Aït Saïd, un village terrorisé

Aït Saïd, ou Mayache est un village de près de 4000 habitants qui est devenu depuis 1984, le chef-lieu de la commune de Mizrana. A travers l’histoire, ce village, ne cesse de payer le tribut des événements. Déjà, bien avant les Français, des guerres ont opposé les habitants de ce village aux armées turques, stationnées à Dellys. A titre d’exemple, vers 1825, une bataille féroce, qui s’est soldée par un carnage, a eu lieu, sur les hauteurs de ce village. Le Dey d’Alger, a réprimé ce village, après qu’ils eut refusé de payer des impôts jugés injustes et excessifs. Durant la révolution, contre les Français, les habitants ont payé un lourd tribut. Près d’une centaine de chouhada, des centaines de blessés et des traumatismes dont les habitants souffrent encore. Avec l’avènement du terrorisme, les habitants ont été contraints de nouveau à prendre les armes pour se défendre face à la déferlante vague du terrorisme qui a ciblé ce village, situé à la périphérie de la forêt de mizrana. Des morts et des blessés ont été enregistrés. A titre d’exemple le 11 mars 1995, c’est le jeune Moh Tounsi âgé de 26 ans, qui a été assassiné, dans un accrochage avec un groupe terroriste du GIA au niveau du siège de l’APC de Mizrana. Le village n’a pas également été épargné par les événements du printemps noir. Plusieurs blessés, dont certains par balle, ont été enregistrés. Mais la plaie la plus douloureuse, reste celle du terrible assassinat du jeune Tounsi Djamel, dit « Djino », lors des affrontements qui ont eu lieu à Tigzirt entre de jeunes manifestants et les éléments de la gendarmerie. Djamel, le cousin de Mohamed assassiné par les terroristes, avait, lui, 26 ans. Pour que ces deux cousins fauchés par les événements de l’histoire resteront dans l’histoire vivante, des habitants de ce village, ont érigé une stèle à la mémoire de Moh Tounsi, sur les lieux de son assassinat, en face de la mairie. Et Djamel, a été inhumé juste en face, à l’entrée du siège de cette malheureuse APC. Le dernier événement en date, est celui de l’assassinat de Mohamed, le jeune pharmacien qui habite ce village. C’est une blessure de trop, qu’on a du mal à accepter. Cette fois-ci les habitants ont décidé de réagir, pacifiquement et dénoncer cet énième crime, car ils ont besoin de vivre dans la paix, comme tient à nous le signifier amèrement ce sexagénaire de ce village kabyle : « Nos enfants ont besoin de grandir et de vivre dans la sécurité et la paix, et non pas d’être terrorisés et tués », nous dit-il.

Mourad. H.