Tizi N Tléta, une commune relevant de la daïra des Ouadhias, au sud du chef-lieu de la capitale du Djurdjura, est issue du dernier découpage administratif de 1984.
Cette municipalité totalise actuellement plus de 15000 habitants répartis sur quatre villages, à savoir Cheurfa, Aït El Hadj Ali, Ighil Imoula et le grand village d’Aït Abdelmoumène, qui à lui seul totalise 10 000 âmes. Il faut dire, sans aucune vision pessimiste ou alarmiste, que l’état des lieux dans les villages et même au chef-lieu n’est pas reluisant. La population locale est confrontée à de multiples carences et à une myriade de désagréments qui leur rendent la vie dure. Ahmed, un citoyen rencontré au chef-lieu déplorera : « Au chef-lieu, nous n’avons presque rien du tout. Nous ne disposons ni de stade, ni de salle polyvalente, ni de bibliothèque. Nous continuons de vivre comme aux premières années de l’indépendance ». Dans les villages le constat est pire. A Aït Abdelmoumène à titre illustratif, les manques sont nombreux, en plus de l’absence d’infrastructures culturelle, sportive et de détente, on enregistre également l’insuffisance du réseau de l’assainissement, de l’électricité et surtout l’impraticabilité du réseau routier. En d’autres termes, le minimum n’existe pas, les habitants ne savent plus à quelle autorité s’adresser pour réclamer leur part de développement, car le village a payé un lourd tribut lors de la glorieuse révolution de Novembre. A Ighil Imoula, le village historique où fut lancé l’appel de Novembre, le constat est identique, rien n’indique que ce village a joué un grand rôle pendant la révolution de 1954. A Cheurfa, l’autre village qui compte plus de 3 000 habitants, le constat n’est pas meilleur. Les villageois se plaignent mais personne n’est à l’écoute. A Aït El Hadj Ali, hormis l’école primaire, aucune autre présence de l’Etat. Ni état civil, ni salle de soins, encore moins un foyer de jeunes ou un quelconque espace de détente. Les jeunes sont livrés à l’oisiveté. Pour illustrer cet état de fait, nous avons décidé de passer en revu ce qui existe et ce qui manque à l’appel dans cette commune rurale, qui ne fait que survivre grâce aux subventions de l’Etat.
L’eau potable, l’éternelle pénurie
Bien que le réseau électrique existe dans tous les villages et au chef-lieu, des centaines de foyers répartis sur le territoire de la commune ne bénéficient toujours pas de cette importante commodité. A Ighil Imoula, à Cheurfa et Aït El Hadj Ali, des dizaines d’habitation ne sont pas reliées au réseau électrique. Mohamed, un villageois d’Aït El Hadj Ali regrettera : « Dans notre hameaux des dizaines d’habitations ne sont pas dotées de l’électricité. Les gens vivent dans le noir. Certains en recours aux branchements illicites, ce qui peut s’avérer dangereux. La DMI, interpellée, avait promis de prendre en charge quelques habitations, mais à ce jour rien n’est fait ». Du côté d’Aït Abdelmoumène, ce sont des quartiers entiers qui ne sont pas raccordés. Les cas les plus éloquents sont les quartiers Nador et Louvayar. Pourtant le réseau est réalisé depuis au moins quatre ans mais sa mise en service reste suspendue à cause d’un problème d’opposition. Aux dernières nouvelles, une autre solution a été trouvée pour contourner la propriété de l’opposant, mais la lenteur de la procédure continue de retarder la mise en service du réseau. Pour ce qui est de l’alimentation en gaz naturel, le chef-lieu est alimenté depuis deux années et le village d’Ighil Imoula depuis près d’une année. Quant aux villages restants, les travaux sont en cours mais n’avancent qu’à pas de tortue. Concernant le réseau AEP, il a été refait en PEHD, mais la pénurie de l’eau persiste et malmène les villageois en cette période caniculaire. Les villageois d’Aït Abdelmouméne ont d’ailleurs fermé à plusieurs reprises l’agence ADE des Ouadhias. Ils réclament une distribution régulière. Le village, surtout certains quartiers, en reste privé pendant des semaines. Le recours aux citernes tractables est l’unique solution qu’ont les villageois. Sachant que le prix d’une citerne de 2000 litres est de 2000 DA, l’on peut imaginer les peines qu’ont les habitants à se l’offrir. Concernant le volet de l’assainissement, le fait est qu’il n’est pas généralisé. Plusieurs quartiers, comme El Djama comptant une vingtaine de foyers, ont toujours recours aux fosses septiques et aux évacuations à ciel ouvert. A Aït El Hadj Ali, d’autres habitations ont recours au même procédé pour évacuer leurs eaux usées. Quant à l’environnement, il ne cesse de se dégrader. Les décharges sauvages se multiplient, bien qu’une décharge communale soit disponible au chef-lieu communal. Mais les moyens de collecte dont dispose la commune ne sont pas suffisants pour permettre un ramassage régulier des détritus. La benne tasseuse ne passe qu’une seule fois par semaine dans les villages. Par temps pluviaux, vu l’impossibilité d’accès à la décharge (terrain argileux), les ordures pourrissent pendant des semaines à ciel ouvert, empoisonnant le quotidien des riverains. Les animaux errants s’invitent alors pour transpercer les sachets, remuer les déchets en quête de nourriture et enfin les éparpiller à tout vent rendant l’endroit hideux. C’est dire que dans ce domaine il reste beaucoup de travail à faire.
Ni stade, ni maison de jeunes…
La commune ne dispose toujours pas de Maison de jeunes. Les quelques foyers existants, comme ceux de cheurfa, d’Aït Abdelmoumène ou encore le centre culturel d’Ighil Imoula sont inactifs. Ceux d’Aït Abdelmoumène et Cheurfa sont tout simplement fermés et celui d’Ighil Imoula est en détérioration avancé. Le foyer de jeunes en construction à Tassoukit n’est toujours pas achevé. Tous ces cas de figure traduisent le fait que l’activité culturelle n’a pas le droit de cité dans la commune. Pour le secteur du sport, la situation n’est pas meilleure, puisque la commune ne dispose d’aucun stade communal. Celui entamé par l’APC et dont les travaux de terrassement sont achevés n’est toujours pas inscrit par la direction de la jeunesse et des sports. L’aire de jeux en réalisation à Aït Abdelmoumène ne voit toujours pas le jour. Pourtant, d’importantes cagnottes ont été dépensées. La petite salle de sport existant au chef-lieu n’est pas assez spacieuse pour accueillir toutes les disciplines. Seules les judokas la fréquentent. Le club amateur de Football, en l’occurrence le multi sport d’Aït Abdelmoumène qui évolue dans le championnat de wilaya, est contraint de s’entraîner et de recevoir toujours hors de ses bases. « Un club SDF », disent les joueurs. Signalons également que la municipalité ne dispose d’aucune salle de lecture et d’aucune bibliothèque communale. La culture et le sport sont carrément mis à mort. Pour ce qui est du réseau routier, c’est une catastrophe surtout depuis l’entame des travaux de gaz naturel. Les routes sont labourées par les entreprises et ne sont jamais réparées. Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à emprunter la route venant de Souk El Tenine, passant par Tassoukit et Cheurfa et menant jusqu’au chef-lieu ou alors la route menant de Tassoukit vers Béni Douala. Les crevasses, les nids de poule, les bosses, l’absence de bitume et différents obstacles malmènent les véhicules et les transporteurs qui n’ont malheureusement que leurs yeux pour pleurer. Signalons que même les canaux d’évacuation des eaux pluviales, réalisés à coups de millions de dinars, accueillent tous les déchets sauf les eaux, car très mal conçus. C’est dire que la commune de Tizi Ntléta a grand besoin d’un véritable plan d’aménagement et de financements suffisants pour sortir de cette situation de délabrement généralisé.
Hocine T

