Les oubliés de la campagne électorale

l Parmi les problèmes épineux contre lesquels va buter la prochaine assemblée municipale, le chômage occupe le haut du pavé. Cette question qui taraude les esprits et que l’ensemble des candidats abordent superficiellement quand elle n’est pas carrément omise représente l’épine à extraire du corps fébrile de la frange juvénile. Mais si aucun candidat n’a osé l’aborder sérieusement c’est, que son réglement est loin de dépendre du bon vouloir d’un quelconque responsable communal, aussi puissant soit-il. C’est dans ce sens qu’il font l’impasse sur cette préoccupation majeure. Pour cela ils feignent d’oublier ces parias de la société qui attendent une hypothétique embauche pouvant les mettre à l’abri du besoin et des regards malveillants de l’entourage. Ils demeurent nombreux : des diplômés venant de l’université, des éjectés de l’école, formés pour tout sauf pour être de bon citoyens, des nouveaux débarqués des centres de formation ne font que renforcer les rangs de ceux qui attendent le salut sorti des urnes. Un peu plus chanceux que ceux qui attendent mais pas mieux lotis, il y a ceux qui semblent être casés dans le cadre de ce qui est appelé officiellement «Emploi des jeunes» et que le commun des mortels appelle «Esclavage moderne». Comme partout ailleurs, à Beni Maouche ils sont 120 à faire fonctionner à plein temps la machine économique dans le cadre de l’ESIL (90) et de l’IAIG (30). Ces esclaves des temps modernes, aussi performants que des titulaires, touchent comme rémunération la modique somme de 2500 dinars pour la première catégorie et 3000 dinars pour la seconde. Quand on sait qu’ils font huit heures de travail pour l’entretien des routes, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, dans l’administration, les écoles ou le réseau A. E. P, on n’hésitera pas à qualifier leur rémunération de « salaire de la honte ». Tout compte fait, qu’ils soient recrutés dans le cadre de l’Allocation indemnité d’intérêt général ou dans le cadre de l’Emploi salarié d’initiation locale, ils attendent tous une hypothétique régularisation depuis de longues années, dix ans pour certains et doivent gagner la faveur des prochains responsables locaux. Dans le cas contraire ces élus du peuple mériteront le peu glorieux sobriquet de «Négriers du troisième millénaire». Qu’il sachent au moins qu’il y a ceux qui attendent le maire comme on attend un messie qui les sortira de l’incertitude qu’ils portent comme la carapace du déshonneur.

A. M. A.