C’est un livre étonnant de vitalité et plein d’émotion que les éditions « Privé » viennent de publier dans la collection Les clandestins. Ecrit par Fatou Biramah (aidée par Sophie Blandinières), Négresse est un texte à deux voix qui ne passe pas inaperçu. Née en France, Fatou Biramah d’origine togolaise raconte dans ce livre son parcours chaotique. Elle nous dit dans cette interview sa perception de l’écriture.
La Dépêche de Kabylie : Comment êtes-vous venue à l’écriture ?
Fatou Biramah : Je ne suis pas venue à l’écriture, c’est l’écriture qui est venue à moi. Elle est le seul moyen que j’ai trouvé encore adolescente pour exprimer tout ce que j’avais au fond de moi. A la maison, il n était surtout pas conseillé de l’ouvrir au risque de se prendre un revers direct en pleine face. Les parents nous avaient ordonné de la fermer tout simplement. Je l’ai donc fermé ma gueule, mais il arrive un moment où on a envie de l’ouvrir, et le moment est arrivé de parler, ça soulage.
L’écriture sèche mes larmes, apaise mes humeurs, elle est un bon refuge, un calmant. Faut quand même savoir que sans Sophie Blandinières je n’y serais jamais arrivée seule. En m’interviewant, elle a su extraire de moi beaucoup de choses qui avaient été soigneusement rangées, éviter la douleur était le mot d’ordre.
Qu’est-ce que tente de dire votre livre « Négresse » ?
« Négresse », tente de s’exprimer, « Négresse » parle. Fini l’autocensure. Le livre Négresse tente de dire une réalité, un vécu. « Négresse » prône la vérité.
Le livre dénonce à travers le parcours douloureux et chaotique de Touna l’ héroine, un mal de vivre, avec une envie profonde de s’en sortir. Il veut aussi encourager à dire les choses, à ne pas se laisser dicter, à garder ses convictions, mais surtout à croire en soi.
Vous êtes proche des milieux du rap français, pensez-vous que cette musique est toujours porteuse d’une certaine contestation ?
Bien sur que le rap est toujours porteur d’une contestation. C’est juste qu’on ne lui donne pas les moyens de s’exprimer. Le rap dénonce, les rappeurs ne font que relater leur quotidien depuis vingt ans.
Ils représentent la marge de la société, sa marge d’erreur. Le rappeur est en général issu de quartiers difficiles, donc ce qu’il raconte dans ses textes, n’est pas rose, sa vie ne l’est pas.
Les rappeurs sont les porte- parole de leurs semblables, ceux qu’on a oublié, qu’on laisse en galère dans des ghettos. Ceux qu’on ne vient voir que pour parler d’insécurité, surtout en période électorale. On fait paniquer la masse populaire, puis on la console en lui promettant un nettoyage au karcher.
Le rap dénonce ça aussi, mais on le censure, on préfère se voiler la face, les médias n’ouvrent pas le micro, ils ne veulent pas les écouter, pas les entendre.
On continue de faire comme si de rien n’était. Mais bien sûr que le rap est toujours porteur d’ une contestation, il y a des rappeurs comme Sefyu, Al Peco, Casey, La Rumeur et bien d’ autres qui disent les choses comme elles se passent, il faut juste aller chercher plus loin. Leur rap est trop vrai, c’est ce que j’aime dans le rap, son coté authentique.
Quels sont vos projets artistiques ?
Dans l’absolu, je me concentre sur la promotion de « Négresse », je souhaite que ce livre grandisse, j’ai été au bout de ce projet en y mettant mes tripes, je me suis mise à poil. La démarche est très impudique, mais le résultat soulage. Si « Négresse » pouvait se retrouver entres les mains d’hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes, le contrat sera rempli. Pour ce qui est des autres projets artistiques, je me suis mise à la production, je travaille avec Shankane, on travaille son retour sur la scène. Les autres projets éventuels il est trop tôt pour en parler, par superstition, on attendra que tout se concrétise avant d’en parler justement.
Propos recueillis par Farid Ait Mansour
