Bouira : Retour sur le point de presse du wali Maaskri – Entre satisfecit et déception

Comme annoncé dans notre précédente édition, le wali de Bouira, Nacer Maaskri, s'est exprimé sur plusieurs points relatifs au développement de la wilaya.

C’était lors d’une rencontre avec la presse locale. En plus de l’épineux problème de la distribution d’eau potable et celui de l’habitat (lire note édition d’hier), le premier responsable de la wilaya a mis l’accent sur d’autres secteurs tout aussi sensibles.

Aménagement urbain: la forêt d’Errich, un énorme gâchis!

S’agissant de l’aménagement urbain qui est, faut-il le rappeler, l’un des points faibles de la wilaya, ou pour reprendre l’expression de Maaskri, son « Talon d’Achille », plusieurs projets ont été évoqués par le wali. Le premier, celui du réaménagement du square Si Lhaouasse, sis au chef-lieu de la wilaya. Ce jardin public, qui fait partie du patrimoine de la ville de Bouira, fut laissé pendant de longues années à l’abandon, squatté par les délinquants et les voyous. Dans le but de réparer ce tort, l’intervenant a indiqué qu’une grande opération de réhabilitation du site allait être bientôt lancée : « Nous avons confié le projet à l’agence foncière de Bouira. Cette dernière est en train d’élaborer un cahier des charges adéquat et les travaux vont être lancés incessamment », a-t-il annoncé. Concernant le projet d’aménagement de la forêt d’Errich en lieu de villégiature, un chantier qui est à la traîne depuis plus de trois ans, le wali s’est montré ferme : « J’ai saisi le directeur des forêts à ce sujet et j’étais très clair avec lui: Si l’entrepreneur ne se ressaisit pas dans les plus brefs délais, son contrat sera résilié et il devra payer des pénalités. Cet espace est un gâchis et nous devons impérativement y remédier ». Pour rappel, l’ex-wali de Bouira, Ali Bouguerra, avait déjà en 2011 fait part de son mécontentement, allant même jusqu’à menacer l’entrepreneur de l’attaquer en justice. Cependant, cette entreprise défaillante semble continuer à se jouer des délais contractuels au grand dam des citoyens avides d’espaces de détente. Toujours dans le chapitre de l’amélioration du cadre de vie, l’orateur indiquera que le nouveau plan de circulation est toujours en phase d’étude par le bureau d’étude BETUR, filiale de l’entreprise du Métro d’Alger : « Nous attendons les conclusions de l’étude, ensuite nous entamerons les travaux nécessaires. Bouira étouffe! Ce plan, une fois mis en place, sera une véritable bouffée d’oxygène pour nos concitoyens », dira-t-il.

Travaux publics, la déception!

À propos du secteur des Travaux publics, et répondant à une question relative au lancement des travaux de la mise à niveau du tronçon autoroutier, reliant Bouira à Lakhdaria, sur une distance de 33 kilomètres, M. Maaskri répondra : « A vrai dire, je suis très déçu du rythme avec lequel avance ce projet! Je ne peux pas dire travaux, car ces derniers n’ont même pas encore démarré. Pourtant, nous avons eu des engagements de la part de l’ANA (Agence nationale des autoroutes), mais d’après ce qu’on a pu constater, ce chantier est toujours au point mort ». Il ajoutera : « Nous avons une réunion de travail avec les responsables de cette agence mardi (aujourd’hui NDLR), pour mettre au clair certaine choses. Certes, il y a des travaux qui ciblent les points d’affaissements de terrain. Cependant, la mise à niveau de ce tronçon doit impérativement avancer et vite! ». Il y a lieu de rappeler que cette  portion d’autoroute a fait couler beaucoup d’encre depuis que le département d’Amar Ghoul a décidé de la rénover, en novembre 2011. Après cette annonce, il s’est écoulé plus de sept mois avant que le bureau d’étude ne soit choisi et que les autorités décident enfin d’entamer les travaux. Mais à la lumière des précisions du wali, ce tronçon fera sans doute encore parler de lui et risque de s’éterniser davantage. Répondant à une question relative à la réfection des différents chemins de wilaya, notamment le CW05, reliant la commune d’Ath Laâziz au chef-lieu de la wilaya, le Premier magistrat de Bouira indiquera que tous les chemins de wilayas feront l’objet d’une complète réhabilitation y compris le CW05 : « Nous avons discuté avec M. le DTP qui nous a assuré que les routes de la wilaya seront très prochainement toutes refaites. Je suis confiant à ce sujet ».

L’engouement des investisseurs, le point rassurant

 

Abordant les volets de l’investissement et du tourisme, qui sont comme chacun le sait en panne, à l’échelle de la wilaya, et ce, depuis plusieurs années, en dépit des efforts consentis par les autorités locales, le conférencier s’est montré assez  » indulgent ». Ainsi et par rapport à la création de nouvelles zones d’activités, Maaskri soulignera le fait qu’il faudrait d’abord s’occuper des zones déjà existantes, avant de songer à la création de nouvelles : « nous avons procédé récemment à la relance de six zones d’activités. Ces dernières, peuvent, à moyen et long terme, être très bénéfiques pour notre wilaya et son économie. Ceci dit, ce plan de relance est assez important et de ce fait, nous devons le mettre parmi nos priorités avant de songer à la création d’autres zones qui pourraient être délaissés par la suite », estimera-t-il. S’agissant des investisseurs, le wali soulignera le « grand intérêt et l’engouement » de ces derniers pour Bouira : « L’autoroute Est-Ouest est très bénéfique pour notre wilaya, nous avons constaté avec une grande joie que les investisseurs et autres industriels se battent pour avoir une place dans notre wilaya. Toutefois, il ne faut pas se précipiter, pour ne pas rééditer certaines erreurs commises par le passé ». Ces « erreurs » sont une allusion directe à la zone industrielle de Oued El Bardi, qui s’étend sur plus de 220 hectares et qui a été laissée en jachère depuis sa création, il y a de cela près de trente ans et ce pour des affaires d’expropriation et autres oppositions des riverains. A ce sujet, la semaine dernière, les autorités, accompagnées des forces de l’ordre, ont pris possession du terrain en question, en rasant des dizaines d’oliviers, afin d’entamer le réaménagement de cette zone industrielle. Outre les 220 hectares qui vont être réaménagés, la wali annoncera une extension de plus de 190 hectares, dans le but d’implanter une autre zone industrielle. Pour ce qui est du secteur du tourisme, notamment le tourisme de montagne, le chef de l’exécutif dira : « des textes de lois en ce sens viennent d’être promulgués ce qui nous permettra d’avoir les coudées franches et toute la latitude pour développer le tourisme au niveau de Tikjda », expliquera-t-il. Il précisera les projets dépendant du ministère de la Jeunesse et des Sports au niveau de Tikjda, sont en cours de réalisation et qu’une fois achevés, ils contribueront à l’essor du tourisme dans la région.

Commerce informel: les structures d’accueil font toujours défaut

Concernant le secteur du commerce, plus précisément le fléau du commerce informel qui semble prendre chaque année des proportions très alarmantes, la wali de Bouira dira : « Notre objectif est de sédentariser ces commerçants. Pour ce faire, nous avons besoin de structures d’accueil adaptées ». Poursuivant sur sa lancée, Maaskri n’a pas manqué de rappeler les retards accumulés dans l’édification des dites structures : « Nous avons programmé huit marchés qui devront à terme accueillir ces commerçants. Cela étant, nous enregistrons un certain retard, puisque seule la moitié a été réceptionnée », avouera-t-il. Pour ce qui est de l’éradication pure et simple de ce phénomène, l’interlocuteur dira que les choses doivent se faire de manière  » pédagogique et progressive ». Il est vrai que ce fléau qui gangrène l’économie locale et nationale, a refait surface dans la ville de Bouira et dans d’autres communes, notamment depuis le début du mois de Ramadhan. Le nombre de commerçants occasionnels, envahissant les trottoirs y étalant leurs marchandises, se multiplie à vue d’œil. Dans le but d’endiguer ce mal, le conférencier exhortera les responsables concernés à agir pour trouver des solutions adéquates au problème et de récupérer les locaux commerciaux abandonnés afin de les utiliser, en attendant que les structures prévues soient enfin achevées.

Enseignement supérieur: le satisfecit de Maaskri

Le secteur de l’Enseignement supérieur et la recherche scientifique, n’a pas été oublié par le Premier magistrat de la wilaya. Il a tenu à rassurer les étudiants et leurs parents, quant à la disponibilité des filières pour la prochaine rentrée universitaire : Toutes les filières disponibles à notre niveau vont être lancées au mois d’octobre prochain. Les étudiants n’ont aucun soucis à se faire », a-t-il assuré. Idem pour les 4000 places pédagogiques, relavant du futur pôle universitaire : « Sur un total de 9000 places, 4000 sont d’ores et déjà prêtes », s’est-il félicité. Et de rappeler : « Il ne faut pas oublier que Bouira a commencé avec un simple centre universitaire qui était une annexe de Boumerdès. Par la suite, ce centre a été  promu au rang d’université et il est en passe de devenir un pôle universitaire qui n’aura rien à envier aux autres pôles du pays ». Récemment encore, le recteur de l’Université de Bouira a indiqué que cette dernière sera renforcée, à l’occasion de la rentrée universitaire prochaine, par l’ouverture de nouveaux départements et la réception de nouvelles places pédagogiques. À titre indicatif, les nouvelles places pédagogiques concernent deux nouveaux instituts, à savoir celui de la Terre et de l’eau, et du Génie électrique et de la construction. Et dans le cadre des préparatifs de la rentrée universitaire et l’orientation des nouveaux bacheliers, l’administration de l’université de Bouira a déjà entamé le processus des inscriptions qui s’étalera  jusqu’au 31 du mois en cours. Ce satisfecit du wali, rappelle celui du Ministre de tutelle, M. Rachid Haraoubia qui a, lors de sa récente visite dans la wilaya, affiché clairement son optimisme.

Ssanté: les spécialistes arrivent!

Enfin, dernier point abordé par le wali, celui relatif au secteur de la Santé. Cette dernière, de l’avis général, est malade au niveau de la wilaya de Bouira. Pour preuve, récemment encore, une commission de l’APW a fait un diagnostic des plus alarmants sur l’état de ce secteur. Cette commission a établi un rapport accablant. D’après les rapporteurs, le déficit chronique d’encadrement (personnel paramédical et spécialistes) et le manque d’hygiène sont flagrants. Le mauvais accueil et la médiocre prise en charge des malades ou encore l’inutilisation des équipements, pour ne citer que ces exemples-là font que le secteur tarde à jouer son rôle et à offrir une prise en charge appropriée aux milliers de patients. Pour résumer la situation catastrophique que vit le secteur, un élu a expliqué que sur les 122 structures que compte la wilaya, 2 seulement répondent réellement aux normes, en termes de prises en charge des malades. Par ailleurs, le manque criant en médecins spécialistes, à travers l’ensemble des établissements sanitaires que compte la wilaya, a été également évoqué par cette commission. À ce sujet, la wali de Bouira a annoncé la wilaya comblera ce manque graduellement : « Nous avons transmis les doléances au ministère de tutelle, lequel a promis de nous affecter un nombre important de médecins spécialistes, notamment des gynécologues ». Allant encore plus loin, le Premier responsable de la wilaya a assuré que tous les médecins affectés auront un logement de fonction et toutes les commodités nécessaires : « Nous sommes prêts à fournir autant de logements que nécessaire ! Une cinquantaine, s’il le faut, seront réservés aux spécialistes qui choisiront Bouira comme lieu de leur service civil ».

Ramdane B.