Outre les produits du terroir exposés le long de la RN5 ou sur les marchés de la ville (porcelaine, objets domestiques en bois… ), les rues de Bouira regorgent depuis quelques semaines de produits agricoles « non conventionnels », c’est-à-dire extraits à l’état sauvage et proposés à la vente. Depuis la disparition du grand froid qui avait suspendu toute croissance végétale, le couvert herbacé a envahi toutes les collines et dépressions des zones de montagne. Et c’est ainsi que l’on retrouve dans la rue des adolescents et parfois même des enfants proposant aux passants différentes herbes non pas médicinales comme on a l’habitude d’en rencontrer mais destinées à la consommation domestique. En plus du chardon doux, appelé chez nous « tagheddiwt », proposé à 40 DA le kg, les enfants étalent sur les trottoirs une espèce d’ail sauvage, le bulbe de « bribas », la menthe, le basilic, les cardes sauvages à épines, les épinards, le cresson etc. Les jeunes frappés par le chômage redoublent ainsi d’ingéniosité pour se faire un peu d’argent en proposant aux citadins des produits originaux parfois oubliés depuis très longtemps. Souvent, ils n’hésitent pas à donner des recettes de cuisine à base de produits proposés à la vente pour mieux étoffer leur « marketing ». Et cela semble bien marcher. La salade de cresson par exemple semble être un souvenir des années 40 lorsque la misère et la disette induites par la Seconde Guerre mondiale avaient réduit les populations à manger bulbes, racines et tiges presque inconnus auparavant. Plante aquatique prospérant dans les rivières, le cresson peut largement remplacer la laitue qui caracole actuellement à 80 DA le kilo. Signe de misère sociale poussant les enfants à fouiner dans le savoir local et ancestral pour mettre sur le marché une flore jusqu’ici non valorisée, ce phénomène peut être aussi appréhendé comme un retour aux sources d’une culture marginalisée par une « modernité » aux accents rentiers qui a crée même des importateurs de figues sèches.
Amar Naït Messaoud
