Par Hocine T | 9 Mars 2014 | 4070 lecture(s)

Assi Youcef : élu le village le plus propre de la commune

Voudjana en quête de développement

Après avoir remporté le prix du village le plus propre de la commune d’Assi Youcef, au sud de la wilaya de Tizi-Ouzou, les habitants de Voudjana ont organisé, avant-hier, une fête pour célébrer cette distinction et inaugurer la place des Martyrs du village.

C’est en présence du chef de daïra de Boghni, des autorités locales, des représentants locaux de l’ONM, du jury, du mouvement associatif de la commune et de nombreux villageois, que les autorités ont inauguré une stèle dédiée aux sept martyrs du village. Une randonnée à travers les ruelles du village a été ensuite programmée, pour justement montrer le travail effectué par le comité du village et l’ensemble des villageois dans le domaine environnemental. L’occasion a été ensuite mise à profit pour interpeller les autorités présentes en vue d’accorder d’autres projets en vue d’améliorer le dur quotidien des villageois. Une cérémonie de remise de diplômes de remerciement et de cadeaux d’encouragement a été tenue. C’est ainsi que Nna Thalqasemt, une vieille du village, et le jeune Atab Lyes, ont été gratifiés de cadeaux symboliques pour leur grand apport et leur disponibilité lors de la campagne de nettoyage du village. Vers midi, un repas traditionnel a été offert aux invités et à l’ensemble des présents. Pour en savoir davantage sur l’état des lieux dans ce village de haute montagne, nous avons jugé utile de questionner les membres du comité, qui nous ont fait part de tout ce qui a trait à leur hameau. Il en ressort que, malheureusement, le village ne dispose que de peu de moyens, à l’image de tous les autres de Kabylie, avec son lot de soucis et les multiples manques qui le caractérisent. Les villageois n’ont, en effet, que leur générosité et leur disposition à faire face à la myriade de carences qu’ils vivent au quotidien, qu’ils essaient de surmonter en comptant surtout sur leurs propres moyens, comme l’ont toujours fait leurs aïeux.

Infrastructures et service public : Il faut voir ailleurs !  

Par ici, aucune école n’est disponible. Les enfants sont scolarisés à Ait Hegoune, situé à quelques jets de pierres. En hiver, comme en été, les écoliers subissent les affres de dame nature. Les collégiens vont aussi dans ce même village où un CEM est disponible. Quant aux lycéens, ils parcourent plusieurs kilomètres pour suivre leur cursus. Le ramassage scolaire est assuré par l’APC, mais les élèves sont dans l’obligation de se rendre au village d’Ait Hegoune pour prendre les cars. « Nous demandons aux autorités locales de ramener le car jusqu’à dans notre village pour en faire profiter nos lycéens et lycéennes. Par les temps qui courent, il est imprudent de laisser les adolescentes se rendre à pied jusqu’à Ait Hegoune de bon matin, surtout en période hivernale », dira le président du comité de village. Concernant le secteur de la santé publique, c’est le désert. Le hameau ne dispose d’aucune unité de soins, comme c’est le cas de la plupart des villages de la commune d’Assi Youcef. Pour la moindre injection ou un changement de pansement, les villageois sont sommés de se rendre au chef-lieu communal où un dispensaire est disponible. Pour les cas urgent, les parturientes ou les malades graves, ils sont acheminés vers Boghni, Draâ El Mizan ou Tizi-Ouzou. La distance est si importante que plusieurs malades gravement atteints, risque d’arriver trop tard. « Nous avons mis à la disposition du secteur concerné un local. Nous leur avons demandé de l’aménager pour en faire un centre de santé. L’APW a donné son accord de principe pour la prise en charge financière, mais jusqu’à présent rien n’a été fait », fera remarquer un des membres du comité du village. Pour ce qui est du secteur de la culture et du sport, c’est également le désert, puisque rien n’est disponible. Les jeunes du village s’entassent dans l’unique siège du comité, lequel local appartient à un particulier. Pour le sport, aucun terrain, ou salle, n’est à recenser. Une équipe de foot (AS Voudjana) a pourtant vu le jour dans le village et elle s’entraîne ailleurs.  « Dernièrement, un de nos joueurs s’est fracturé une jambe, lors d’un tournoi, et c’est grâce à une quête des villageois qu’il a été pris en charge », révélera le président du comité, M. Ammour.

Le gaz naturel, l’unique satisfaction

Les membres du comité de village que nous avons rencontrés, disent que leur village est raccordé au réseau du gaz naturel. « Il n’y a que les nouvelles habitations et celles dans les zones isolées qui ne sont pas raccordées au réseau », reconnaîtront-ils. Pour ce qui concerne l’AEP, le président du comité notera : « Par le passé, nous n’avions que 4 fontaines publiques pour tout le village. Par la suite, nous avons bénéficié de l’alimentation via El Aïnçar Mendes, mais la rareté de l’eau potable se faisait toujours sentir, surtout en été. Après maintes interpellations des autorités, nous avons bénéficié d’un autre château d’eau, à partir de Tabourt Laïnçar, mais une fois le réseau mis en service, l’alimentation via le premier château a été coupée. Du coup l’amélioration attendue n’a pas eu lieu. Le rationnement est toujours de mise. L’été passé, notre village a été privé d’eau pendant plus de 20 jours, ce qui nous a poussés à rénover l’ancienne conduite vétuste, avec l’aide de l’APC. Les branchements sont toujours en cours ». Sur un autre registre, à savoir celui de l’assainissement, « un réseau a été réalisé durant les années 1970. A présent il est vétuste et sous dimensionné puisque le village a connu une extension et une croissance démographique. Un autre réseau a été réalisé  durant les années 1990, mais les travaux ne sont pas achevés à ce jour», dira notre interlocuteur. Les eaux usées coulent, ainsi, à ciel ouvert au lieudit Amdagh Bweslen. Les dégâts occasionnés à la faune et à la flore sont importants. « Nous demandons aux responsables concernés d’achever ce deuxième réseau et de prévoir une station d’épuration ou des bassins de décantation pour préserver l’environnement», ajoutera le président du comité.

Le réseau routier, impraticable

Le chemin communal reliant les villages de Soumâa, Voudjana, Taddert Oufella et Tala Guilef est dans un état de dégradation avancé. Les crevasses, les nids de poule et la disparition du bitume en plusieurs endroits ont rendu la circulation routière très difficile. Ce chemin a été revêtu en bi couche, pendant les années de disettes, et depuis, aucun entretien n’y a été effectué. Les travaux d’AEP et de gaz naturel ont carrément labouré la chaussée devenue impraticable. Concernant le chemin vicinal, élargi par les villageois avec le concours de l’APC, les travaux se sont arrêtés à mi-chemin. Une opposition a empêché les villageois et l’APC de réaliser l’autre moitié pour mettre un terme à l’isolement. A présent, le chemin est sans issu. « Nous interpellons vivement les autorités compétentes afin d’intervenir pour lever l’opposition et procéder au revêtement ou au dallage de cette route », appellent les membres du comité du village. Plusieurs autres axes vicinaux ne sont pas encore dallés, nous diront nos interlocuteurs. Rappelons que pour gagner le concours du village le plus propre de la commune, les villageois ont, dans un premier temps, procédé à l’éradication de la fameuse décharge sauvage. Ils ont, ensuite, mis en place des bacs à ordures et des poubelles à travers les différents coins du village. Ils ont ensuite instauré des horaires de dépôt d’ordures ménagères à respecter. Les tracteurs de l’APC ne passent que deux fois par semaine. Les foyers sont tenus de ne faire sortir leur détritus qu’au moment du passage des tracteurs municipaux. Rappelons que les quartiers situés à l’intérieur du village ne bénéficient pas du passage des agents de collecte des ordures, car les tracteurs de l’APC ne peuvent y entrer les issues étant très exiguës. La route n’est pas encore réalisée, à cause de l’opposition citée plus haut. Une commission d’hygiène et de sécurité a été mise sur pied pour appliquer le règlement intérieur du village. Il est à signaler que certains villageois proposent de vendre des assiettes foncières à l’état, pour justement y construire des infrastructures publiques. Le problème du foncier est donc réglé, la balle est dans le camp des responsables compétents.

Hocine T

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