Ce recours illégal est pratiqué souvent dans le cadre du contrat à durée déterminée ou journalière, d’où les conditions de l’emploi qui deviennent de plus en plus précaires. Ces tares touchent divers secteurs d’activités qui emploient dans la clandestinité et l’impunité. Ils se généralisent dans les petits commerces, mais surtout dans le bâtiment. Pour être plus illustratif, tous les citoyens ont dû remarquer ces dernières années le nombre de personnes âgées entre 20 et 55 ans qui, quotidiennement, occupent les trottoirs et la devanture de la poste centrale de la ville des Genêts. Ces personnes ne sont autres que des ouvriers occasionnels attendant le passage éventuel d’un artisan ou d’un entrepreneur en bâtiment à la recherche de main d’œuvre. Devant cette situation alarmante et le chômage qui sévit dans la région, ces ouvriers en détresse se bousculent pour s’arracher une place qui est synonyme de « boulot ». Selon notre enquête, « les nouveaux patrons » du secteur du bâtiment font appel à cette catégorie d’ouvriers qui, faut-il le préciser, viennent de toutes les contrées du pays, à l’instar de Bordj Ménaïel, Jijel, Constantine, Bordj Bou-Arréridj et même des localités de la wilaya de Tizi Ouzou et ce pour deux avantages principaux, à savoir une main d’œuvre bon marché et la non-déclaration de ces travailleurs à la sécurité sociale. C’est ainsi que ces ouvriers sont exploités à longueur d’année. Aussitôt la mission accomplie au bout de 30 jours ou d’une journée, ces derniers sont renvoyés illico-presto et reprennent leur place habituelle en quête d’un autre boulot. Même en cas d’accident de travail, ces ouvriers sont abandonnés à leur triste sort. Par exemple, cet ouvrier, D. H. que nous avons interrogé sur place, qui raconte : « Il y’a quelques jours dans un de ces chantiers en construction à Tizi Ouzou, un homme âgé de 48 ans, père de famille, a fait une chute du 2e étage sur un chantier, ce qui lui a occasionné plusieurs fractures au niveau des jambes et des côtes. Son employeur l’a transporté, certes, au CHU de la ville, mais l’a abandonné à son triste sort sans aucun état d’âme », et de conclure : « Des cas similaires sont fréquents à Tizi Ouzou ». Pourtant, en matière de coercition, la loi 83. 14 du 2 juillet 1983 relative aux obligations des assujettis à la CNAS est claire et comporte une dizaine d’articles, notamment son article 6 qui stipule que : Tout employeur est tenu d’adresser à l’organisme de la sécurité sociale une déclaration d’activité dans les 10 jours qui suivent le début de l’exercice. Quant à l’article 8, il est sans équivoque. Il stipule qu’un défaut d’affiliation dans le délai prévu par l’article 10, entraîne des pénalités, etc. A travers toutes ces contraintes qui affectent le monde du travail et qui se développent impunément au mépris de la loi et de la réglementation, le constat est alarmant. Il touche de plein fouet le monde du travail. Il n’y a aucune raison à ce que des entrepreneurs, artisans, promoteurs ou autres puissent bénéficient de grands chantiers avec des enveloppes conséquentes du Trésor public et en même temps, contournent les règles les plus élémentaires de l’Etat, à savoir la protection sociale. Pour rappel, en 2004, plus de 1 000 travailleurs exerçant dans diverses entreprises en bâtiment et autres ont été recensés par les services de la CNAS pour délit de fausses déclarations dans la wilaya de Tizi Ouzou. Alors, pour contraindre tous ces employeurs à s’interroger dans la vision sociale et respecter le système social de l’Etat, des visites de contrôle de l’Inspection du travail et de la CNAS dans des nombreux chantiers, surtout celui du bâtiment, révéleront certainement l’ampleur de l’exploitation des ouvriers et du travail au noir.
S. K. S.
