Par DDK | 27 Mars 2005 | 5065 lecture(s)

Chasseurs de grives et d’étourneaux

Un reportage de Rachid Oulebsir

L’exiguïté de leur territoire, le respect de la propriété d’autrui et une certaine culture de protection de l’environnement héritée des ancêtres, font que le paysan kabyle ne prélève de la faune que le strict nécessaire, principalement des prédateurs des cultures comme les passereaux migrateurs (étourneaux, grives…) et du gibier ordinaire comme la perdrix qui encore le lièvre qui s‘attaque aux jardins dès qu’il est en surnombre. Le paysan retrouve, à certaines périodes de l’année, ses réflexes primitifs de chasseur. Il est, lui aussi, un prédateur à sa façon.La grive se vend à 70 DA. Elle est plus chère que la caille d’élevage et pourtant on ne dépense pas grand chose à l’exception des efforts que l’on déploie pour sa capture. Des jeunes désœuvrés, qui s‘adonnent à la chasse aux passereaux pour gagner leur pain proposent des chapelets d’étourneaux (zarzour) et de grives (imarga) sur les accotements de la RN 26, à la sortie de la wilaya de Bgayet, et beaucoup plus fréquemment dans les boutiques au village Raffour.On en trouve aussi sur les abords de la RN 5 à hauteur d’Ighrem, le hameau réputé pour ses milliers de bouteilles d’huile d’olive exposées sur les abords de la voie de circulation. Tous ces villages ont en commun la proximité de la foret et des maquis du Djurdjura, que domine la majestueux Lala Khadidja lourdement couronné de neige.Les montagnards des Bibans sont de redoutables chasseurs. Ils sont servis cette année par l’intensité du froid et la persistance des basses températures sur les Hauts plateaux sétifiens et l’imposante chaine du Djurdjura.La longue barrière montagneuse des Bibans est séparée du Djurdjura par la vallée de la Soummam. Elle file parallèlement au mont Ferratus sur plus de cent kilomètres, partant des confins du Hodna au sud-ouest jusqu’à la rencontre de la chaine des Babors au sud-est de Bgayet.

Ighil-Ali le marché de la griveCette montagne d’une profondeur de plus de 50 km constitue avec ses forêts de pins et d’oliviers et son altitude moyenne, l’abri idéal pour les nuées d’étourneaux, les pins pour le refuge et l’olivier pour la nourriture. D’instinct ces oiseaux, qui se sont gavés d’olives bien mûres durant trois mois, se retrouvent dans les zones boisées inhabitées pour repartir en Europe, continent où ces passereaux vivent en individus isolés sans instinct grégaire.Le départ tumultueux des passereaux coïncide avec l’arrivée du printemps et la fin de la cueillette des olives. Il constitue le moment propice pour la chasse. Nous remontons de la vallée du Sahel au km 81 de la RN, la départementale 42 vers Ighil-Ali, le village de Marguerite Taos Amrouche.

L’olvieraie d’Ichiqar est dense. Elle colonise un vaste plateau incliné en forme de losange délimité par les deux bras de l’Assif-El-Ach, une rivière fantasque qui charrie des torrents d’eau limoneuse

C’est là, dit-on, que se tient le marché aux grives.Une moucheture d’oliviers, ébouriffés par la méchante main de l’hiver, parsème les mamelons de roche bleue et grisâtre. Des raquettes de cactus délimitent de petits jardins pendus où quelques figuiers à l’allure souffreteuse s’agrippent dignement à la lande transpirant le trop plein d’eau. Des pinèdes clairsemées colonisent les ravins et les flancs des vallons.Ighil-Ali apparaît après un grand virage pour imposer au visiteur une allure d’agglomération, une cité à forte personnalité, avec des maisons serrées, solidaires, construites sur des solives débordantes avec de hautes meurtrières dans les murailles de pierre ocre et bleue. C’est une casbah en pleine montagne.Ighil-Ali, frontalière des plateaux de Bordj Bou Arréridj, est la commune la plus vaste de la wilaya de Bgayet. Sa surface est couverte aux 2/3 domaines forestiers. Le plus important est la forêt de Boni que des incendies répétées ont parsemée de trouées encore noirâtres.Il est 18 heures, ce jeudi 17 mars, la brume recouvre le gros bourg d’Ighil-Ali, nous empêchant de voir le coucher du soleil incendier les pinèdes de Mlawa, aux lointains horizons verruqueux de Sour El Ghozlane.Nous attendons le retour des chasseurs pour acheter des grives.Boudjemaa, l’informaticien d‘Ait Rzine, est un homme pressé, Bassaid Khiari, le correspondant de presse local l’est autant. Nous tentons donc d’acheter celles de la veille sur la petite place commerciale du village coincée entre la mosquée et la route départementale 42, qui m!ne vers les Hauts plateaux sétifiens.Le seul gargotier qui en possède encore, est ce petit escroc qui avait vendu la baguette de pain à 40 DA lors de la tempête de neige du 26 janvier passé.C’est le bout du crépuscule, les chasseurs tarderont encore. “Toutes les grives sont achetées à l’avance par les commerçants et les gargotiers de la ville qui ont un épais carnet de commande. Il faut s’inscire et attendre son tour”, nous informe Saïd Chourar, un éducateur habitant cette contrée de poètes et d’artisans au passé envié. Nous nous ravisons donc.Frustrés, nous partons avec la ferme résolution d‘organiser le lendemain notre propre partie de chasse, en moins grand et juste pour le loisir avec des nombreux enfants et un pique-nique dans le maquis.

Piéger les grives dans l’oliveraieNous choisissons les oliveraies d’Allaghane, dans la vallée de la haute Soumamm. D’immenses domaines familiaux où les paysans travaillent d’arrache pied pour réparer les gros dégâts que la neige a causés aux oliviers.Nous faisons les choses en grand, comme pour une véritable journée de cueillette des olives. L’ane, harnaché de son bat, porte dans le chouari, les bouteilles d’eau et les victuailles, une grosse quantité de galettes et des baguettes de pain. Il nous fraye le chemin dans l’oued Mourgou, à travers les lauriers-roses (ilili) et les tamaris géants (amemay), direction l’oliveraie d’ichiqar, sur les piémonts du Djurdjura.Un filet d’eau claire coule paresseusement entre les petites pierres, les sarments de genêts et les branchettes d’oléastre. Des grives, surprises, quittent bruyamment les bosquets de lentisques (amadgh) et de jubier (azougar). L’olvieraie d’Ichiqar est dense. Elle colonise un vaste plateau incliné en forme de losange délimité par les deux bras de l’Assif-El-Ach, une rivière fantasque qui charrie des torrents d’eau limoneuse coulant du massif des At Mélikeche durant la saison pluvieuse et qui s’assèche à l’arrivée de la saison chaude. Cet immense maquis compact d’une beauté incomparable est le terrain idéal pour poser des pièges aux passereaux.Samy le lycéen débarrasse le bourricot de son harnais. Il retire le bat (tabarda) qu’il place à califourchon sur le tronc d’un pin (tarda), accroche la muselle (srima) à une branche du même arbrisseau et finit d’attacher la bête docile à un buisson d’oléastre (azeboudj), de façon à lui permettre de mordre dans les touffes de chardons (assenant), de panicauts (tifeghoua) et de cardères bleus (taga). Lilia, la collégienne sort les pièges du chouari. Une centaine de pièges à arceaux, les pots à appâts, et les pioches, outils indispensables pour déterrer les vers blancs, et creuser les trous et les caches à piégés.Les vers blancs, larves du hanneton, constituent pour la grive des appâts irrésistibles.Institeur Nadjib est là avec ses gosses, Racim et Wissem, et surtout sa tronçonneuse. Il élague et nettoie depuis une semaine ses oliviers particulièrement malmenés par l’épisode neigeux de la fin janvier. Des intempéries que la vallée de la Soummam n’a pas connues depuis l’année 1945.L’oléiculteur Aissa, accompagné de ses petits-enfants, est encore plus matinal. Fidèle au calendrier des ancêtres, Aissa accomplit les travaux en leur temps. il est en plein besogne d’affouage dans l’oliveraie.

Rôtir le gibier sur la braiseNettoyer l’olivette en posant des pièges aux étourneaux, écouter les récits invraisemblables du vieux paysan et jouer avec les enfants entre des parties de chasse. Organiser un pique-nique autour des grives rôties sur la braise voilà un bien beau programme pour cette journée particulière !il est huit heure du matin, ce vendedi 18 mars 2005. Le soleil monte paresseusement derrière les brumes des monts Babors à l’est de Bgayet, la ville de tous les fantasmes. Le maquis dense et mouillé attend le réchauffement des rayons solaires. Le premier geste du paysan est d’apprendre aux enfants bruyants et tout excités, à faire un feu. Les souches de genêts (azezou) constituent la première couche de la construction, les branchettes et les feuilles d’oléastre (azeboudj) et de lentisque (amadagh) la seconde, les rameaux secs de caroubier le dernier étage. Aïssa frotte l’allumette, morse le feu dans une touffe d’herbe sèche qu’il utilise en guise de mèche. Les flammes s’emparent doucement du bûcher. Aïssa y rajoute du gros bois, de veilles branches de pin (tarda), d’aubépine (touvrazt) et d’olivier (azemour). De hautes volutes de fumée montent dans le ciel, un parfum de pin (tarda), de résine (tizeft) et de lavande (amezir) brûlés embaume l’oliveraie.Nous aurons besoin de grosses braises pour réchauffer le repas de la journée et cuire les grives assez grasses dont nous imaginons déjà la chair, grillée sur la braise, dégager les effluves suaves pour parfumer le maquis. Rejoints par Chihab et son fils Rabia, nous organisons la préparation des pièges de fer, Tikheftine, et la mise en place des appâts. Nous partons en processions silencieuses vers les habilleurs, gros buissons touffus où se réfugient les grives.Trois équipes, avec chacune sa direction, s’en vont en raids sur les sentes étroites dessinées par le fourmillement des animaux sur le tapis végétal qui repousse avec la remontée des températures.Lilia, Samy et moi prenons vers Tazrivt, un champ ombragé par le feuillage d’oliviers millénaires aux troncs monstrueux. Lilia creuse le premier trou.L’apprentissage est difficile. Elle glisse et éclate de rire. Samy se fâche, “avec tout ce bruit même les oiseaux sourds s’envolent” fulmine-t-il après de gros efforts, nous réussissons à tendre douze pièges dans les bosquets de lentisque, à des endroits dérobés, à proximité des flaques d’eau, et sous les énormes caroubiers au feuillage dense et protecteur.Les grives bien rassasiées depuis trois mois sont trop grosses pour suivre les étourneaux dans leur migration de retour vers le nord. Elles finissent leur vie entre les dents de leurs prédateurs les chacals (ouchen), les belettes (chbirdou), et les paysans qui ne leur font pas de cadeau du moment qu’elles dévorent leurs olives. les compagnards ne se laissent pas dépouiller sans réagir. Ils chassent les passereaux migrateurs de mille façons. En plus des armes à feu, ils usent de toute une panoplie de pièges : le collet ou nœud coulant installé dans les rameaux de l’olivier (tacharkets), le piège de fer à cerceaux et à trébucher (takhefts), la tige à lacet (Takolait), le piège à pierre (tafdouft) et d’autres astuces.

Gluaux et raquettes de cactusLa pose de gluaux (elazoq) est l’une des plus dévastatrices. A l’aide de dizaines de dès, découpés dans des raquettes de figuier de barbarie, on installe de faisceaux de fines tiges d’alfa enduites de glu ou de colle, dans les branches d’un olivier bien exposé, chargé de fruits mûrs.Les étourneaux englués sont cueillis par dizaines par des guetteurs embusqués dans des abris buissonneux. Les paysannes récupèrent le duvet des passereaux cuisinés pour confectionner des coussins. Les deux autres groupes de poseurs de pièges nous rejoignent. Le petit Rabiâ pleure. Un piège s’est malencontreusement refermé sur ses doigts. Le vieux Aissa le console en lui proposant la narration de la légende de la grive et de l’étourneau : “L’étourneau est fanfaron et démonstratif. Il marge en chantant. Organisé en bandes avec des guetteurs, il aurait dit dans les temps anciens “Alaayadh atharawla” (cirons et partons), alors que la grive, profitant de la cocophonie des exubérants étourneaux aurait conseillé à ses petits de manger en silence “Etchaw, essaw”. Il ne conclut par aucune morale, assénant de sa hache, des coups précis au tronc d’un olivier que la neige a brisé il y a plus d’un mois. L’enfant qui a oublié sa douleur s’affaire à la confection d’un casse-croûte.

Enfilant trois grives comme une brochette, il les tourne doucement sur la flamme.Chacun se sert et s’installe à son gré. De nombreux petits plats sont sortis du chouari.

La journée s’annonce belle. Il est dix heures. Le soleil est haut d’une corde dans le ciel où flottent quelques rares cirrus que les étourneaux préconisent comme des grains de café semés dans l’atmosphère. Des busards tournoient très haut dans le ciel, tout comme une colonie de corbeaux, dont le rôle est de nettoyer le maquis des oiseaux morts, blessés par les milliers de pièges que leur tendent les paysans et leurs progénitures. Les nombreux enfants ont faim. Le chouari est sollicité, malmené. Les bouches voraces des adolescents avalent les baguettes de pain accompagnées d’olives noires, de fromage, d’oignons verts.L'oliveraie s'anime autour du paysan Aissa qui parle en travaillant sans se distraire de sa tache. Pour une fois qu’il a une écoute intéressée à ses histoires d’olivier, il ne va pas se taire.“Les étourneaux arrivent au début d’octobre. Des ruées de passereaux voraces qui volent invariablement d’est en ouest. l’huile se forme alors dans la pulpe de l’olive encore verte. Cette arrivée constitue pour les paysans de Kabylie le signal des préparatifs rituels de la cueillette”. Si l’arrivée des cigognes (ibelouredj) annonce le printemps, celle des étourneaux et des grives signale le début de l’hiver.Après avoir colonisé le littoral où les olives mûrissent tôt les passereaux reviennent dans la vallée de la Soummam à la mi-décembre, périodes dite (iquechachen) dans le calendrier kabyle, Le temps où les arbres caduques se débarrassent de leurs feuilles ultimes, pour se reposer durant l’hiver. Ils ne partiront qu’avec les onze mues du printemps, tafsut, telles que répertoriées dans l’almanach berbère, la véritable fin de l’hiver”.

La grillade embaume le maquisLe jeune Racim pressé d’attraper les grives tire sur la manche de son papa “Il est temps de faire une première inspection à tous ces pièges. Il ont sûrement capturé de belles grives” dit-il, tout agité. les trois groupes repartent chacun ans la direction de ses pièges. Nadjib interpelle un groupe d’adolescents, transportant des sacs d’olives. Un simple échange d’amabilités s’ensuit. Traditionnellement, les enfants sont autorisés, de nouveau à ramasser les dernières olives vers la fin de février pour leur propre compte. l’opération est dénommé ahiwch (la constitution du pécule). De la sorte les olives sont toutes ramassées, ce qui est une obligation pour tout paysan qui se respecte.Tous les après-midi, au retour de l’école, les potaches troquent leurs cartables contre des paniers d’alfa, des sacs de plastique et même des brouettes pour entamer un incessant va-et-vient entre les oliveraies et les derniers moulins encore en activité.Arrivés à Tazrivt, après la traversée d’Iguerzdème, le champ de palmiers nains, nous entamons la tournée par le dernier piège tendu sous un jujubier tentaculaire proche d’une petite marre d’eau. “Super, on l’a eue” s’écrie Samy.“Elle est encore vivante, je ne veux pas la voir égorgée papa relâche la” supplie Lilia. “Je ne suis pas d’accord, tu n’avais qu’à rester à la maison” rétorque Samy.Nous replaçons le piège et poursuivons l’inspection, la grive dans la main du lycéen. Le second et le troisième piège sont toujours tendus à leurs places. Le quatrième piège a disparu. De nombreuses plumes et du duvet emplissent le trou. “Un chat ou une belette est passé par là. Il a emporté la grive et le piège avec un corbeau ou un épervier, le peuvent aussi” dis-je tentant une explication satisfaisante aux yeux des enfants”. “Ce doit être le fait d’un voleur, il y’a tellement de rôdeurs dans le maquis !” ajoute-il. Notre tournée est bonne : quatre grives en tout, même si la perte de deux pièges reste inexpliquée. Racim, revient les yeux rougis par les larmes. On lui a volé ses pièges, et la seule grive qu’il a capture lui a filé entre les doigts.Wissam et Rabia sont plus chanceux, avec chacun trois grives bien en chair.Nous réactivons le brasier. Les enfants plument le gibier que les adultes finissent de nettoyer au contact des flammes. enveloppées dans plusieurs feuilles de papier journal les grives sont enfouies sous la braise. Nous les retirerons après ving minutes sur les conseils du paysan Aissa.Nadjib préfère la grillade. Il improvise un treuil avec des branches de caroubier. Enfilant trois grives comme une brochette, il les tourne doucement sur la flamme. Le fumet des grives grillées embaume l’oliveraie. Un pique-nique est improvisé, en self-service. on s’assoit à même la pierre. Chacun se sert et s’installe à son gré. De nombreux petits plats sont sortis du chouari. Des figues sèches, de l’huile d’olive, des olivies noires conservées, des oignons verts, de la pomme de terre à l’eau, de la galette de blé ! En plus de la viande de grive. Les enfants se régalent !

Le printemps des prédateursNous décidons de faire une deuxième tournée de contrôle de nos pièges, sur insistance des enfants. Pas de chance, nous revenons bredouilles. “Il y a trop de monde dans le maquis. Les vendredi c’est toujours pareil”, déclare Chihab visiblement fatigué. Les paysans travaillent dans un grand bruit de moteurs à deux temps. Ils coupent les branches des oliviers à la tronçonneuse. Ils n’ont plus que quelques jours pour finir la taille. La remontée de la sève dans les arbres a commencé il faudra donc éviter la coulure. Nous sommes à la limite de la période consacrée à la taille dans le calendrier amazigh. C’est la semaine dite le Ledjwareh du 17 au 23 mars marquée par le réveil des arbres et la floraison de certaines espèces comme l’abricotier et l’amandier. Cette durée succède à la semaine de Timgharine (les vieilles capricieuses) connue pour son instabilité atmosphérique. Elle précède juste la semaine de swaleh, période où le printemps s’installe de façon irréversible, avec plus de lumière et de chaleur.Aissa range ses outils de travail, deux grosses haches, une scie à élaguer, un lourd sécateur, une houe et une longue fourche pour les cacher entre les dragons d’un vieux caroubier. Il éteint le feu. Les rayons du soleil dessinent sur les cimes des oléastres des arabesques brillantes que Aïssa l’oléiculteur interprète et traduit “C’est tout un poème quand le soleil parle aux oliviers”. Il est cinq heures, les feux s’éteignent. le bruit cesse. Nous rentrons. C’est ce moment que choisit Ali le chasseur de lièvres pour venir poser ses gros pièges à mâchoires. Ali, mécanicien de profession et Mohamed un postier, ont renoué avec les vieilles méthodes des ancêtres. Ils délimitent un terrain en cuvette assez spacieux et l’entourent d’une clôture d’épineux, ne laissant qu’un seul accès. Ils déposent au centre du grand cercle des petits tas de grains d’orge pour attirer et accoutumer les lièvres. Ils répètent l’opération durant des jours, tout en faisant le guet. Au bout d’une semaine jugeant suffisant le nombre de lièvres accoutumés au gavage, ils ouvrent dans la clôture autant de brèches qu’ils ont de pièges à poser. Le stratagème est infaillible. Ainsi tous les dix jours, ils attrapent quatre à cinq lièvres, prenant le soin de relâcher les plus jeunes, leur donnant le temps de grandir et les attraper à nouveau. l’homme est sûrement le plus grand des prédateurs.

R. O.

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