said N’Hamadouche et les maquisards de l’ALN sortirent vainqueurs en capturant le sinistre capitaine Graziani et le lieutenant Chassin.
En tout cas, jusqu’à ce jour fatidique du 26 juillet 1959, ce grand stratège militaire réussit beaucoup de coups contre la quatrième puissance militaire de l’époque en enchaînant victoire sur victoire. Saïd Boubeghla était un moudjahid de la première heure. Il était connu pour son éducation, sa sincérité, son sens de l’organisation et sa bravoure. Les Moudjahidine gardent de lui l’image d’un homme humble guidé par le sens de la sagesse. Aujourd’hui, en guise de reconnaissance pour son engagement et son sacrifice durant les six années de guerre auxquelles il prit part, un collège d’enseignement moyen est baptisé en son nom au chef-lieu de la commune de Tizi-Gheniff.
Amar Ouramdane

