Chadli est mort

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Chadli Bendjedid est décédé hier en milieu d’après-midi, à l’âge de 83 ans à l’hôpital militaire de Aïn Naâdja.

Il y était admis ces derniers jours après complication de son état de santé. Il a passé les dernières quarante-huit heures sous soins intensifs, indique des sources proches. Il était difficile d’avoir la moindre information au vu du caractère très stricte qui a entouré son admission à l’hôpital et puis son placement dans un pavillon ou l’accès n’est pas du tout chose facile même pour les intervenants où secteur. Des rumeurs le donnaient pour cliniquement mort avant-hier déjà. Mais ce n’est qu’hier vers 18 heures que les médias officiels ont annoncé sa mort. Au début de l’année, il a été hospitalisé d’abord à Paris pour un cancer de la prostate, un mal qu’il traîne depuis plusieurs mois. Sa santé s’est d’avantage détériorée dernièrement avec les complications dues à une insuffisance rénale avancée. Admis dans le service de réanimation à l’hôpital militaire de Aïn Naâdja le 3 octobre dernier, il a rendu l’âme hier aux alentours de 16 heures.

Retour sur son parcours

Chadli Bendjedid, né le 1er juillet 1929 à Seba’a , dans la commune de Bouteldja, dans la région d’El-Taref au nord-est de l’Algérie, était un colonel et homme d’État qui a marqué son temps. Militaire de carrière, membre du conseil de la Révolution de juin à juillet 1965, son accession à la magistrature suprême est décidée par un conclave militaire. Ainsi il fut le troisième président de la République algérienne démocratique et populaire, du 7 février 1979 jusqu’à sa démission le 11 janvier 1992. Il fut aussi ministre de la Défense du 8 mars 1979 au 25 juillet 1990. De plus, il a été président du Front de libération nationale durant son mandat à la présidence de la République.

Il avait rejoint le front en 1955

Chadli Bendjedid rejoint le Front de libération nationale en 1955, durant la Guerre de Libération nationale algérienne (1954-1962), au sein duquel il exerce plusieurs fonctions et responsabilités. Il sera ainsi chef de bataillon puis chef d’un sous-groupement de 6 000 hommes. À l’indépendance de l’Algérie en 1962, Chadli Bendjedid est nommé commandant de la région militaire de Constantine jusqu’en 1964. Il prend ensuite en charge la seconde région militaire, celle d’Oran où il a la mission de permettre l’évacuation des forces militaires françaises stationnées à Mers el-Kebir conformément aux Accords d’Évian et la surveillance de la frontière entre l’Algérie et le Maroc sujette à de multiples tensions avec le Maroc. Il reste à ce poste pendant quinze années, jusqu’à sa nomination à Alger par le colonel Houari Boumedienne comme coordonnateur de l’ensemble des services de sécurité. Houari Boumedienne nomme Chadli Bendjedid membre du conseil de la révolution à la suite de son coup d’État militaire du 19 juin 1965. Il conserve ce poste jusqu’à la mort de Boumedienne. Chadli Bendjedid est promu au grade de colonel en 1969. Il accède à la présidence de la République, de par son grade le plus élevé et parce qu’il est le plus ancien dans la hiérarchie militaire. Son accession au pouvoir a été facilitée par un conclave de militaires.

Président, il libère Ben Bella et autorise le retour d’Aït Ahmed

Chadli Bendjedid a été élu trois fois en tant que président de la République, cumulant treize ans d’exercice. Pendant son mandat, il fait libérer le premier président de la République, Ahmed Ben Bella, emprisonné par Boumedienne depuis le coup d’État de 1965. Il autorise le retour en Algérie des opposants historiques tels que Hocine Aït Ahmed et Bachir Boumaza. Durant la présidence de Chadli Bendjedid, certains haut-gradés de l’état major se sont vu gagner en prépondérance dans le paysage politique algérien, parmi eux on peux citer Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Lamari et Mohammed Touati qui seront, pour un temps, des personnalités influentes pendant les années de crise de l’ère post-Bendjedid. C’est sous sa présidence qu’ont lieu les manifestations réprimées d’octobre 1988. À la suite de celles-ci, il annonce l’instauration du pluralisme politique lorsque les citoyens demandaient du travail, des logements et des produits de première nécessité. Dans ce contexte le Front Islamique du Salut, fondé en 1989, est apparu comme incarnant le mécontentement populaire à l’égard du parti unique. Cela permit au FIS de construire sa campagne électorale et bâtir un programme politique basé sur la charia islamique face à un peuple désorienté qui votera massivement pour lui en 1990 et 1991. On lui imputé l’affaiblissement des appareils répressifs de l’État.

L’homme qui a donné naissance à la démocratie et…au FIS

Il est présenté aussi comme étant le père de l’initiative démocratique en Algérie dans les années 1980 : il met fin au système du parti unique en engageant le pays dans le multipartisme, libère l’expression publique de la possible répression de la police politique, met fin à toute restriction de quitter le territoire, une allocation devise est même fixée à tout citoyen voulant partir à l’étranger pour motifs touristiques. Sur le plan économico-social, il réalise d’importantes infrastructures ; routes, barrages, logements, le sanctuaire du martyr… D’un autre côté il applique un changement radical par rapport à la politique de son prédécesseur, Houari Boumedienne. Deux des six projets de zone industrielle sont annulés. Il favorise les importations au détriment du développement local ; beaucoup de secteurs productifs se sont effondrés. La chute des prix du pétrole à partir de 1986 mettra fin à cette politique socio-économique. En diplomatie, il nomme Mohammed-Seddik Benyahia en tant que ministre des Affaires étrangères, avec comme objectif la mise en œuvre d’un dispositif pour rééquilibrer les relations extérieures de l’Algérie, notamment en matière d’armement. Ainsi, les États-Unis vont être au centre de cette nouvelle politique. Il sera même le premier président de l’Algérie à se rendre en visite officielle aux États-Unis du temps du président Reagan. Les relations avec ce grand pays ne cesseront de se renforcer, notamment depuis le rôle remarquable qu’avait joué l’Algérie dans le dénouement de la prise d’otages américains à Téhéran. Après les événements d’octobre 1988, ce lien sera quelque peu affaibli ; incitant ainsi le gouvernement à engager le pays dans une nouvelle expérience politique à savoir la voie démocratique. Il fut réélu pour une troisième fois à la tête de l’État le 22 décembre 1988, fit adopter par référendum la quatrième constitution le 23 février 1989. Le 5 juin 1991 il annonce la proclamation de l’état de siège.

Départ obscur de la présidence en 1992

Chadli Bendjedid annonce sa démission le 12 janvier 1992 et le déploiement de l’armée dans Alger. Chadli reste un homme politique très important pour comprendre l’Algérie d’aujourd’hui. Il est le seul et unique maquisard à avoir exercé les plus hautes responsabilités sans discontinuer de février 1955 à janvier 1992 : chef maquisard de la base de l’est, chef de la 5e région militaire, chef de la 2e région militaire regroupant les plus importantes forces de l’ANP, coordinateur des services de sécurité et président de la République. M. Bendjedid vient de publier ses Mémoires aux éditions Casbah, où ses témoignages devraient être publiés le 1er novembre 2012, date coïncidant avec le 58e anniversaire du déclenchement de la guerre de Libération nationale.

S. B. et documentatioon

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