Fabius dès demain à Alger

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Laurent Fabius, sera dès demain à Alger pour une visite de deux jours.

Si les relations entre Alger et Paris ont été empreintes de …douces tensions permanentes, à cause du tempérament du président sortant, Nicolas Sarkozy, celles-ci seront-elles plus sereines avec son successeur, François Hollande, qu’on dit posséder un « meilleur feeling » avec l’Algérie, un pays qu’il connaît bien ? La réponse serait oui, si l’on se référait aux déclarations des uns et des autres, que ce soit à Paris ou à Alger. Et pour préparer la visite du chef de l’Etat français en Algérie, annoncée juste après son élection au détour d’une conversation téléphonique avec le Président Abdelaziz Bouteflika, son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, sera dès demain à Alger pour une visite de deux jours, au cours de laquelle il sera reçu par le chef de l’Etat algérien Abdelaziz Bouteflika. Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a fait savoir, à ce propos, que les Présidents français et algérien ont décidé «de donner une nouvelle impulsion à la relation bilatérale franco-algérienne». «Cette relation est exceptionnelle à bien des égards. Elle est marquée par une histoire commune et par des liens humains très denses. Le moment est particulièrement favorable à cette nouvelle impulsion. La France et l’Algérie sont décidées à avancer de concert, pour développer leurs relations bilatérales», a ajouté le porte-parole. Le “ énième’‘ réchauffement des relations algéro françaises, après l’arrivée des socialistes au pouvoir en France, devrait donner des contours plus clairs aux relations plurielles entre les deux pays, beaucoup plus sur les dossiers en cours que sur ceux “qui fâchent’‘. Au menu de cette rencontre, que le chef de la diplomatie Laurent Fabius devrait défricher à Alger : l’examen du dossier de la libre circulation des personnes, conformément aux traités bilatéraux entre les deux pays, signés à la fin des années 60 et 70 et toujours en vigueur, la relance du traité d’amitié algéro-français et la coopération économique. Des deux côtés, le climat est à l’apaisement, et les experts des deux pays semblent, sur le volet politique, «laisser le temps au temps »‘ pour atterrir sur des relations moins conflictuelles. D’autant que sur le volet économique, les deux pays avancent beaucoup sur d’importants dossiers, particulièrement, celui de la construction mécanique avec les discussions en cours entre Alger et Paris sur le dossier Renault. La visite de Fabius à Alger devrait, en fait, baliser le chemin, sinon examiner les grands dossiers de l’agenda politique et économique que les deux Présidents doivent discuter lors de la visite en Algérie de François Hollande. C’est que la droite, sous l’ère Sarkozy, avait réussi à mettre sous le boisseau l’important traité d’amitié algéro-français, discuté pendant de longues années. La gauche, sitôt revenue aux affaires, tenterait, en fait, de rectifier le tir avec l’Algérie, un partenaire économique qui pèse plus de 200 milliards de dollars de réserves de change, en ces moments de grands doutes financiers dans la zone Euro. Juste après son élection, le Président français François Hollande avait exprimé à son homologue algérien « son attachement profond aux relations d’amitié franco-algériennes », selon un communiqué de l’ambassade de France à Alger, et a fait part à Bouteflika de sa volonté de développer les nombreux liens existant entre la France et l’Algérie et de renforcer le partenariat entre les deux pays dans tous les domaines. Ce partenariat devra renforcer encore la proximité qui unit déjà les peuples français et algérien et contribuer à construire une communauté de destin entre les Etats de l’espace euro- méditerranéen. L’ambassade de France à Alger a annoncé dans la foulée que les deux Présidents ont convenu de se rencontrer «dans les meilleurs délais», sans préciser la date et le lieu de cette rencontre. Pour autant, des sources sûres indiquent que cette rencontre entre les deux chefs d’Etats devrait avoir lieu, cet été à Alger.

Des relations rythmées par tant d’occasions manquées…

Le nouveau patron du Quai d’Orsay, Laurent Fabius, s’efforcera, lors de sa visite de deux jours à Alger, de relancer, une fois encore, des relations rythmées par les occasions manquées, depuis la loi du 23 février 2005, vantant le «rôle positif» de la colonisation. «On a fait beaucoup de dégâts, cela va être difficile de reconstruire», s’alarme un bon connaisseur du dossier. Des «dégâts» qui n’ont cessé de s’accumuler depuis l’automne dernier. Durant la campagne présidentielle, François Hollande a indiqué vouloir aller plus loin que son prédécesseur sur le chemin de la réconciliation, tout en écartant, comme lui, la «repentance». Le système colonial est «injuste par nature», avait dit Nicolas Sarkozy à Constantine, le 5 décembre 2007, sans formellement demander pardon. À Alger, les autorités attendent déjà impatiemment la visite du président socialiste, dont ils escomptent qu’il ira plus volontiers dans leur sens. «Il faudra trouver les gestes et les mots qui montrent aux Algériens que l’on a perçu leur souhait: être pour la France plus importants que d’autres partenaires», relève un diplomate. «Les liens historiques, économiques, humains et sécuritaires plaident dans le sens de cette relation d’exception», a-t-il ajouté.

Farhat Zafane

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