Notre histoire autrement

Subjective, cette œuvre l’est de toute évidence. Pris dans les rets de son subjectivisme, l’auteur s’est attelé tout au long de son étude à faire l’apologie de tout ce qui a trait à l’islam et à relativiser les autres valeurs historiques cumulées par l’Afrique du Nord. A titre d’exemple, là où on a tendance à parler d’occupation (la régence turque) lui parle de libération, là où il est admis que tel homme à l’exemple de Saint-Augustin, est un véritable génie, lui ne voit qu’un sous-traitant pour ne pas dire suppôt de l’église romaine. Il y a quelque part, chez Hamza Benaïssa de l’outrecuidance intellectuelle à revisiter ainsi d’une manière expéditive notre histoire millénaire. Non pas que l’œuvre manque totalement d’aspect objectif général que s’est assigné l’auteur, à savoir la relativisation de tout ce qui n’a pas trait à l’islam a pesé de manière forte sur cette étude qui reste malgré tout un éloquent résumé de notre histoire. Le livre en question contient deux études intitulées respectivement. « Introduction au champ d’étude historique de l’Afrique du nord » et « le christianisme dans l’histoire de l’Afrique du nord ». Dans la première étude, après voir recensé les périodes historique vécues par l’Afrique du Nord qui sont selon lui, carthaginoise, romaine, chrétienne, islamique et coloniale, l’auteur fait l’éloge de l’islam qu’il dit s’être répandu et implanté rapidement dans cette région du monde non pas au fil de l’épée mais grâce à sa puissance intrinsèque. Il n’est pas question, ici, pour lui d’une expansion par les armes avec sa corollaire (massacres, exode, prise d’esclaves…) qui l’histoire n’a pourtant pas renié. « C’est une habitude des chercheurs occidentaux de lier l’expansion de l’islam « au fil de l’épée », sans se soucier du démenti que l’histoire oppose à leur thèse (…) l’expansion rapide de l’islam ? aussi à sa puissance intrinsèque servie par la conservation de la lettre coranique et l’unité de l’élite intellectuelle », écrit-il à ce propos. Ce sont les berbères, peuple aborigène, qui ont embrassé volontairement l’islam et se sont mis d’eux-mêmes à son service. « Ceci dit, en dehors de sa phase initiale, en quelque sorte purement arabe et de sa phase terminale essentiellement turque, toutes les autres phases intermédiaires de la période islamique consacrent spirituellement, politiquement et socio-historiquement pour sept siècles l’historicité berbère motivés par l’islam », lit-on à ce sujet en page 35 du livre. L’auteur se livre alors à l’évocation des Etats berbères de type dynastique (rostomide, idrisside, fatimide, almoravide, almohade) qui étaient tous au service des valeurs islamiques. Dans la seconde partie de l’œuvre « Le Christianisme dans l’histoire de l’Afrique du nord », Benaïssa montre comment le christianisme s’est détaché de son lien organique à la partiabilité judaïque pour se greffer au contexte non-juif et entreprend un développement sur les courants combattus par l’église romaine tels que le donalisme, le manichéisme, le « pilagianisme »…Il n’omet pas évidemment de tomber à bras raccourcis sur Saint Augustin. « A partir des années quatre-vingt du XXeme siècle, coïncidant avec l’éclosion du « Printemps berbère », l’évocation de ce personnage historique resurgit dans les médias français, sous la plume de spécialistes catholiques comme André Mandouze, mais avec l’intention d’en faire une référence culturelle incontournable, à l’intérieur de frontières géographiques récentes délimitant l’Algérie et, si possible, à l’intérieur de l’espace plus large que constitue le Maghreb. Puis avec l’apparition du « terrorisme » en Algérie au début des années 1990, le thème Saint Augustin perce régulièrement, l’écran des médias nationaux dits « indépendants » pour signifier que le premier apologiste de l’Eglise catholique peut être la figure de proue existentielle de l’Algérie. Cette récurrrence médiatique du thème Saint Augustin va atteindre son point culminant au printemps 2001, avec l’organisation d’un colloque officiel en Algérie sous les auspices inattendues et insolites du Conseil supérieur islamique », affirme-t-il. En écrivain islamiste kabyle, Benaïssa s’est spécialisé dans un genre d’écriture, comme le montrent ses autres ouvrages, où il tente de montrer l’immense place qu’occupe l’islam dans l’identité berbère. « Quelques remarques sur l’histoire de l’Afrique du Nord », est une œuvre polémique qui ne manquera pas de provoquer des réactions de la part des spécialistes dans le domaine.

Boualem B.