Par K. T. | 31 Décembre 2013 | 3154 lecture(s)

Clôture des 3èmes journées nationales du chant religieux d’expression amazighe

En hommage à El Hadj Essaid Ath Fliq

Les 3èmes journées nationales du chant religieux d’expression amazighe, organisées par la direction de la maison de culture de Tizi-Ouzou, en collaboration avec la direction des affaires relieuses et l’association ‘’El Hadj Essaid’’, ont été consacrées à un hommage à El Hadj Essaid Ath Fliq. La manifestation s’est achevée, hier, à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Dans la matinée de cette journée de clôture, plusieurs groupes de ‘’Lakhouan’’, venus des différentes régions du pays, entre autres : de Ghardaïa, Boussâada et Béjaïa, se sont recueillis sur la tombe de El Hadj Essaid Ath Fliq, dans son village natal Alma-Guechtoum, dans la commune d’Akarou relevant de la daïra d’Azeffoun.  Durant la manifestation, une exposition d’ouvrages, propriétés des différentes « Zawaias » de la wilaya de Tizi-Ouzou et de l’institut islamique Sidi Abderahmane El Illouli, a été présentée à un public venu nombreux découvrir des livres datant pour certains de l’an 1500. On a également installé un atelier de calligraphie initié par les Zawaias de Cherfa N Bahloul et de Sidi Ali Moussa, dans la commune de Maâtkas. Des membres de la famille de El Hadj Essaid étaient présents à l’hommage rendu au défunt. Ses quatre petites filles, Zhour, Zahia, Hafida et Samia Djeradi, très heureuses et émues, nous ont confié : « notre grand-père était un grand homme et nous sommes fières d’être ses petites filles. Il a consacré sa vie à la formation de « Lakhouan » en Kabylie et à traduire la parole de Dieu en Tamazight. C’était un soufi. Il a traduit tous le saint Coran en Tamazight dans ses ‘’M’Dih’’ (poésie). Il y a de la sagesse dans son oeuvre ». Elles ajouteront : « c’est grâce à notre grand frère, baptisé Hadj Saïd du nom de notre grand-père qui est également le président de l’association (El Hadj Essaid) que cet hommage a put avoir lieu. Il a également rassemblé pratiquement toute la poésie de notre grand père pour la faire découvrir au grand public... ». Les amateurs des chants religieux en Tamazight ont pu assister, et ce depuis le coup d’envoi de cet événement, le 28 décembre, au passage des différentes troupes participantes. La troupe de la mosquée « Atakoua » de Draâ Ben Khedda, « El Adjial Assaida » de Ghardaïa, la troupe d’Azeffoun, « Lakhouan » de Tizi N’Tlatha, « Lakhouan de Djemâa N’Saharidj », « Chaams Assalam » de Boussaâda, « Lakhouan Tamgout de Yakourène, « L’Allaouia » de Béjaïa et « Lakhouan n’Ath Yahia ». Le président de l’association culturelle « Lakhouan Temgout », M Mohamed Kasid, qui fait également partie de la troupe qui compte 16 membres, nous a confié : « lors de notre passage, nous avons interprété trois M’Dihs. Le premier sur la mort de Hadj Essaid où nous décrivons la tristesse de « Lakhouan » à l’annonce de la mort de ce dernier. Le deuxième est intitulé « Al raflines Rabi Yela » et le troisième « Arsoul vou loudjah Inouran ». Il ajoutera : « Nous avons réussi à rassembler plus de 180 poèmes « Isefras » de Hadj Essaid et nous aspirons à plus. El Hadj Essaid avait écumé toute la Kabylie, faisant des tournées à pied. Il faisait avec « Lekhouan » qui voulaient le suivre la lecture du saint Coran et L’Mdih à la gloire de Dieu et son prophète Mohammed (QLSSSL) ». En ce qui concerne le travail de l’association, M. Kasid nous a confié que son association a participé à beaucoup de manifestations : « Nous avons participé à des rencontres dans tout le nord du pays. Quant au sud, nous n’avons pour l’heure fait que Timimoune et Adrar ». En ce qui concerne l’exposition, l’association a participé avec des livres du « Tafsir », explication des hadith et du saint livre et d’une période de l’Histoire, celle du 16ème siècle. Des ouvrages appartenant à la mosquée Ath Aïssi, dans la commune de Yakourene. El Hadj Essaid Nath Fliq, de son vrai nom Djerabi Saïd, est présumé né en 1883, au village Alma-Guechtoum, dans le Arch des Aït-Fliq, commune d’Akarou dans la daïra d’Azeffoun, wilaya de Tizi-Ouzou. Il a eu cinq garçons : Ali, Ahmed, Omar, Mohand et Mohammed, et deux filles : Ferroudja et Fatma. A l’âge de 6 ans, il vécut quelques années chez son frère qui habitait à la Casbah, à Alger. Après le décès de son frère, il revint au village où il apprit le saint Coran avec l’imam du village, M. Kial Belkacem. Il fréquenta plusieurs zawiyas de la région. A l’âge de 16 ans, il perdit son père, ce qui l’obligea à s’éloigner des zawaias, pendant un certain temps, pour se consacrer à sa famille. Il travailla sur les terres que lui a léguées son défunt père. Il s’en retourna ensuite à Alger, où il travailla un certain temps dans un restaurant chez son cousin. A l’âge de 23 ans, en 1906, il décida de se rendre aux lieux saints où il accomplit le pèlerinage (El Hidj).  A son retour, il alla dans un village de la commune d’Azeffoun, à Oulkhou, où il fut nommé imam. A l’âge de 30 ans, il retourna, à nouveau, à Alger où il acheta un restaurant du côté de la place des martyrs. En avançant en âge, il laissa le restaurant à son fils Ahmed et revint au village. Là, il se consacra aux chants religieux et veilla au règlement des litiges qui survenaient entre les villageois. Il assista à toutes les célébrations et manifestations religieuses de la région, animant les veillées en récitant ses poèmes. Il passa de longues périodes, loin de sa famille, à prier et méditer avec son fidèle ami Djenadi Akli plusieurs compagnons cheikhs, tels que : Oussalah Bagnitala, Oua3mar, Mohand Said Abaskri, Boudjemaâ Ou3alal, Cheikh Ajdhidh et Amokrane Nath Zellal.Altruiste et généreux, il creusa de ses propres mains un puits dans l’un de ses champs, du côté de « Thafouristh, un point d’eau qu’il mit à la disposition des voyageurs de passage. Avant de mourir, il laissa quelques poèmes à son ami Mohand Arezki Taghzarth à qui il recommanda de ne les divulguer qu’après sa disparition. Il décéda le 21 janvier 1946, à l’âge de 63 ans. El Hajdj Essaid Ath Fliq a laissé plus de 600 « Isefras ».

K. T.

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