Par DDK | 31 Mai 2005 | 2073 lecture(s)
3 milliards de dollars partent chaque année en fumée
Les chiffres sont édifiants : 1,3 milliard de fumeurs à travers le monde, 5 millions de décès liés au tabagisme chaque année, plus de 700 millions d’enfants soit la moitié d’entre eux sont exposés au tabagisme passif, la moitié des fumeurs risque de décéder des suites d’une maladie liée directement à la consommation du tabac d’ici à 2030, la Banque mondiale prévoit le décès d’un fumeur sur 6 par an. Ces quelques données chiffrées donnent la chair de poule et permettent de mesurer l’ampleur des dégâts d’un geste devenu banal, si banal que beaucoup l’assimile à un acte presque vital, du même type que le fait de respirer, de se nourrir, de boire, de procréer...Ajoutée à ces chiffres une espérance de vie en nette diminution chez les accrocs, entre 4 et 8 ans, et le panorama sur la grande faucheuse des temps modernes sera complet.Nonobstant tous ces chiffres et la sonnette d’alarme que ne cessent de tirer les “Cassandres” du monde médical, la consommation du tabac se maintient. La dépendance à la nicotine, le machisme (chez nous), le plaisir (?) pour certains qui lui découvrirent 1000 vertus antistressantes, antiennui, remontantes, voire aphrodisiaques (?) font que le tabagisme est devenu un véritable problème de santé publique.Un peu d’histoire sur cette plante ramenée des Amériques par les conquistadors et qui n’a pas toujours eu mauvaise presse. Avant de conquérir son statut actuel de pratique sociale quotidienne, le tabac et son usage ont été entourés de propriétés médicinales. Longtemps symbole de la convivialité ou de la paix consacrée par le “calumet” que l’on passe à la ronde, le tabac avec les progrès de la science a fini par être cloué au pilori et montré du doigt évolue silencieusement et tue à tous les coups, car vecteur principal d’affections graves, cancer, maladies cardio-vasculaires. Malgré les effets néfastes que tout le monde s’accorde à rattacher à cette plante fumée, prisée ou mâchée, les enjeux et les intérêts économiques sont tels que son retrait n’est même pas envisageable par les majors de la fumée. Quitte à inonder les pays en développement qui concentrent à eux seuls 70% des fumeurs qui décèdent chaque année, en produit qui instillent, lentement mais sûrement, la mort. Une mort programmée !Le tabac ne peut être dissocié des grandes découvertes de la fin du XVe et du début du XVIe siècles.C’est Christophe Colomb qui le premier, a découvert cette plante en accostant à Cuba. Mais, c’est Jean Nicot, le bien nommé ambassadeur français à Lisbonne qui a contribué à la propagation du mal rampant en Europe. Aujourd’hui, c’est plus de 600 milliards de cigarettes qui sont consommées chaque année sur terre. Un peu comme si les civilisations pré-colombiennes anéanties, rayées de la surface du globe, se rappellent au bon souvenir de l’humanité par vengeance post-mortem interposée.Si pour l’Occident qui engrange des richesses fabuleuses en vendant la mort, le débat tourne autour d’un monde sans tabac, les pays pauvres de la planète représentent des espaces privilégiés et propices à la lutte que se livrent les grands fabricants de tabac pour accroître leurs parts de marché. Tous les moyens sont bons pour inonder ces pays de produits souvent mauvais, pâles imitations de ce qui est offert au consommateur occidental et qui, par leur piètre qualité, causent encore plus de dégâts. Outre les circuits d’approvisionnement traditionnels, la contrebande s’affirme, année sur année, comme un concurrent tout à fait “respectable” et tend même à se substituer avec la complicité active des pouvoirs publics aux importations légales. La connection contrebande-armes de guerre, clairement décortiquée et établie, alimente guerres et conflits endémiques en Afrique, notamment. C’est toutes ces raisons qui font dire à certains spécialistes bien au fait des enjeux réels, que la filière tabac a encore de beaux jours devant elle.L’Algérie qui compte 8 millions de fumeurs dont 1 million de femmes (qui l’eut cru!) produit 23 milliards de cigarettes par an soit une moyenne de 1 600 cigarettes par habitant et 3 000 tonnes de tabac à mâcher et à priser. Notre pays n’échappe pas au phénomène de la contrebande, très difficile au demeurant à juguler eu égard à l’immensité des zones frontalières à surveiller. Nous sommes en fait dans un système où l’hypocrisie le cède à la cécité : tous les buralistes et “tablistes” exhibent, bien en vue, des célèbres cigarettes américaines que ni l’Etat ni encore moins le privé n’ont importées. La consommation annuelle est estimée à 27 000 avec un accroissement de 5% l’an. Quant au coût, il est ahurissant : les fumeurs algériens dépensent 3 milliards de dollars US, soit l’équivalent de 120 000 logements de type F4 ! Excusez du peu !Autre particularité à retenir du tabac que nous consommons, les taux de nicotine et de goudron dépassent largement les 0,8 mg et 15 mg. Ce qui revient à dire que la teneur en “poison” est nettement plus élevée que celles des produits vendus sous la même étiquette à l’étranger. La législation petit à petit s’adopte aux contraintes de l’heure. Depuis 2001, des textes réglementaires interdisent l’usage du tabac dans les lieux publics et le sonpsoring. Par ailleurs, la loi de finances 2003 a majoré la taxe sur le tabac sans toutefois qu’il ne soit fait mention d’une éventuelle baisse de la consommation. L’effet dissuasif recherché n’a pas fonctionné. En matière de tabagisme, on ne fait pas dans la demi-mesure : on est accro ou on ne l’est pas. L’augmentation du tabac au final, même s’il a pénalisé le consommateur, n’a pratiquement pas affecté la marche. Par contre, ce que l’on sait, c’est que pour chaque dinar engrangé par le Trésor public, l’Etat débourse 3 à 10 fois plus pour traiter les pathologies découlant de l’usage du tabac. En 2002, 13 000 personnes sont décédées de complications dues au tabagisme. En Algérie, les affections les plus fréquentes sont dans l’ordre : l’infarctus du myocarde, le cancer de la trachée et/ou des poumons, l’insuffisance respiratoire. Le phénomène de la dépendance est à la fois physique et psychique. C’est sur ces 2 fronts au titre des thérapies proposées pour se défaire de l’accoutumance que la bataille livrée pour le sevrage est menée. “Les approches comportementales et cognitives sont au même titre que les techniques de substituts à la nicotine, réputées efficaces”, nous dira le docteur K.L., qui reconnaît que beaucoup reste à faire. Le droit à l’air pur, le droit de dire non à l’enfumade en règle ! Voilà ce que réclame la majorité de l’humanité, sans exclusion, sans ostracisme ni exclusive. En attendant, méditons sur ce slogan placardé sur les murs d’une capitale africaine : “Je fume, tu fumes, il fume, nous fûmes”.
Mustapha R.






