«Le chaâbi dans la langue de Voltaire », c’est le titre générique d’un ouvrage que son auteur, le Dr Rachid Messaoudi, a présenté et dédicacé samedi dernier au Café littéraire Mohamed Boudia. S’il n’a pas donné une explication rationnelle quant à la référence faite au grand philosophe français, l’invité de la Fondation Casbah a été particulièrement disert, s’agissant de l’énoncé d’une approche destinée à faire voler en éclats une sorte de frustration. Une frustration, le plus souvent inconsciente, dira l’orateur, insidieusement entretenue par la majorité des chanteurs de chaâbi qui «ne maîtrisent ni les mots, ni ne respectent fidèlement les textes et, parfois, ignorent même les noms des poètes auteurs de chansons qu’ils ont maintes fois livrées. » Pour autant, le choix de d’éditer un tel ouvrage, avec la complicité de Thala Editions, ne procède pas d’une volonté à régler des comptes. Loin s’en faut, puisque le Dr Rachid Messaoudi vise plus que cela. Pneumologue et allergologue de profession, il a suffisamment de souffle pour afficher sa fidélité à un genre musical qu’il porte en lui depuis sa tendre enfance et qui connaît une ascension fulgurante à travers le pays. C’est un hommage, confiera-t-il à l’assistance, à « un chant fabuleux qui parfume nos fêtes familiales et religieuses. » Provocateur comme la Fnac, s’il est permis de faire un autre clin d’œil au pays de Voltaire, il donne l’impression d’être décontenancé par une sorte de coquetterie citadine : « Il ne suffit pas d’opiner de la tête pour faire croire que l’on a saisi le sens intime de la qasida écoutée. Un écran de fumée permanent enveloppe ce segment culturel et une résistance à la compréhension nous dicte de nous investir dans une offensive militante qui déchirera peu à peu ce voile mythique.» L’orateur insistera sur l’urgence de populariser le « chaâbi », dont le public est fait en majorité d’algériens : « Cet art est le nôtre. Nous nous devons d’y accéder, de le comprendre et de l’embrasser. » C’est la référence particulièrement têtue au Melhoun marocain qui a quelque peu gêné Abdelhakim Meziani, le modérateur de la conférence. Le Vice-président de la Fondation Casbah a tenu à remettre les pendules à l’heure, en précisant que le genre musical dont il est question est un dérivé de la musique classique algéroise et le digne héritier du Medh. L’absence d’une prise en charge scientifique du « chaâbi » a donné lieu, fera-t-il remarquer, à une kyrielle de supputations et d’inexactitudes, souvent même à des raccourcis attribuant un genre typiquement algérois au moment de son jaillissement à des poètes marocains ou à une région du pays où il n’y a aucune trace de citadinité. Le Dr Rachid Messaoudi n’hésitera pas, au cours de sa conférence, à prôner la dévitalisation du genre, lui tenant à cœur car prisonnier de cercles sectaires en complète rupture avec les exigences du moment : « Un chanteur qui ne fouille pas dans les textes qu’il transmet depuis des années, ressemble à un menuisier qui ne connaît pas la qualité du bois qu’il travaille, à un médecin qui n’a pas eu vent des nouvelles techniques, à un architecte qui ignore les matériaux modernes. » Ce qui fit dire au Dr Zidane, architecte de son état, que la restauration du « chaâbi » doit être effectuée selon les mêmes critères que celle de la Casbah d’Alger, à l’ancienne mais sur des bases où la modernité doit être consultée. Enfin, il est à signaler que le Dr Rachid Messaoudi a agrémenté son livre de plusieurs poèmes dans leurs versions arabe et française.

