Sanglé dans son uniforme impérial, sabre à la main, le fondateur du mouvement russe napoléonien dirige d’une voix martiale les manoeuvres de « ses hommes ». Près de lui, ses deux aides de camp obéissent à ses ordres avec célérité et respect. Fantassins, grognards, hussards, cavaliers ou artilleurs… ils sont plus de 3. 500 à avoir afflué d’une vingtaine de pays différents dans leurs uniformes français, russe ou autrichien pour participer à la plus grande reconstitution napoléonienne jamais organisée. Les plus mordus ont dormi sous la tente, malgré le froid coupant, -5° le jour, encore moins la nuit. Les moins riches se sont entassés dans des dortoirs improvisés dans une ancienne caserne militaire abandonnée. Les plus aisés sont descendus dans des hôtels confortables. Qu’ils viennent d’Espagne, d’Autriche, d’Angleterre, de Belgique, de France ou de Russie, ils appartiennent tous à des associations napoléoniennes structurées, se connaissent, échangent des informations, polémiquent sur les détails historiques et comparent la qualité de leurs uniformes. « Ce bonnet à poil m’a coûté 1. 000 euros », soupire José, un Madrilène d’une trentaine d’années qui a traversé l’Europe en bus avec une vingtaine de compatriotes pour venir sur le plateau de Pratzen, à l’est de la république tchèque. « Tout est cher, les costumes, les galons, les insignes, les armes, plus le grade est haut, plus l’habit est coûteux. S’habiller en général comme Oleg Sokholov est hors de prix », souligne Florence Casanova, une étudiante française de 20 ans en robe d’époque et bonnet de dentelle, qui rêve de devenir « costumière ». Un groupe de Tchèques, très élégants dans leurs grands manteaux blancs de l’armée autrichienne se flattent d’avoir « cousu leurs uniformes eux-mêmes ». « C’est aussi notre histoire qui se joue ici », souligne l’un deux, un professeur d’université de Brno, en se réchauffant les mains à la chaleur du feu de camp dans la cour du relais de la Vieille Poste. Oleg Sokholov, lui, « joue toujours un général français » dans les reconstitutions qui rythment la vie des sociétés napoléoniennes. A Austerlitz, c’est lui qui va diriger toutes les troupes françaises. Pour lui, à chaque fois, « c’est un jeu très sérieux dont le but est de revivre l’histoire ». Et confondre les unités de « reconstitueurs » avec des groupes de folklore ou des « figurants » déchaîne immédiatement les foudres les plus virulentes. « On respecte l’uniforme et la réglementation, c’est comme un musée vivant », explique Oleg Sokholov qui a fondé, à 19 ans, le mouvement russe napoléonien parce que « cette époque incarne l’énergie, la joie de vivre, la discipline et la gloire ». « Droite, gauche, en avant, marche ». Les soldats obéissent à ses consignes au doigt et à l’oeil. « Ils mangent, ils pensent, ils dorment Napoléon », souligne Michel Lefevre, un Toulousain qui sert de « photographe officiel » à une unité venue du Sud-Ouest de la France. Leurs motivations sont très différentes: « l’amour du jeu ou de l’histoire, les copains, les bons moments passés à picoler ensemble, le désir de s’évader d’une vie grise », énumère l’aide de camp du général avant de retourner dare-dare aux « manoeuvres » en cours. Ses hommes sont russes, ukrainiens, polonais, mais aussi français et belges. C’est un Américain de Virginie (Etats-Unis), Mark Schneider qui jouera le rôle de Napoléon, ce qui laisse mi-figue mi-raisin les inconditionnels de l’empereur. Quel que soit leur pays d’origine, les participants appartiennent à des associations historiques très soucieuses d’exactitude, que ce soit pour les armes, les uniformes ou les galons qui ornent leurs bonnets à poils et leurs tricornes.
