Quel aggiornamento permettront les élections locales ? – Rompre le cercle vicieux de l'échec recommencé

Par Amar Naït Messaoud

À l’occasion de la campagne élector ale pour les élections communales et de wilaya du 29 novembre 2012- campagne qui prend l’air d’une grande foire festive, où les boniments des uns et le délire des autres laissent peu de place à la lucidité et au pragmatisme dont sont porteurs quelques partis et candidats-, l’on ne manque pas de vérifier ce paradoxe algérien sui generis : au moment où le pays donne la nette impression de faire du surplace sur le plan économique, social et culturel, l’accélération des événements, mus par la machine du formalisme politique, donne souvent du tournis aux éditorialistes et les met dans l’embarras de cerner une quelconque problématique particulière; cette dernière fuit et se volatilise dès qu’il s’agit de l’aborder sérieusement. En effet, pendant un demi-siècle, la longue marche de la reconstruction nationale nous a fait passer d’un despotisme, qui était loin d’être éclairé à un plur alisme débr idé ligoté pour tant par les enjeux de la gestion de la rente et l’inculture généralisée. En définitive, le temps nous offre une configuration tellement métamorphosée et protéiforme des problèmes qu’il finit par donner cette lourde impression d’y avoir apporté magiquement la solution. Des analystes qui se sont penchés sur les différentes facettes des problèmes économiques et politiques qui prennent en otage la société algérienne ont pu aboutir ce terrible constat qui trace pour nous les limites du formalisme politique, bien que ce dernier doive bien être exploré et exploitée dans ses moindres ressources. Le constat en question est que l’état de  » ni guerre ni paix » que l’Algérien vit avec lui-même, avec la société avec les gouvernants et avec la subversion intégriste, perdurera tant que deux éléments, couplés depuis des décennies par une maudite fatalité resteront inchangés : la nature foncièrement rentière de l’économie nationale et la dérive historique de l’école algérienne qui, de par ses progr ammes médiocr es et sa pédagogie désuète, prépare nos enfants à l’un des trois  » statuts » que sont le chômage et les déviations sociales subséquentes, la harga (émigration clandestine) ou la tentation intégriste. Pendant la présente campagne électorale, les thématiques en relation directe avec ces deux éléments-clefs de la vie de la nation ont été abordés, mais sans qu’y soit consacré l’effort de réflexion nécessaire pour leur exploration exhaustive. L’étroitesse de vision des uns et le jeu purement politicien des autres ont fait que l’attention demeure, dans la plupart des cas, focalisée sur des considérations personnelles ou tr ibales au moment où l’Algér ie est sommée d’aborder la modernité politique, aussi bien par la « mécanique » de la construction institutionnelle que par la socialisation du processus démocratique. À partir de problématiques  » terre-à-terre » que sont censés prendre en charge les futur s élus (édiles municipaux ou élus à l’APW), la logique voudrait que les candidats fassent des propositions concrètes pour sortir les populations, les villages et les quartiers urbains du marasme multiforme dans lequel ils sont empêtr és depuis des années. Cela ne peut se faire évidemment qu’avec le concours précieux des administrés eux-mêmes par un système de par ticipation qui impliquer ait les associations, les comités de quartier, les comités de village,…etc. Cela y va non seulement du degré d’efficacité des actions engagées, mais surtout de la crédibilité et de la transparence de la gestion communale. Les formations politiques ayant géré dans le cadre pluraliste instauré depuis deux décennies, les municipalités algériennes ont, majoritairement, brillé par une patente absence d’initiatives tendant à casser les relents de la gestion mono-partisane en oeuvre depuis l’indépendance du pays. Pis, certaines d’entre elles ont mis toute leur énergie à rivaliser avec les méthodes de l’ancien parti unique en matière de népotisme et de clientélisme. Ce qui, dans un contexte de luttes acharnées, a conduit, dans certains cas, au blocage total de la gestion communale. La presse a rapporté ces derniers jours, en pleine campagne pour le renouvellement des exécutifs communaux, la fermeture de certaines mairies par des citoyens en colère. Néanmoins, et même si de réelles dérives ont été enregistr ées dans la gestion des communes, il ne faudrait pas faire incomber tous les incohérences de gestion économique et sociale des communautés et des territoires aux exécutifs communaux. Ces derniers se trouvent, dans les limites des prérogatives que leur tracent l’ancien et le nouveau code communal, prisonniers de schémas d’une gestion qui se nourrit de l’hypertrophie des pouvoirs de l’administration (chef de daïra et wali) et de l’hypercentralisation des institutions et des structures de l’État. Donc, au lieu de promesses oiseuses ou de boniments à tout va, les candidats et les partis seraient sans doute mieux inspirés de proposer et de défendre mordicus un accomplissement politique et institutionnel pour les nouveaux exécutifs communaux et pour les assemblées de wilaya; un accomplissement à même de libérer l’initiative locale et de faire émerger l’esprit de citoyenneté. Car, un remake des assemblées et de la gestion connues jusqu’à ce jour ne susciter ait qu’un surcroît de déception et un approfondissement du sentiment de frustration. « Alors que je croyais toucher à mon but, je ne faisais, en fait, que tournoyer et retourner sur mes propres traces », se désolait Aït Menguellet dans un poème dans lequel il dessine les affreux contours d’un inénarrable cercle vicieux.

A. N. M.