Avec ou sans les mouches ?

L’odeur du sucre et du miel cuisant fait partie des odeurs du Ramadhan. Qalb el louz, zlabia, qnidlate. Les noms chantent à l’oreille et titillent les glandes gustatives. Les gâteries, elles, se vendent partout : dans les boulangeries, les pâtisseries, et sur les étals dressés dans les coins de rue et sur les trottoirs. On hume les odeurs et on est attiré, mais comme on ne peut pas goûter, Ramadhan oblige, on ne peut apprécier la qualité du produit. C’est seulement le soir, en mangeant, qu’on peut lever les sourcils, en signe de satisfaction, ou alors faire la moue, en signe de déception. Et en ce mois où tout le monde s’improvise spécialiste en « pâtisseries orientales »‘ les déceptions sont très nombreuses. « J’ai dépensé près de deux cents dinars pour une boîte de qalb el louz », dit ce brave pére de famille, « et jai dû le jeter parce qu’il sentait le beurre ranci ». Un autre a acheté du qalb el louz mah’chi (entendre farci d’amandes) mais en fait d’amande, il ne trouve qu’un arôme d’amande, et encore, il s’agit de l’amande amère ! Beurre ranci, semoule avariée, miel périmé, tout passe, l’essentiel est de fournir le marché en produits très demandés, puisque le consommateur, que son ventre et non sa tête dirige, n’y voit que du feu. A moins de se retrouver à l’hôpital, comme les quatre-vingt-dix habitants de Laâlam, dans la wilaya de Béjaïa, intoxiqués par du qaIb el louz ! l’hygiène, il faut le dire, n’est pas la préoccupation première de ces vendeurs de douceurs ramadanesques. Même quand il s’agit de boutiques habituellement propres. On n’a qu’à voir les nuées de mouches et de guêpes qui volètent au-dessus des plateaux. On connaît l’histoire du petit malin qui demandant le prix du qalbalouze, ajoute si les mouches sont comprises ou non dans le prix !

S. Aït Larba