Bouira Conséquence du débrayage des communaux – La saleté envahit la ville

Depuis mercredi dernier, début de la grève des travailleurs communaux, le chef-lieu de la wilaya de Bouira a des allures de dépotoir géant. C’est du moins ce qui nous a été donné de constater à travers bon nombre de quartiers du centre-ville. En effet, au niveau de la cité AADL -132 logements, les déchets ménagers ont formé un gros tas d’immondices où les mouches et les rongeurs commençaient à proliférer de manière inquiétante. D’ailleurs, les trottoirs de cette cité habituellement d’une relative propreté se sont transformés, en 48h, en de véritables décharges à ciel ouvert. Même constat, au niveau du quartier de la Cadat et du Château. Ces derniers, réputés être des quartiers plutôt  » huppés », ont subitement été envahis par les détritus. Idem pour la cité des 280 logements et celle de Harkat, toutes deux situées à quelques encablures du siège de la wilaya, et qui se retrouvent dans des conditions d’hygiène désastreuses. Mais c’est au niveau des quartiers dits populaires, à l’instar de l’Ecotec, des 1100 logements et de la rue Aissat Idir, où la situation est devenue plus qu’alarmante. Il faut dire que ces quartiers, même en temps normal, sont d’une insalubrité déconcertante et cette grève des communaux n’a fait qu’accentuer le désastre. Bennes à ordures débordées, immondices à perte de vue, sans compter les mouches et autres moustiques qui survolent le tout, y déposant leurs larves. La saleté s’est emparée du chef-lieu de la wilaya, où même à proximité de la mosquée de l’Ecotec, une immense  » montagne » d’ordures s’est érigée en polluant ce lieu de culte. Les fidèles qui côtoient cette mosquée, se sont dits  » choqués » et  » horrifiés » par ce qu’ils ont qualifié de drame sanitaire.

La population partagée sur le conflit

Face à cette situation, les citoyens interrogés ont exprimé des avis mitigés quant à cette grève des communaux. « Difficile à dire, mais personnellement, si j’étais à leur place, avec les mêmes conditions de travail, il est clair que je ferais grève et bien plus encore », a confié Mouloud, résidant de la cité Evolutive, avant de préciser que « ce mouvement de protestation pénalise, en premier lieu, les citoyens. D’ailleurs, vous n’avez qu’à regarder autour pour voir des dégâts occasionnés ». D’autres ont affiché clairement leur « mécontentement», à l’égard de cette grève. « Ces agents exagèrent! Pourquoi faire grève? Ils se disent sous payés, et bien je vous le dis en outre franchise, ils sont payés en fonction de leur rendement », lancera Mohand, habitant de la cité Zerouki. De son côté Ilhem, mère au foyer, a apporté son soutien « sans faille», à cette grève des travailleurs communaux. « Je ne me fais pas l’avocate des éboueurs, mais il faut être juste et honnête envers eux. Ces gens-là triment dès les premières lueurs du jour pour maintenir un semblant de propreté dans la commune. Et ce, malgré l’incivisme de certains citoyens qui n’hésitent pas à jeter leurs ordures un peu partout et même du 4ème étage », a-t-elle expliqué avant d’enchaîner : « Vous savez combien ces fonctionnaires touchent par mois? 14 000 dinars! Honnêtement, j’estime que c’est un salaire indigne ».

Incinération sauvage des déchets…

Cette grève des communaux de Bouira a poussé certains citoyens à user de pratiques peu civiques et illégales, de surcroit, afin d’endiguer, un tant soit peu, l’insalubrité générée par ce débrayage. En effet, certains habitants, dont les notions de civisme semblent étrangères, n’ont pas hésité à incinérer leurs déchets, au mépris de la loi et, surtout, des autres citoyens. Ainsi, il a été fait état, dans de nombreux quartiers de la ville, de nombreuses incinérations sauvages des déchets ménagers. À titre d’exemple, la décharge publique de la cité des 130 logements, située à un jet de pierre du siège de la wilaya, s’est embrasée durant les nuits de mardi et mercredi derniers, provoquant un nuage de fumée toxique. Les auteurs de cet acte, l’expliquent par « les odeurs nauséabondes qui s’y dégagent. C’est dans le but de mettre fin à ces odeurs et diminuer les risques de prolifération de moustiques et autres insectes, que nous avons entrepris de mettre le feu aux ordures ». Cependant, ce genre d’initiatives agace plus d’un. Kamel, habitant de la cité des 250 logements, à proximité du service d’état civil de Bouira, fait part de sa colère vis à vis de ce genre d’actes qu’il compare à du vandalisme. « De quel droit certains individus se permettent d’incinérer les déchets, sans se soucier des risques qu’ils font courir aux autres!? Imaginez qu’un incendie se déclenche, ou bien que ces fumées nocives entraînent des asphyxies… c’est de l’inconscience pure et simple! », a-t-il tonné. Quoi qu’il en soit, et au vu de ce qui a été relaté il est à espérer que cette grève des agents communaux prenne fin dans les plus brefs délais pour éviter une crise sanitaire de grande d’envergure.

R. B.