L’Algérie a encore du pain sur la planche

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Par Amar Naït Messaoud

L’industrie est appelée à jouer un grand rôle en Algérie, après plus d’une vingtaine d’années de désinvestissement, rognant même le capital hérité de l’époque du président Boumediene.  La politique du gouvernement Abdelmalek Sellal entend s’appuyer sur une nouvelle vision de l’investissement productif, déclinée dans le schéma d’amélioration du climat des affaires qui fera l’objet de grandes discussions au cours de la prochaine tripartite, prévue pour le 10 octobre 2013. Si l’Algérie a des potentialités agricoles indéniables, par lesquelles il sera possible d’éloigner le spectre de l’insécurité alimentaire, il n’empêche que la diversification maximale des activités économiques est un atout majeur pour les pays qui savent en saisir l’opportunité. Industrie et agriculture sont les deux béquilles de l’économie de production. Au fur et à mesure que la productivité devient performante et que la plus-value sociale qui en est tirée s’affiche avec une certaine durabilité le secteur des services imposera nécessairement sa présence et dégagera des emplois et des recettes fiscales conséquentes. Comme secteur tertiaire, aussi de haute importance, le tourisme constituera un des appuis solides sur lesquels pourra, un jour, s’appuyer le budget de l’État. Aujourd’hui plongé dans une certaine indolence, il paye la facture salée d’une économie rentière qui, dans une position d’indécente suffisance, se gausse des autres secteurs. Mais, jusqu’à quand?  Devant les aléas qui pèsent sur l’exportation des hydrocarbures à l’état brut (marchés mondiaux incertains, diminution des réserves, prochaine concurrence des énergies alternatives), l’Algérie est sommée de changer de stratégie, de développement et d’investir dans les secteurs productifs durables, créateurs de richesses et d’emplois. La leçon est-elle apprise à partir du grand choc pétrolier de 1986 -qui a préludé à l’explosion d’octobre 88- et de 1996, vécu en  »silence » et dans le sang sous le terrorisme islamiste? Les beaux discours n’ont pas manqué chez les décideurs du pays et au niveau des gestionnaires de l’économie nationale, allant dans le sens de se ressaisir par des investissements massifs dans les autres secteurs, et principalement l’industrie (y compris pétrochimique, puisque l’Algérie est en retard dans ce créneau), de façon à se libérer peu à peu de cette asphyxiante dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. 97 % des exportations viennent de ces matières premières, exportées majoritairement à l’état brut. C’est ce qu’on appelle communément une économie minière, qui se contente d’extraire ce que la nature lui a donné. Parfois, même pour extraire, l’on a recours à l’expertise étrangère.  Le dossier d’investissement industriel dont hérite Amara Benyounès, après le dernier remaniement ministériel, n’est pas une sinécure. Il a du pain sur la planche, même si le terrain a été partiellement défriché par son prédécesseur, Cherif Rahmani. Le  »doing business », qu’un comité spécial au sein du ministère a préparé pour améliorer le climat des affaires en Algérie est censé remédier à toutes les défaillances des années de « bazar » (entre 1991 et 2008) et les années du  »recentrage » induit par la loi de finances complémentaire de 2009. Même si les missions de l’Agence nationale de développement industriel (ANDI) ont été renforcées pour lui permettre le destin des investissements auxquels l’État a consenti des avantages fiscaux et tarifaires, son action demeure encore perfectible. De faux investisseurs continuent à s’emparer d’assiettes de terrains et de crédits bancaires pour ne plus donner signe de vie par la suite. Le rôle des Calpiref, au niveau des wilayas, est primordial pour séparer le bon grain de l’ivraie.  L’agriculture algérienne est aussi en attente d’une industrie agroalimentaire performante et à la hauteur des potentialités qui existent dans ce domaine. Les surplus de production dans plusieurs types de fruits est devenu un vrai casse-tête, voire une hantise, pour des agriculteurs qui ont mis toutes leurs économies dans leurs parcelles arboricoles (entretiens, soins phytosanitaires, irrigation, récolte).  « Il n’y aura pas de modernisation de l’agriculture si les entreprises de l’agroalimentaire continuent à tourner le dos à la production nationale (…) Nous avons constaté que nous sommes l’un des rares pays au monde où l’appareil de transformation du secteur de l’agroalimentaire n’est pas du tout en phase avec le monde agricole. Notre conviction est le rapprochement des professionnels du monde agricole afin de mettre fin au dysfonctionnement qu’a provoqué l’appareil agro-industriel », faisait observer, en 2008, l’ancien ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Rachid Benaïssa. L’orientation de la nouvelle politique industrielle est ainsi supposée établir des priorités et une hiérarchisation des axes d’intervention, de façon à répondre aux attentes des différents acteurs. Cette même politique est attendue dans le domaine de l’intégration des différents segments qui concourent, par exemple, à la construction automobile. Le constructeur Renault compte investir en Algérie dans la pièce détachée pour son usine de construction automobile de Oued Tletat. C’est là un segment important qui créera de la valeur ajoutée et des emplois.  Dans tous les domaines, la réhabilitation de l’outil de production algérien public et les incitations en direction des entreprises privées dans des créneaux jugées prioritaires, constituent des gages à la réhabilitation et à l’extension de la base productive nationale, thème cher à Abdelmalek Sellal, qu’il a développé dans tous ses déplacements à travers les wilayas du pays; une base productive censée s’appuyer sur le Schéma national d’aménagement du territoire (SNAT), de façon à évoluer dans un cadre d’équilibre régional et dans l’esprit de la justice sociale.

A. N. M.

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