«La lutte contre les violences en milieu éducatif » fut la thématique d’un séminaire qui s’est tenu, hier, à la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. Une journée d’étude organisée par la direction de l’éducation, en collaboration avec celle de la santé et de la population, et qui a vu la présence de professeurs, d’inspecteurs, de directeurs d’établissements de l’éducation, de sociologues, de psychologue et de psychiatres.
Le représentant du ministère de l’Education, qui a donné le coup d’envoi des travaux, déclarera à l’occasion qu’« il n’y a pas de recette miracle à ce fléau, la lutte pour son éradication se construit à partir d’une volonté politique et d’une action commune pour garantir à nos enfants un enseignement qualitatif en toute sérénité». Il ajoutera : « La sécurité dans les établissements est une condition sine-qua-non pour l’émancipation des apprenants et le rétablissement des relations avec les élèves ». Des experts en psychiatrie, à l’instar du Dr Mahmoud Boudarene et Dr Abdelhafid Bouslimane, respectivement psychiatre et docteur es sciences médicales, furent les premiers à intervenir. La communication du premier nommé portait sur « les origines de la violence scolaire ». Selon le Dr Boudarene, l’école est en interaction avec la société elle la subit de plein fouet, une étude rapportée par un quotidien national a révélé que plus de 3000 cas de violence en milieux scolaire ont été recensés pour le début de cette année scolaire. Les principales raisons à l’origine de ce fléau seraient les infrastructures exigües, surchargées (des classes de plus de 40 élèves), délabrés et non chauffées, un encadrement insuffisant et incompétents et des formations inadaptées. Selon le conférencier, les cas les plus violents sont enregistrés dans les catégories sociales les plus défavorisées, « les élevés qui viennent des milieux populaires, pour s’affirmer, ont recours à la violence qui leur est familière ». Une autre communication, sous le thème « traumatisme psychiques », a été présentée par Dr Abdelhafid Bouslimane de l’ESH Fernane Hanafi. Il a été question de traumatismes psychique liés au stress et ses effets néfaste sur l’enfant. Le secrétaire général de la direction de l’éducation, M. Mohamed Akli Lannak, a quant à lui communiqué sur « les causes endogènes et exogènes de la violence en milieu scolaire, réflexion autour des voies et moyens de lutte ». Le conférencier estimera, pour sa part que ce phénomène n’est pas propre à une société ou à une période donnée, et pour appuyer ses dires il citera « Socrate », l’un des inventeurs de la philosophie morale et politique, qui a vécu au 5ème siècle avant J. C. qui avait, déjà en son temps, relevé : « Notre jeunesse aime le luxe, elle est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d’aujourd’hui sont des tyrans. Ils ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et ils sont tout simplement mauvais ». Le conférencier dira que les incivilités sont universelles et intemporelles tous les pays sont concernés et tous y sont confrontés. Selon lui, dix causes seraient à l’origine de ce fléau qui, malheureusement, prend de l’ampleur : « Le manque, voir l’absence de formation (surtout en psychopédagogie), le manque de performance dans la gestion de l’enseignement (gestion de la classe), le style d’apprentissage employé par l’enseignant, le comportement de certains professeurs étant parfois à l’origine de conduites violentes de l’enfant, l’effritement des relations et le manque de dialogue entre les différents intervenants notamment le dialogue enseignants-administration et enseignants-élèves, le climat socio-pédagogique, l’exercice d’une certaine forme d’autorité rigide et abusive, la violence orale sous forme de menaces de renvoi, de brimades, d’injustices vis a vis des camarades qui font réagir les autres élèves, l’attitude parfois brutale d’enseignants peu enclins à accepter l’esprit critique des élevés, les horaires contraignantes et le manque d’activités parascolaires ». Le communicant clôturera son intervention par des recommandations aux professeurs présents, notamment « l’installation de boites aux lettres pour permettre aux élèves de s’exprimer, la création d’espaces d’expression (journal mural, tableau pour tags, dessins et autres graffitis), l’ouverture d’un point d’écoute (cellule d’écoute) et la création de réseaux dans les établissements reculés, l’information dans les classes pour faire barrage aux rumeurs et éviter l’anarchie, l’initiation de journées d’information et de sensibilisation et de débats sur la violence à l’école, le travail de réécriture du règlement intérieur avec les élèves, la mise en place de tutorat (une relation de confiance privilégiée peut se créer entre les élèves et l’enseignant tuteur) et d’espaces où les élevés peuvent évoquer leurs difficultés, l’embellissement des locaux, l’organisation de concours scolaire pour motiver les élèves, et l’établissement de règles de vie antiviolence ». L’intervenant conclura par dire qu’il n’existe pas de remède miracle pour éradiquer la violence et que seule l’éducation et l’école peuvent y parvenir.
Karima. Talis.
