…Sans âme et sans entrain

ATadmaït, le mois de carême ne fait pas exception. Son quotidien n’a pas changé. Encore moins ses tourments. Les localités coulent des jours sans entrain, et passent des nuits sans attraction. Mieux, la maussaderie se fait encore plus pesante depuis l’entame de Ramadhan. Il faut dire que la ville est complètement absorbée par ses tracasserie pour pouvoir s’adonner à un entrain plus festif. La morosité y est vécue comme une fatalité. Tadmaït ne vit presque plus. A défaut d’une animation ramadhanesque digne de ce nom, la localité préfére plutôt s’offrir au sommeil. Le plus tardif des cafés maures ferme à 22h. Le plus féru des joueurs de loto plie bagage ver 23h. A peine deux ou trois quarts d’heures après les adeptes des « tarawihs », dépassée cette heure, la localité entière sombre dans l’inertie… et attend des jours meilleurs. Pourtant, l’ex-Camp du Maréchal a toujours tenu à passer son mois de carême dans les meilleures des conditions. Il y a quelques années encore, la ville s’offrait même le luxe de se métamorphoser en coquette pour accueillir « Ramadhan ». Les familles et les amis s’échangeaient presque abusivement, les visites nocturnes. Les quelques associations y activant se pliaient en quatre pour pouvoir tracer un quelconque programme culturel ou artistique. De fait, les gens se refusaient de rentrer chez eux avant des heures tardives. Cette cadence, occasionnelle certes, n’a pas été rompue même aux pires années du terrorisme. Mais aujourd’hui, il semblerait que c’est les pénibles réalités économiques et sociales des Tadmaïtis qui leur a fait changer de vie, et de mœurs. Tadmaït, n’a plus vraiment le cœur à la fête. Ça se vit, ça se sent, et c’est devenu encore plus flagrant depuis le début du carême, il y a cinq jours. Après la rupture du jeûne, les cafés et les placettes (nombreuses) de la ville soit littéralement prises d’assaut. Pour une heure où deux, Tadmaït trompe sa monotonie. Puis elle y replonge, presque mécaniquement. Les plus récalcitrants préfèrent la quitter momentanément. De nombreux jeunes optent pour la ville des Genêts. Même peu attrayante pour ce début de Ramadhan, Tizi demeure toutefois la seule alternative des jeunes tadmaïtis pour fuir le dégoût. Les plus aisés préfèrent les lieux plus où mois huppés. Certains se rabattent sur les galas de la maison de la culture le reste, et c’est la majorité, ne fait que déambuler dans les rues, parfois désertes, de Tizi Ouzou. Les soirées ramadhanesques coûtent parfois très cher. L’oisiveté aussi mais ça on s’en moque presque, Tadmaït s’y est habituée. Alors, Ramadhan ou pas, la ville demeure sans âme et sans ambitions.

Ahmed B.