Et la femme rurale !?

Par Amar NAït Messaoud:

La célébration par l’Algérie de la Journée internationale des droits de la femme semble, particulièrement pour l’année 2012, être happée par l’histoire des quotas que le législateur a introduits dans la loi électorale (voir le papier de A. C. ). Au moment où certains s’en félicitent, expliquant que c’est par ce genre d’initiatives que l’on peut encourager l’intégration des femmes dans l’activité politique, d’autres lui trouvent des arrière-pensées tendant à limiter la représentation de certains partis qui n’auraient pas réuni le nombre nécessaire de femmes dans les dossiers de candidature. Hormis les enjeux politiques, charriés par ce genre de dispositif administratif, l’on est visiblement loin des vrais thèmes de société qui ont pour centre d’intérêt la promotion de la femme. On peut, néanmoins, espérer que la représentation féminine à l’Assemblée populaire nationale, ou même dans les assemblées locales, contribue, ne serait-ce que par le réaménagement de certaines lois obsolètes, à faire avancer les revendications de la promotion de la femme dans toutes les situations où elle se trouve (femme au foyer, femme rurale, universitaire, travailleuse à l’usine ou dans l’atelier,…). Malgré les grandes avancées de la promotion de la femme algérienne depuis l’indépendance du pays, certains débats lancés autour de ce sujet relèvent, parfois, d’un parfait ésotérisme tant les choses prennent un aspect catégoriel. En effet, ce genre de débats, y compris celui des quotas aux assemblées, concerne souvent la femme habitant la ville. Même si on ne le dit pas expressément, la réalité est là presque sans aucune nuance. Or, les statistiques officielles établissent que 13 millions d’Algériens habitent en zone rurale. Ce qui signifie que plus de six millions de femmes algériennes sont rurales. Il est évident que la notion de ruralité a bien évolué depuis l’indépendance. Le taux d’analphabétisme a grandement reculé et de nouvelles conditions de vie se sont progressivement installées dans les villages et bourgades de la montagne. On a eu même des exemples de jeunes femmes qui ont contracté des microcrédits pour des entreprises individuelles liées à la confection ou à d’autres métiers artisanaux. Le dispositif de crédit va plus loin, puisqu’il envisage de toucher la femme au foyer, sans qualification précise, pour qu’elle s’investisse dans une activité qu’elle juge rentable. Ainsi, nonobstant certaines tentatives menées par des forces rétrogrades, dans l’arène politique ou au sein même de la société en vue de remettre en cause les acquis de la femme, cette dernière marque de plus en plus sa présence sur les lieux de travail (y compris dans des métiers traditionnellement ‘’destinés’’ pour l’homme), au marché et dans d’autres instances où elle était auparavant exclue. Si la tendance générale demeure indéniablement celle qui consacre la libération et l’émancipation de la femme, des situations de retard sont enregistrées dans beaucoup de zones rurales. Car, dans les retards de développement (infrastructures, équipements, emplois,…) qui affectent ces zones, la première « victime » c’est bien la femme. D’ailleurs, au niveau des instances internationales versées dans la lutte pour les droits des femmes, la notion de parité (ou d’équilibre des genres) ne s’applique pas exclusivement aux femmes citadines appelées à travailler dans des administrations, usines, médias, hôpitaux, laboratoires,…etc. Cette notion trouve encore plus de profondeur et de signification au niveau de la femme rurale, vu que les risques d’inégalité et le poids du conservatisme sont perceptibles justement chez cette catégorie de femmes. C’est à la lumière de ce constat que des associations ont commencé à émerger au sein même de la société rurale pour défendre les droits de la femme artisane, paysanne, agricultrice,… Au niveau national, l’association de la femme rurale, dirigée par Mme Saïda Benhabylès, a essayé de créer un réseau d’associations pour mieux fédérer les énergies de tous ceux et toutes celles qui travaillent à l’amélioration de la condition de la femme rurale. Lors de la célébration de la journée de la femme rurale, le 15 octobre 2008, elle a fait état des dispositifs d’aide développés par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural en direction des femmes des zones de montagne et de l’arrière-pays rural. Cependant, elle informe l’opinion que la femme ciblée en bénéficie rarement. « La volonté politique pour la promotion de la femme rurale, existe, mais le problème est que cet argent ne lui parvient pas », soutient-elle. « La femme rurale est devenue, malheureusement, une carte électorale qu’on utilise uniquement lors des rendez-vous électoraux », ajoute-t-elle.

A.  N.  M.