Par Amar Naït Messaoud
Au moment où les Assemblées populaires communales, élues en novembre 2007, se préparent à céder leur place aux nouveaux élus qui sortiront des urnes lors des élections municipales qui auront lieu dans moins de trois mois, la presse continue de rapporter, presque à un rythme régulier, le cas de mairies investies et fermées par des citoyens en colère. Pratiquement aucune région du pays n’échappe à cette furie nourrie par moult désillusions et sustentée par de sempiternelles promesses destinées à apaiser, et seulement apaiser, l’ire montante de villageois ou d’habitants d’un quartier urbain. Les choses semblent même se corser dans cette période de ‘’soudure’‘ où certains exécutifs communaux ont ‘’lâché la bride avec le mors’&lsquo,; faisant hériter les prochaines assemblée d’une sorte de cadeau empoisonné. C’est le moment choisi par certains pour réaliser des constructions illicites, profitant d’une atmosphère de fin de règne où personne, parmi les élus sortants, ne veut se ‘’mouiller’‘. C’est tout le paradoxe de la situation lorsqu’on s’arrête sur la volonté affichée par le nouveau gouvernement pour assainir la situation dans le marché de l’informel et dans le domaine de l’hygiène publique. Le Conseil des ministres d’avant-hier confirme une nouvelle fois la ‘’carte blanche’‘ dont dispose le gouvernement Sellal pour mener un tel travail de salubrité publique. Au vu de la dispersion des efforts qui risquent de grever l’action du gouvernement, un minimum de coordination et de collaboration de la part des collectivités locales relève d’une impérative nécessité. Cependant, l’atmosphère pré-électorale régnant au niveau des communes, faisant intervenir, au niveau national, presque une soixantaine de partis (sans compter les éventuels candidats indépendants), dégage un sentiment d’impuissance et de d’abandon qui fait privilégier le travail de coulisses au niveau des quartiers, des représentants de tribus, de notables, d’associations satellites et même de mosquées pour dérouler le tapis de l’ascension vers les nouvelles assemblées communales et de wilaya. Le renouvellement des assemblées locales est pourtant censé être perçu comme une occasion permettant de refonder la relation entre élus et citoyens, administration et administrés. Les espoirs contrariés des populations sous le règne des assemblées sortantes ont nourri une “rébellion” permanente tout au long des cinq dernières années. Les APC n’ont pas eu pour seul terrain de contestation les prestations en direction de la population- prestations jugées médiocres, contestables, voire même monnayables-, mais le mal qui les rongent a pris aussi l’aspect de guerres intestines entre plusieurs ‘’factions’‘ partisanes, tribales ou personnelles. N’avons-nous pas assisté à la fermeture de sièges de mairie opérée par des…élus!? Cela se passa dans plusieurs wilayas. Devant un tel spectacle, où l’irresponsabilité rivalise avec l’inculture, le citoyen se sent devenir le dindon de la farce au nom de qui des affaires interlopes se concluent et, parfois,…éclatent au grand jour. Ce sont des dizaines de maires à avoir ‘’visité‘’ la prison au cours du dernier mandat qui a commencé en novembre 2007. Mauvaise gestion, infraction au code des marchés publics, concussion,&hellip,; les griefs n’ont pas manqué pour faire du premier magistrat de la commune un banal ‘’délinquant’‘. Dans l’exercice de ses fonctions, le président d’APC est loin de disposer de toutes les prérogatives dont se prévalent les maires sous d’autres cieux. Les relations avec le chef de daïra et le wali ne sont pas toujours fluide. Même les espoirs mis dans le nouveau code communal, adopté par l’APN en 2011, ont fini presque par s’évaporer du fait que l’autorité administrative demeure prépondérante. Les futurs maires, et leurs collaborateurs dans l’exécutif communal, sont pourtant tenus de travailler avec ce texte en attendant des jours meilleurs. La nouvelle APN et le gouvernement de Sellal pourront-ils se pencher sur la révision de ce code de façon à ce qu’il puisse répondre aux nouveaux besoins de la gestion communale?
Nouvelle division du territoire: un projet mort-né
Happés par les difficultés de la vie quotidienne- faite de cherté de la vie, de chômage, de pénurie d’eau, de coupure d’électricité de routes dégradées, de la pauvreté de la vie culturelle,…-, les citoyens hésitent et réfléchissent à deux fois avant d’accorder leur confiance à de nouveaux candidats qui commencent déjà à solliciter leurs voix. Certes, les relents de tribalisme et de ‘’vote chkara‘’ sont toujours de mise; mais, ils commencent à décliner face aux nouvelles exigences d’une jeunesse désabusée; une jeunesse pour laquelle, pour l’instant, ni l’Ansej, ni le pré-emploi, ni le filet social n’ont pu apporter la réponse adéquate. Il y a même des situations qui invitent ces jeunes à plus de scepticisme lorsqu’ils constatent que, par exemple, au cours des cinq années du mandat actuel des maires, leur municipalité a été prise en otage par les luttes homériques entre élus eux-mêmes, et entre élus et administration. Retrait de confiance, blocage des délibérations, poursuite de la gestion opaque des affaires de la collectivité démissions en cascade, condamnation pénale de présidents d’APC ou de leurs adjoints,…etc. Outre les espoirs fondés sur le nouveau code communal, qui n’a pas pu être hissé au diapason des nouveaux défis de la gestion locale, les maires, les élus locaux et même les walis commençaient à entrevoir une lueur de modernisation de la gestion territoriale à partir du projet mort-né de la nouvelle division territoriale du pays. Néanmoins, on vient d’apprendre que le président Bouteflika a définitivement rayé de son agenda un tel projet, vu la forte sollicitation de villes ayant statut de chefs-lieux de daïra à évoluer en wilayas. Étant inscrit dans la nécessité historique de la bonne gouvernance et de la politique d’aménagement du territoire, la révision de la division administrative du pays est apparemment reportée à l’après élection présidentielle d’avril 2014. Dans l’intervalle de temps qui nous sépare de cette échéance, le président de la République tient, comme il a exprimé dans le dernier Conseil des ministres, à ce que le gouvernement d’Abdelmalek Sellal se distingue par le niveau et la qualité des services publics et par la rénovation du cadre de vie. Une nouvelle fois, dans ce domaine comme dans bien d’autres encore, les APC sont considérées comme la cheville ouvrière d’une politique censée prendre en charge les problèmes des citoyens dans leur globalité. En quoi le scrutin de novembre prochain pourra contribuer à asseoir une telle vision de synergie et de coopération fructueuse?
A. N. M.
