Par DDK | 1 Janvier 2006 | 927 lecture(s)
Si Mohand U M’hand à l’UNESCO
“L’œuvre de Si M’hand”, est le thème de l’ultime conférence prévue dans le programme de commémoration du centenaire de la disparition du poète légendaire, tracé par l’étoile culturelle d’Akbou du 26 au 29 décembre passés.Très attendu, Abdeslam Abdenour, auteur de nombreux essais sur la littérature orale et la poésie berbère, et de multiples contributions sur les valeurs de la civilisation kabyle, a déroulé la vie singulière de Si Mohand en explicitant le processus de maturation de la vision du poète en avance sur son temps qui a culminé par la fameuse rencontre avec Chikh Mohand Ou L’houcine, maître du verbe et du pouvoir, consacré dans toute la Kabylie du 19eme siècle.L’intensité de l’argumentation du conférencier est allée crescendo jusqu’à installer une totale communion avec la salle bondée, au point où le public ne voulait plus se séparer de cet homme qui incarne aux yeux des jeunes la fin de tous les tabous et le triomphe de l’effort généreux sur la culture du martyre et de l’assassinat.“Le raï triomphe en Kabylie parce qu’il répond aux attentes des jeunes d’aujourd’hui. Tant que la chanson kabyle se complaira dans le mélodrame larmoyant, elle sera rejetée”, dira-t-il après avoir démontré qu’en matière de discours amoureux, Si Mohand ou M’hand est, à lui seul, une véritable école.Le conférencier s’est appuyé sur ses deux derniers ouvrages pour illustrer la profondeur de la poésie de Si Mohand. Et son inscription dans une pensée plus globale que l’on peut désigner par le générique de “Takbaylit” ou le fait d’être kabyle et de s’assumer en tant que tel. “Chikh Mohand Ou L’houcine, Amousnaw” est un livre paru au début de l’été 2005, il traite du renouveau de la pensée kabyle. L’auteur y développe la thématique de la laïcité telle qu’elle fut vécue par la population kabyle et telle que l’illustre la vie et le comportement de Chikh Mohand U L’hocine, qui représentait une autorité de régulation sociale dans toute la Kabylie durant la deuxième moitié du 19eme siècle.Le second ouvrage qui célèbre en toile de fond les valeurs de tolérance et de respect que témoignait alors la société kabyle à ses artistes et penseurs quelques aient été leurs dérives et leurs extravagances, est une étude comparative du comportement du pouvoir français à l’égard de Charles Baudelaire, humilié traîné en justice et condamné à cause de sa poésie osée et libertine d’une part, et de la grande tolérance donnée comme réponse sociale à l’avènement de la poésie érotique de Si Mohand qui ne respectait aucune limite tracée par les normes sociale, en vigueur, d’autre part. Deux pouvoirs face à deux poètes. Autant le pouvoir français s’est acharné sur Baudelaire l’humiliant et le réprimant, autant le pouvoir kabyle a compris Si Mohand et reçu son message avec intelligence et tolérance. De quel côté était la civilisation ?Abdeslam Abdenour a transmis le message du nécessaire renouveau de la pensée kabyle incarné par la sagesse de la vie du Chikh Mohand ou L’houcine, sa maîtrise de la dialectique kabyle et la clairvoyance de son œuvre mais aussi, à l’opposé, par l’instabilité de Si Mohand U Mhand, qui a produit le génie poétique pour lequel nous avons élevé une stèle. Tous les deux, chacun à sa façon, ont hissé haut l’étendar de Taqbaylit, transformant de simples mots usuels en concepts de portée universelle.A. Abdenour nous apprendra qu’il a déposé, au siège de l’UNESCO, un dossier demandant à cette institution internationale d’inscrire l’œuvre de Chikh Mohand Ou L’houcine, celle de Youcef Oukaci et, enfin, celle de Si Mohand Ou M’hand dans le patrimoine culturel universel en reconnaissance de tous les apports de la civilisation Amazighe à l’humanité.
Rachid Oulebsir






