Briser le silence qui couvre les souffrances des enfants victimes d’agressions sexuelles et interpeller les institutions concernées et la société civile afin d’aboutir à des recommandations qui pourraient servir la cause des enfants, sont les objectifs assignés par les membres du réseau Wassila, qui après une première journée d’étude organisée en octobre 2003, reviennent à la charge avec un second séminaire tenu jeudi dernier à l’Ecole supérieure de Magistrature (ESM). Un panel de juristes, medecins légistes, psychologues et psychaitres, le colonel Ayoub de la Gendarmerie nationale et M. Nacer Dib qui s’occupe de l’enfance et de l’adolescence abandonnée se sont rencontrés pour parler de ce phénomène tabou et arriver à trouver des mécanismes et émettre des propositions à même de freiner l’amplification de ce fléau. Car malheureusement commune à toutes les sociétés humaines, cette grave atteinte au corps et aux droits de l’enfants existe dans notre société et se produit dans le milieu familial, dans le voisinage et à l’école. Le cas édifiant et bouleversant qui a été exposé à l’assistance afin d’attirer l’attention sur l’ampleur et la gravité que peut atteindre ce phénomène ainsi que sur les difficultés et obstacles que rencontrent les familles des victimes pour se faire justice et réparer un tant soit peu le traumatisme causé à leur progéniture. Un cas de pédophilie en milieu scolaire qui s’est déroulé en 2003 dans un village au fin fond de la Kabylie à jeté l’émoi sur les habitants de ce paisible village, rappelant à toute la société cette effroyable réalité que tout un chacun tente d’ignorer. La quarantaine, cet enseignant marié et père, qui était au-dessus de tout soupçon et très respecté dans son village, a violé une vingtaines d’élèves âgés entre 7 et 8 ans qu’il a enseigné durant deux années, depuis leur entrée à l’école. L’une des élèves, une petite fille qui a vécu le calvaire avec cet instituteur indigne et qui refusait à tout prix de remettre les pieds à l’école a permis de découvrir ce scandale. Alerté, son père qui a révélé ce secret à l’ensemble des parents d’élèves a fait éclater l’affaire et une longue procédure commença alors. La justice qui a créé une scission en considérant seulement comme victime la fille qui a parlé en premier, et en accordant au reste des plaignants le statut de témoins. Se sentant délaissé et abandonné par sa communauté, ce père-courage a fait appel au réseau Wassila qui prodigué une prise en charge socio-psychologique et médicale à toutes les victimes et a assisté les parents dans leur quête de justice et de réparation. Aprés moult obstacles et d’énormes difficultés, les parents ont eu gain de cause. En mars dernier cet enseignant a été condamné à 4 ans de prison ferme. Un verdict sans commentaire. Si l’on aborde l’axe juridique, la majorité des juristes ont relevé que la législation algérienne est muette pour ce qui concerne les abus dont sont victimes les enfants, car à l’instar de toutes les institutions, l’instance judiciaire se distingue par le silence en ce qui concerne le fait de dire, qualifier donc, reconnaître et sanctionner les agressions contre les enfants. Quant au domaine médico-légal, les médecins légistes qui ont tenté de cerner la nature et l’ampleur de ce phénomène en Algérie, ont souligné que les statistiques dont ils peuvent disposer ne sauraient renvoyer à la réalité vécue par les enfants et cela en raison du statut de l’enfant évoluant sous la domination de l’adulte, du vide juridique et de l’absence de recours, ce qui fait que trés peu de cas parviennent à franchir la loi du silence pour atterrir chez le médecin légiste. Les psychologues ont insisté de leur côté sur les conséquences psycho-somatiques encourues par les enfants victimes d’agressions sexuelles. A la fin, tous les intervenants juristes, médecins légistes, psychologues, enseignants… ont exprimé leur impuissance à protéger l’enfant contre les maltraitances, les agressions sexuelles, les violences et cela est causé par l’absence de lois qualifiant les agressions. Ils étaient unanimes à affirmer que c’est seulement par ce biais que les acteurs sociaux en contact avec l’enfant peuvent aider ce dernier à se défendre et à bénéficier de la protection de l’Etat. En conclusion, une panoplie de recommanadations est formulée pour rendre la protection de l’enfance vilolentée efficace et réelle. Il a interpellé la justice pour la promulgation de nouvelles lois dans ce domaine et appeler à la sensibilisation des enfants à l’aide des programmes scolaires, des parents et du personnel travaillant avec les enfants ainsi que les instances policières à ce problème afin que les efforts de tout le monde soient conjugués pour être à l’écoute de ces enfants.
H. Hayet
