Située aux fins fonds du sud-ouest de la wilaya de Bouira, entre Sour El Ghozlane et Dirah, la commune d’El Maâmora donne l’impression d’être complètement écartée des programmes de développement, avec pourtant des signes forts apparents qui attestent d’un retard considérable sur le volet progrès et amélioration du cadre de vie de la population.
Maâmora est composée de 13 villages qui abritent 3700 habitants éparpillés sur une surface de 118 Km2 qui constitue le périmètre global de cette commune à vocation agro-pastorale. Sa population s’accroche désespérément à l’agriculture. Elle la pratique avec des manières les plus rudimentaires comme en témoignent les moissonneurs qui récoltent des champs de blé et d’orge, manuellement, à la faucille. Une des plus pénibles activités de l’agriculture disparue depuis 30 ans dans tout le reste des régions de la wilaya. Elle est remplacée par des moyens mécaniques moins pénibles et beaucoup plus rentables. Les habitants de cette commune souffrent de l’état dégradé de l’unique voie d’accès, le CW12, qui la relie à Dechmia et Dirah sur une longueur de 42 Kms. Cette route donne l’impression d’avoir subie un bombardement intensif à l’arme lourde, vu sa très grave dégradation. Le maire de cette commune, El Hadi Messaoudi, nous apprendra qu’elle n’a bénéficié d’aucune opération d’entretien ou de rénovation depuis son revêtement en bitume en 2007. Les nids de poules et les crevasses y sont légion. Les automobilistes doivent opérer de véritables acrobaties pour éviter de se faire défoncer le châssis de leur véhicule. Le P/APC nous apprendra également qu’exception faite au CW12 évoqué et les chemins d’Ouled Rached, aucune autre des voies d’accès de la totalité des villages n’a bénéficié d’une opération de revêtement en bitume. Elles sont toutes au stade de pistes sommairement revêtues par du gravier concassé que l’érosion dégrade rapidement.
Deux salles de soins à travers la commune
Une autre contrainte relevée lors de notre passage, jeudi dernier, est celle de l’AEP. La plupart des villages ne sont plus alimentés malgré l’existence d’un réseau d’eau potable, et cela à cause d’une remontée d’eau salée au niveau des forages de captage d’où le recours aux systèmes d’approvisionnement par citerne et avec des moyens dérisoires. Le reste des villages épargnés par l’eau salée reçoivent l’eau, une fois par semaine, à partir d’un captage à faible débit. Les chutes de tension d’électricité sont une autre contrainte à laquelle font face les habitants de Maâmora. Pas moins de 06 villages, soit la moitié de la commune, n’ont pas bénéficié de postes transformateurs pour réduire les retombées de ces chutes récurrentes. Sur le volet santé nous apprenons que cette municipalité dispose uniquement de trois structures de santé dont celle de Draa Lehrech est non opérationnelle à cause du manque d’effectif, selon le maire. Celle de Ouled Barka fonctionne avec un seul infirmier. Quant à celle du chef-lieu communal, son effectif se réduit à 01 médecin et 02 infirmiers. Elle dispose d’un cabinet dentaire qui est opérationnel à raison de 02 jours par semaine. En abordant le volet sécuritaire, le premier magistrat de la commune affirme que le plus proche service de sécurité est la brigade de gendarmerie de Dirah située à 26 Kms. Notre interlocuteur, qui évoque une inquiétante dégradation du climat sécuritaire dans sa commune, souhaite l’implantation d’un corps de sécurité d’autant plus qu’une assiette de terrain de 3500 M2 est d’ores et déjà dégagée en vue de recevoir le siège d’une brigade de gendarmerie. Dans la même optique, nous apprenons qu’hormis le chef-lieu communal, aucun autre village n’est doté de l’éclairage public à cause de l’absence du 5ème fil sur les lignes de distribution d’électricité ce qui accentue sensiblement l’insécurité. Soulignons que l’extension des centres urbains n’a pas été suivie de celle de l’électricité dont les localités Chaâbet Issekrane et Graten qui comptabilisent 50 foyers non raccordés au réseau d’électricité. En ce qui concerne le gaz de ville, la moitié des villages ne sont pas encore raccordés à cette commodité. L’aménagement urbain, lui aussi, fait superbement défaut. Même le chef-lieu de commune n’a bénéficié d’aucune opération depuis le découpage administratif de 1985. Notons, pour conclure, que l’habitat précaire a été absorbé selon le maire, dans cette commune, grâce aux divers programmes de l’habitat rural et l’auto-construction.
Oulaid Soualah

