Par DDK | 15 Juin 2016 | 2977 lecture(s)

Exclusif ! Entretien avec Yasmina

« Mes deux nouveaux albums fin Ramadhan »

L’icône de la chanson kabyle à la voix envoûtante, Yasmina, revient en scène avec deux nouveaux opus qui seront sur les étals d’ici la fin du Ramadhan. Nous avions saisi l’occasion de sa visite au siège du journal pour lui soustraire un avant-goût de ces nouveautés. à travers cet entretien, Yasmina évoque plein d’autres sujets de sa vie professionnelle et même privée.

La dépêche de Kabylie : Vous êtes actuellement en studio à Tizi-ouzou pour finaliser l’enregistrement de deux albums. Pouvez-vous nous donner un avant-goût de ce que vous préparez ?
Yasmina :
Effectivement, je suis en plein enregistrement à Tizi-Ouzou avec mon arrangeur Nabil Hamzaoui. Je prépare la sortie de mes deux albums, prévue pour la fin du Ramadhan. Un cadeau de l’Aïd pour mes fans. La majorité des chansons de ces albums sont des anciennes que j’ai retravaillées sur le plan textuel et musical. Des chansons que j’ai récupérées pour ma boîte de production «Thayemmats» qui est gérée par mon fils. J’ai revisité des titres comme Lqadi, Zzin-iyi, Uletma, Rwumedden, etc. Il y a, aussi, de nouvelles chansons qui traitent de notre société en général. Une société qui se dégrade de plus en plus sur les plans des valeurs, lesquelles prennent des coups chaque jour, des rapports aux artistes qui ne respectent ni la vie privée ni encore moins leur statut, le rapport à l’art de ces arrivistes soi-disant chanteurs et la liste est grande. J’ai intégré, aussi, une chanson en hommage à mon fils que j’ai intitulée «Ali inu» et qui est au même temps le titre de l’un de mes albums.

Justement, vous avez perdu, récemment, un de vos enfants sans que vous n’ayez interrompu votre enregistrement. Comment avez-vous pu surmonter ce moment difficile ?
Vous savez, j’ai appris la mort de mon fils Ali en étant au studio d’enregistrement. Mon autre fils m’a appelé depuis la France pour me l’annoncer. J’ai été pour le rapatrier et je l’ai enterré ici au pays. Mais juste après, je suis revenue au studio poursuivre l’enregistrement. Le Bon Dieu m’a donné du courage. J’avoue que ce n’est pas une chose aisée.

Le défunt était dans un centre spécialisé pour personnes à mobilité réduite. On dit qu’il a été victime d’une erreur médicale à Tizi-Ouzou quand il était nourrissant. Confirmez-vous ces informations ?
Effectivement, mon fils a été victime d’une erreur médicale. Quand il s’est fait vacciné à l’âge de trois mois ici, il tomba dans le coma pendant sept jours. Depuis, il est devenu handicapé. Je l’ai pris avec moi en France et transféré dans un hôpital. Il est décédé à l’âge de 30 ans.

Vous êtes programmée pour des concerts cet été, le 25 juin à la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Cette date précise est votre choix ou un hasard ?
Je ne l’ai pas choisie. C’est juste une bonne coïncidence. Le mois de juin est un mois de lutte pour notre identité, un mois d’évocation et de remémoration de nos symboles, particulièrement notre rebelle Lounes Matoub. De toute façon, moi je lui rends toujours hommage lors de mes concerts. Je chante du Matoub à chaque occasion qui m’est offerte. Je vais inviter Nna Aldjia le jour du concert. Il y a aussi le fils de Ferhat qui a été assassiné en juin. Et puis, je surprendrai agréablement mes fans en leur chantant quelques-unes de mes nouvelles chansons. Une manière de les promouvoir (Sourire). Maintenant, je reviens pratiquement chaque année pour me produire ici en Algérie. C’est devenu une habitude pour mes fans, alors j’essayerai d’être au summum pour ne pas les décevoir. Je les informe que je serai le 23 juin à Ighzer Amokrane pour animer un gala en hommage à Bouguermouh et Youcef Abdjaoui.

Justement, des fois, c’est difficile de satisfaire tous les fans. Récemment, une campagne de lynchage médiatique a visé, ces derniers jours, Lounis Aït Menguellet et Idir. Votre commentaire là-dessus ?
Lounis Aït Menguellet et Idir sont des monuments de la chanson kabyle. Les dénigrer revient à porter un coup très dur à notre identité, voire à notre conscience collective. J’ai été très choquée et indignée par ces commentaires et jugements de valeurs qui ont infecté les réseaux sociaux. C’est une honte pour notre communauté. Vous savez, quand je me retrouve à côté de Lounis Aït Menguellet, je sens que nos montagnes bougent. Idir a fait beaucoup de choses pour la chanson kabyle, il l’a exporté ailleurs. Lounis encaisse beaucoup de coups, parce qu’il est souvent au pays, il est au contact des siens. Il faut qu’il y ait des limites à tout cela. Des chanteurs ont été invités par l’ONDA pour discuter des voies et moyens de la préservation de leurs droits et lutter contre toute forme de piratage et de falsification, quel mal y a-t-il à cela ? La cause défendue par nos artistes est noble. Ce jour-là, moi aussi j’ai été victime d’un cambriolage dans ma maison, sise à Tizi-Ouzou. Ils sont montés par le balcon. J’ai pleuré à chaudes larmes. J’ai appelé Lounis Aït Menguelletpour pour le consoler un tant soit peu et je lui ai dit «Knu-as i lmuja ad tâeddi…» (Laisser la vague passer…).

Vous avez aussi subi une campagne haineuse sur la toile, quand vous aviez chanté à Constantine dans le cadre de «Constantine, capitale de la culture arabe»…
J’ai été à Constantine avec la Maison de la culture dans un cadre bien précis, à savoir «la semaine culturelle de Tizi-Ouzou». Une activité qui se déroule un peu partout dans le pays et il se trouve que cette semaine avait coïncidée avec la manifestation de «Constantine, capitale de la culture arabe» que pouvais-je faire ?

En évoquant l’ONDA, où se situe, justement, sa responsabilité dans le piratage des œuvres et dans ces droits d’auteurs tant décriés ? Le piratage est un phénomène qui gangrène les œuvres. La responsabilité incombe à l’ONDA en premier lieu en tant que structure chargé de veiller... Il n’est peut-être pas doté de moyens adéquats pour cette lutte contre ce phénomène qui décourage sérieusement la création artistique. Imaginez, tout le répertoire d’un chanteur se vend à 50 DA seulement au marché parallèle. Et ça, l’ONDA le sait très bien, mais ne fait pas assez pour le combattre convenablement, comme cela se passe en France, où le piratage est un délit qui est sévèrement puni. Cela, d’une part. D’autre part, ce sont les éditeurs qui vendent les produits sans timbres. Une manière de contourner les charges. L’ONDA doit intervenir pour que les droits d’auteurs soient conservés et non bafoués. Moi-même, j’ai été victime d’un éditeur qui m’a falsifié mon contrat. J’ai fait appel à un avocat pour arracher mes droits, or ça devrait être le rôle de l’ONDA.

Il y a, quand même, quelques acquis pour les artistes ces derniers temps ?
Absolument. La carte d’artiste est un acquis majeur pour nous. Une garantie pour notre avenir. Mais cette carte est une arme à double tranchant. Elle a été distribuée à tout-venant. Des gens qui n’ont rien à voir avec l’art enregistrent un album avec l’argent de leur grand-mère, juste pour avoir ce sésame et partir à l’étranger. Un autre désastre à comptabiliser à côté du piratage. De cette manière, on dévalorise l’art et on clochardise la chanson. Déjà, la chanson kabyle est transgressée dans sa structure textuelle et musicale en la rendant comme étant un objet à commercialiser à tout prix, et voilà qu’elle subit un autre choc à cause du laisser-aller des gens.

Vous faites sans doute allusion à ces albums de fêtes ou de reprises. Mais ces produits se vendent bien sur le marché…
Je parle du produit artistique qui est loin d’être un. Ce n’est que des montages au niveau des studios : changement de voix, de la robotique, le même rythme (4/4). Les voix ont été tellement infectées par les moyens modernes d’enregistrement qu’on ne distingue guère les chanteurs. C’est de l’artificiel, aucun charme musical et aucune intégration des instruments acoustiques qui rend la chanson vivante. Comme disait l’autre : «on avance en reculant». Une chose est certaine : les anciens sont déçus de cette génération de chanteurs, même s’il y a quelques-uns qui sont à la hauteur. Le hic dans tout cela est que même si tu as une belle musique et un beau texte mais tu n’as pas rythmé ta chanson, tu n’auras aucune chance de te produire dans des salles ou autres lieux. C’est vraiment triste. La majeure partie des artistes est déprimée et découragée. Ils envisagent d’arrêter à tout moment si ce n’est leur attachement à l’art.

Un dernier mot pour conclure ?
Merci à vous et à votre journal, qui m’a ouvert grandement ses portes. Je veux dire à mes fans que mon compte Facebook a été piraté et que les gens qui parlent en mon nom, ne disent pas toujours du bien de moi. Je vous informe que mon compte porte le pseudo de Yasmina Kabylie. Utiliser mon nom pour des comptes Facebook, ce n’est pas méchant, mais parler en mon nom c’est exagéré, je le considère comme un manque de respect.

Interview réalisée par Hocine Moula

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