Par M.A.T | 18 Mai 2014 | 2750 lecture(s)

Tizi-Ouzou : La commune a tant souffert du sous-développement et de l’insécurité

Akerrou en quête de renaissance

Dans le cœur du massif forestier de l’Akfadou, Akerrou est l’ensemble d’une douzaine de villages, clairsemés et scintillants au milieu du pin et du laurier.

Tifrit Nath-El-Hadj, chef-lieu de la  commune qui s’efforce de renaître, n’en finit pas de briser les chaînes de son isolement. Un isolement qui aura durée près de deux décennies. Elle a vécu l’enfer et le brasier des années de terreur. Au beau milieu d’une réserve naturelle, paradisiaque, Akerrou a résisté au déchaînement de la fureur des hommes. Aujourd’hui, Akerrou cherche sa renaissance. Plutôt, il veut ressusciter et s’entourer de ses enfants. La route qui y mène est longue de 53 km, à l’est de la ville de Tizi-Ouzou. A moins d’un kilomètre de Yakourène, la bifurcation «des singes» vous y mène sur un tronçon de 7 km, bordé de sapin et de laurier. La route est étroite par endroit. Elle est ouverte à travers un rocher à la fois long et haut. A quatre enjambées, du bout de ce tunnel naturel, on découvre une vaste plaine qui se décline vers le sud, Akerrou apparaît à perte de vue. Le chef-lieu de commune : Tifrit Nath-El-Hadj rayonne sous le soleil et le prisme verdoyant d’une infinie forêt qui jaillit au bout du regard. Mercredi 14 mai. Il n’est pas encore midi quand une longue colonne de véhicules militaires quitte les lieux vers une destination inconnue, pendant qu’une autre file, d’une dizaine de camions, se dirige vers le chef-lieu. Les soldats ont élu domicile, pendant quelques jours, sur le bas coté de la route, dans cette vaste plaine verdoyante. Les lieux sont quasiment déserts. Il est si rare de rencontrer âme qui vive dans les ruelles de Tifrit Nath-el-Hadj. Du moins en ce mercredi printanier. Les maisons éparpillées ça et là, des deux cotés de la route, semblent avoir été vidées de leurs occupants. Cela ressemblerait à un no-mans-land, si ce n’est les cris des écoliers qui fusent du flanc nord du village. Ici, deux écoles y sont érigées : une école primaire et un CEM, un chantier en travaux, tout près des chalets en bois faisant office de collège.

L’exode, ou les symptômes de la douleur sociale

La vie respire peu à peu. Au fur et à mesure que nous avançons dans l’enceinte du chef-lieu, des âmes apparaissent. Elles se raréfient néanmoins par endroit. Deux petits groupes d’hommes de différents âges s’installèrent au premier café du village. A coté, un magasin d’alimentation générale abrite également un «cercle» de quatre à cinq hommes qui discutent. Notre arrivée interrompt brusquement leur discussion. Nous leur demandons de nous indiquer le siège de la mairie. «Suivez les militaires, puis tournez à droite au milieu du barrage et continuez tout droit jusqu’au portail de couleur verte, c’est la bas que vous trouverez le siège de la mairie», nous dira un quinquagénaire, assis sur une chaise entre le magasin et le café. A l’intérieur du magasin, très bien achalandé, deux frères tiennent l’affaire. Cette «supérette» paraît la mieux fournie de la région. Trois autres personnes s’y trouvent. Elles n’achètent pas, elles discutent. Le ton nous indique un sujet sérieux pour lequel les cinq personnes se sont retrouvées au milieu de la marchandise pour discuter. Nous nous sommes permis de les interrompre afin de prendre la température de leur vécu quotidien, dans cette commune isolée et très peu connu du commun des Algériens. «Nous n’avons rien par ici. D’en haut, Dieu nous protège et il n’y a personne d’autre pour nous sortir du mal-être», nous a rétorqué d’un ton sec l’un des présents dans cette «supérette». Son compagnon a eu un discours plutôt conciliant : «je peux vous dire que la commune commence à retrouver le calme depuis cinq ans, quoique beaucoup de choses restent à faire. Comme vous l’aviez constaté, la route est bien goudronnée depuis Yakourène jusqu’à Azeffoun, la poste à repris son travail, les jeunes construisent leurs maisons pour ceux qui ont choisi de rester, nos enfants continuent d’aller à l’école», dira-t-il. Et de nuancer ensuite en lâchant sèchement «Hormis le strict nécessaire, rien ne vous encourage à finir votre vie par ici. Les plus chanceux ont quitté la commune depuis plus de 15 ans et ils ne comptent pas revenir».

Le difficile retour aux sources

Ce villageois vient de mettre le doigt sur un phénomène qui a proliféré durant les années à forte activité terroriste : l’exode. Akerrou en a connu bien des épisodes douloureux. En dépit du retour de la sécurité, les villageois ne semblent pas apprécier la situation socioéconomique toujours en état de régression de leur commune : «Beaucoup de villageois se sont installés dans les grandes villes du pays, alors que d’autres ont choisi d’émigrer hors frontières. Ils se sont faits des situations. Ils sont, pour la plupart d’entre eux, stables là où ils sont, et quand ils viennent ici, c’est par nostalgie, puis ils repartent», explique le commerçant. «Pas facile de retourner vers son village, quand on l’a quitté dans la douleur.», dira l’unique septuagénaire que nous avons rencontré le long de la journée passée à Akerrou. Nous quittons ce groupe, direction les écoles d’où fusent toujours les cris des élèves. La ruelle qui y mène est entièrement défoncée. Les écoliers jouent dans l’insouciance. C’est presque midi, et ils vont déjeuner. «Je suis de Tigounatine, je suis scolarisée dans cette école depuis quatre ans. Je viens par le bus du ramassage scolaire, car nous n’avons pas d’école dans notre village», nous dira Malha au charmant sourire que dégage son visage brun angélique. Malha est scolarisée en 4e année primaire. Elle dit porter le prénom de sa grand-mère paternelle. Elle est joviale d’autant plus qu’elle réussit bien dans ses études, d’après elle. Nous quittons cet «espace des écoles» pour une virée à pied à travers quelques ruelles de Tifrit Nath-El-Hadj. Des ruelles, certes en état de dégradation, mais qui sont propres. Un paradoxe qui frappe l’esprit. Renseignement pris auprès d’un badaud, il s’avère que la propreté des artères est due à un volontariat initié le week-end d’avant par le comité du village. «Nous avons organisé une vaste opération de nettoyage des rues et ruelles. Nous avons également débarrassé les espaces communs des ordures qui jonchaient les lieux depuis déjà plusieurs mois, la mairie est incapable de ramasser les ordures et d’assurer le nettoyage quotidien des villages, ni même du chef-lieu, non plus», explique notre interlocuteur qui s’est avéré être un berger qui conduit un petit troupeau de moutons vers la plaine verte à la sortie sud du chef-lieu. Tigrourine, l’autre village d’Akerrou, n’est pas mieux loti que ses paires, bien qu’il paraisse le mieux organisé, en témoigne ses ruelles entièrement bétonnées. «Il est pratiquement le seul village qui ait réalisé la totalité des travaux de réfection des rues et ruelles, en 2009, grâce à l’implication totale des villageois ; ce qui n’a pas été le cas pour les autres villages où les travaux n’ont été réalisés que partiellement.», nous a indiqué un habitant de ce village qui a précisé que l’opération a été menée avec l’aide de l’APC.

M.A.T

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