Par DDK | 30 Mai 2005 | 3139 lecture(s)

La zaouïa Sidi Ahmed Ouyahia

C’est durant ce mois d’avril, mois du patrimoine et vestiges historiques connu et célébré un peu partout en Algérie, que nous sommes allés visiter ce monument ancien hors normes qui date du 9e siècle et qui continue de fonctionner à présent. Il consititue pour nous, sans risque de nous tromper, le plus ancien site historique de la région. Située au cœur de la vile d’Amalou daïra de Seddouk, d’une architecture de type andalousien, cette zaouïa à l’instar des autres zaouias est associée à la Tarika rahamania de Sidi Abderahmane d’Akfadou (institut islamique actuel).Pour s’y rendre, c’est à partir du trois chemins situé au milieu de la localité de Biziou que le panneau de signalisation indique la route vers Amalou, laquelle est en ascension permanente et serpente sur environ 8 kms. A mi chemin, des doubles virages pentus rendent cette route plus dangereuse. Tout au long du trajet qui semble bien intéressant à parcourir, des lignées de pavillons bordaient des parcelles de terres bien travaillées et cultivées de céréales dont les épis aux tiges assez longues tournoyaient aux quatre vents, ou laissées en jachère dont les broussailles verdâtres dépassent par endroit 50 cm sous des figuiers aux bourgeons stimulés par les intempéries importantes de l’hiver et le soleil doux d’un printemps qui s’annonce le plus beau. Des lopins de terre du dernier contrefort, collés au piémont de la montagne semblent être bien travaillés et constituent la limite du mont gueldamen au relief boisé et escarpé. Le maquis de cette montagne est la destination préférée des bergers ou sont visibles de loin des taches blanchâtres d’un troupeau de caprins au milieu d’une végétation verdoyante. Bénéficiant d’un micro climat de type méditerranéen, les cigales n’y sont pas rares, certains plantent méditerranéennes et certaines orchidées non plus.Avant d’atteindre la ville d’Amalou qui semble languir sous le silence dans lequel elle est plongée durant cette matinée, nous rencontrâmes un lotissement composé de petites habitations au milieu des jardins pleins de rosiers et des verdures d’arbres et plantes maraîchères. Ce panorama inédit montre si besoin est de l’attachement des habitants d’Amalou à se créer un cadre de vie convivial dans un environnement naturel splendide. Non loin de là, la moitié de la chaussée est balisée par une équipe des ponts et chaussées celle-ci est relayée par nettoiement de l’accotement et des talus gagnés par les broussailles, celle-ci est relayée par une équipe des travaux publics qui construit un mur de soutènement avec des gabions pour parer à un éboulement de terrain causé par les dernières intempéries dont la boue a envahie une partie de la chaussée. De loin, apparaît un grand édifice historique construit par l’administration coloniale. Aujourd’hui, il est dans un état de délabrement ou certains pans de façades sont tombés en ruine.Arrivés à la ville d’Amalou, on s’en est étonné du changement brusque de la localité qui semble sortir d’une grande léthargie avec des constructions nouvelles et une panoplie de commerces variés distribués par la route qui continue» vers les villages de cette commune et de celle de Bouhamza. Cette situation de passage obligée pour les voyagistes de ces contrées l’a aidée à se développer. Le siège de l’APC se trouvant en bordure de la grande route attire beaucoup de gens qui, pour se rendre à la mairie qui, pour prendre un bus.Au premier carrefour, nous bifurquons à gauche pour prendre la route vers Thimesririne. A 500 m nous l’abandonnons pour s’engouffrer dans un amas de maisons par un chemin pentu et sans issue. Plus bas, nous tombons nez à nez sur un magnifique panorama avec des maisons mythiques dont certaines séculaires sont restaurées dans leurs splendeurs originelles. C’est la zaouia, lieu de notre pèlerinage, l’un des sites les plus sacrés de la ville avec sa médersa religieuse la plus importante et la plus attrayante de la région. A l’entrée de thamaamarth, sur un grand fronton est écrit en arabe et en gros caractères, «zaouia Sidi Ahmed Ouyahia». C’est l’imam de la mosquée, Mr Alloul Amar, membre de l’association religieuse et gestionnaire et enseignant de sept matières dans cette école qui nous a accueilli avec bienveillance.D’emblée, il nous fait visiter l’imposante mosquée attenante à l’école qui garde encore la plaque commémorative d’inauguration par l’actuel ministre des Affaires religieuses, Ghoulamallah le 26/08/1997 correspondants au 22 rabia thani 1418. «Cette mosquée est construite par l’arch d’Amalou avec la contribution des dons des particuliers dont les délais de réalisation étaient de 10 ans (1986-1997)», dira l’imam. Elle est attenante à la zaouïa et constitue le plus important monument religieux qui charme le visiteur le plus assidu avec les ors et les turquoises de ses coupoles et ses décors majestueux restent gravés dans les mémoires de tous ceux qui sont passés par là. D’une superficie de 23x23m soit 529m2, elle est composée de trois niveaux et d’un minaret géant qui émerge dans toute la localité malgré la situation géographique de la zaouïa, engouffrée dans une cuvette.Le sous-sol est annexé à la méders et composé d’une salle de cours, un bureau spacieux du gérant équipé du mobilier adéquat et les toilettes. Le rez-de-chaussée, isolé de l’école par une clôture sert de salle de prières pour les hommes permettant ainsi aux fidèles de la ville d’accomplir leur devoir religieux dans cette mosquée, notamment la prière du vendredi sans y passer par l’école et gêner son bon fonctionnement. Le premier étage sert de salle de prières pour femmes. Après la mosquée, c’est une grande bâtisse d’architecture ancienne qui s’offre à nos yeux, un monument gardant toute sa vivacité. «Cet édifice d’une superficie de 16x12m soit 192m2, construit en 1950 par l’arch d’Amalou est utilisé actuellement comme salle de cours pour 42 élèves» fera remarquer notre interlocuteur.

Des matériaux du IXe siècleUn peu plus bas, deux grands vestiges attirent toute notre attention. Tout d’abord, la vieille mosquée qui se révèle être un musée déterminant toute l’apothéose de l’art sur le plan architectural de type andalou qui nous renvoi sur cinq siècles en arrière pour imaginer toute la grandeur du concepteur qui ne peut être que le maître des lieux de l’époque (Sidi Ahmed Ouyahia). A quelques mètres de là, se dresse la nécropole où est érigé un mausolée séculaire, bien entretenu et faïencé même de l’intérieur. Une grande toile verte recouvre le tombeau de Sidi Ahmed Ouyahia, à ses côtés est enterré son fils Fares, l’aîné des trois autres fils. A l’entrée et sur le côté droit reposent, les trois imams descendant du cheikh spirituel, qui ont assuré sa succession. Il s’agit de Cheikh El Bachir, Cheikh El Hacene et de Cheikh Md S’éghir. Enfin, le dernier endroit magique sur lequel nous nous sommes attardés est la salle des cours ou le Cheikh enseignait le Coran, un vestige étourdissant qui s’avère être le monument le plus ancien en raison de son architecture millénaire. Les matériaux qui datent du 9e siècle sont encore en place, de l’ardoise du parterre, des pierres bien taillées des murs, des briques pleines servant d’orments et des tuiles rouges traditionnelles typiquement kabyles. Même en s’éloignant, il est difficile de détourner les yeux pour abandonner un charme qui impressionnepar toutes ses subtilités. La zaouïa a contribué à la formation de plusieurs illustres personnalités politiques, patriotiques et religieuses qui ont contribué à la guerre de Libération nationale de 1954 et dont certains sont tombés au champ d’honneur. «La zaouïa a été fermée par l’armée coloniale pour toute la période de la guerre pour ne s’ouvrir qu’après l’indépendance du pays. Il lui a été reprochée la formation de beaucoup de moudjahidines qui ont nourri les maquis, notamment ceux de la région. Aujourd’hui forte avec ses 50 martyrs recensés, l’association religieuse, autorité suprême de ce lieu de culte, coure pour arracher une stèle qui sera érigée à l’entrée de la zaouïa, à la mémoire de ses enfants chouhada», explique notre interlocuteur. «Aussi, elle a eu l’honneur et le mérite d’avoir formé et donné le premier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), en la personne de Abderrahmane Fares, l’un des petits-fils du Cheikh spirituel et notaire de profession. Par ailleurs elle ne tarie pas d’éloges d’avoir donné aussi pour la révolution algérienne, un officier de l’ALN au rang de colonel et un commissaire politique mort en 1957 dans un accrochage à Boni dans la région d’Ighil Ali», poursuit-il, tout en fouillant dans les placards à la recherche des archives de la zaouïa qu’il met à notre disposition et il enchaîne : «Parmi les personnalités religieuses formées qui sont fort nombreuses, l’imam citera quelques-un à l’exemple de : «Saad Idjerri de Tizi Ouzou, imam et écrivain, Taher Aït Aldjel, personnalité très influente de la zaouïa de Tamokra, El Hacene Fares et Sahnoun, imams et juges à l’époque coloniale et enfin Cheikh Tayeb Ouchentir, père du célèbre Ali Chentir», tient-il à préciser.Cette école fonctionne avec les moyens de bord. Les allocations de l’Etat sont minimes et insignifiantes par rapport à son budget de fonctionnement.«L’année passée, sur les 2.900.000,00 DA dépensés dans l’alimentation des étudiants, seuls 300 000, 00 DA nous ont été remboursés par l’Etat. Néanmoins, l’Etat prend en charge les salaires du personnel enseignant et autres», a souligné le gérant. Cependant, 130 ha de terres agricoles fertiles ont été achetés aux environs de l’année 1900 par l’arch d’Amalou pour le compte de la zaouïa. Ces terres situées à Melakou sont mises en valeur par la plantation d’une partie d’arbres fruitiers et l’autre partie laissée nue pour la pratique des cultures maraîchères qui sont irriguées par trois forages hydrauliques. Ces terres sont louées aux particuliers pour une bagatelle somme de 500 000,00 DA/l’an et procurent ainsi des ressources pour l’école. Mais le financement important provient des généreux particuliers qui n’hésitent pas à chaque fête religieuse d’attribuer des dons. Les moyens matériels existent en nombre suffisant.L’immobilier se résume à cinq dortoirs spacieux permettant aux étudiants d’être à l’aise dans les chambres, une cuisine très propre, un réfectoire, une salle de cours très spacieuse qui était une ancienne mosquée et trois magasins dont un est utilisé pour le stockage des produits alimentaires, un autre est réservé pour le stockage de l’huile d’olives donnée à la medersa bénévolement par des particuliers et enfin le troisième hangar abrite l’outillage.D’après notre interlocuteur, la municipalité d’Amalou offre de temps à autre des équipements ou des produits de fonctionnement dont la zaouïa a besoin. «La municipalité a toujours apporté sa contribution. En plus du gasoil pour le chauffage et des produits d’entretien, elle nous a attribués deux frigidaires et 20 chaises et elle nous assure chaque fin d’année les cadeaux des cérémonies», témoigna M. Alloul.Cette zaouïa est l’âme de l’arch d’Amalou et demeure un lieu de pèlerinage privilégié grâce à ses monuments séculaires séduisants qui attirent chaque année un nombre impressionnant de pèlerins qui viennent se recueillir sur le mausolée de Sidi Ahmed Ouyahia pour avoir sa baraka et admirer la splendeur des lieux.

L. Beddar

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