A l’approche du Ramadhan, on assiste à un mouvement de conversions inattendues. Que le lecteur se rassure: il ne s’agit pas de gens qui changent de religion mais de locaux qui subissent des transformations. Pâtisserie, pizzerias, gargotes, voire boutiques de fleuristes ou même garages se métamorphosent en « qalbelouzerie » et « zlabiaterie » : il suffit d’installer, dans les locaux, vidés de leurs marchandises originelles, des tables ou des planches arrangées en étals, pour réaliser la mutation. Les produits vendus ne sont pas fabriqués sur place (pas besoin donc de matériel de cuisson) mais acheminés d’autres lieux, boulangeries ou pâtisseries où on les fabrique en grandes quantités… On admettra, à la rigueur, qu’un boulanger ou un patissier se consacre à des produits alimentaires, fortement demandés en cette période, mais les libraires et les fleuristes : qu’ont-ils à voir avec la zlabia ou le qelbelouze ? Il est vrai que ces deux produits rapportent infiniment plus que les fleurs ou les livres ! On ignore si ces commerçants ont les autorisations nécessaires pour changer ainsi leur activité. Certains commerçants procèdent même à des ‘ »extensions » de leurs locaux, exigus pour contenir suffisamment de marchandises, en instaIlant des tables dans la rue. Pire que cela, certains, faute de posséder des locaux, en bonne et due forme, exercent leur activité dans la rue. On croyait le commerce informel éradiqué mais il est vrai que le Ramadhan est le mois de la Rahma, la miséricorde et la tolérance : les vendeurs de zlabia, de qelbelouze et de galette en bénéficient aussi… Souvent au détriment de la santé ou de l’ordre public !
S. Aït Larba
