Le secteur des Travaux publics au niveau de la wilaya de Bouira est l’un des plus budgétivores et surtout le moins efficace de tous. L’état des routes dans la wilaya est catastrophique et ce, de l’avis même du wali, M. Nacer Maaskri, qui admet que «beaucoup d’efforts restent à faire dans le domaine».
Pourtant, l’Etat injecte des sommes faramineuses pour réhabiliter les routes de la wilaya, mais en vain. Ainsi, pendant la période 2003-2013, ce ne sont pas moins de 33 milliards de dinars qui ont été alloués au secteur des Travaux Publics. Cependant, force est de constater que les milliards dépensés en dix ans n’ont servi à réhabilité que le 1/6e du réseau routier global de la wilaya (3000 kms). Ainsi, et selon dires des responsables de la DTP de Bouira, depuis 2003, ils n’ont procédé qu’à la réfection de 557 kms seulement. Plus en détails, ces mêmes responsables déclarent que lors du plan quinquennal 2005-2009, ce ne sont pas moins de 75 opérations qui ont été effectuées et achevées, pour une enveloppe budgétaire estimée à 12 milliards de dinars. Pour le plan quinquennal 2010-2014, 32 opérations de réhabilitation des différents RN, CW et autres chemin vicinaux, le tout pour un montant dépassant les 11 milliards de dinars, ont été effectuées. Ces chiffres sont assez éloquents, pour ce qui est de l’aspect budgétivore de ce secteur. Mais ils deviennent très inquiétants et poussent à l’interrogation, quand on leur appose un seul chiffre : 600. Ainsi, selon un rapport de la commission de l’APW, chargée d’établir un état des lieux du secteur des Travaux publics à l’échelle de la wilaya, ce ne sont pas moins de 600 kilomètres de routes qui sont impraticables à travers la wilaya. Les membres de ladite commission ont jugé le travail de la DTP de Bouira « très insuffisant ». Ils ont également interpelé le wali afin qu’il « agisse en conséquence et prenne des mesures à la hauteur de la catastrophe enregistrée ». Au mois d’octobre dernier, l’ex-SG de la wilaya a pris certaines mesures, qualifiées par bon nombre d’élus de «meurettes», ayant pour but de redynamiser le secteur des travaux publics. Parmi celles-ci, on citera la création d’une commission de suivi, chargée de la cohésion entre le secteur des Travaux publics et celui de l’Urbanisme, et la mise en place d’une commission ayant pour objectif l’accompagnement et la surveillance des bureaux d’études (BET) dans leur travail. Bref, une commission pour répondre à une autre. Mais où est donc le fond du problème? Car, dresser des constats est à la portée du premier venu, mais encore faut-il situer les responsabilités de chacun.
La sous-traitance des projets mise à l’index
Les entreprises réalisatrices ont leur part de responsabilité dans cette gabegie, selon certains élus. Ces derniers soulignent le fait que lors de l’obtention de marchés de réalisation de tel ou tel projet de réhabilitation, les entrepreneurs songent déjà à l’offrir en sous-traitance à une petite entreprise. « C’est un procédé légal, qui fait travailler les petites entreprises et fait gagner de l’argent aux grandes », expliquent nos interlocuteurs. Cependant, cette sous-traitance des marchés, présente un grand inconvénient, d’après certains élus, qui est l’inexpérience des entreprises sous-traitantes. « Lors de l’obtention des marchés, la qualification des entreprises joue un grand rôle dans le choix final. Il est évident qu’une entreprise de catégorie 5 a plus de chance de décrocher un contrat que celle classée en catégorie 1 ou 2», nous a-t-on indiqué. De ce fait, les entreprises les plus qualifiées sont choisies et, par la suite, elles sous-traitent leur marché à des entreprises de moindre envergure. Partant de ce fait, une question s’impose : Peut-on sous-traiter à tout va ? La sous-traitance a-t-elle des conditions ? Et bien, d’après le Décret Présidentiel n°10-236 du 28 Chaoual 1431 correspondant au 7 octobre 2010 portant réglementation des marchés publics, la sous-traitance a des conditions bien précises, stipulées dans l’article 109 dudit décret. « Le champ principal d’intervention de la sous-traitance doit être expressément prévu dans le marché et, lorsque cela est possible, dans le cahier des charges, le choix du sous-traitant est obligatoirement et préalablement approuvé par le service contractant, sous réserve des dispositions de l’article 52 du présent décret, et après avoir vérifié que ses qualifications, ses références professionnelles et ses moyens, humains et matériels, sont conformes aux tâches à sous-traiter, lorsque les prestations à exécuter par le sous-traitant sont prévues par le marché celui-ci peut être payé directement par le service contractant. Les modalités d’application des dispositions de cet alinéa sont précisées par arrêté du ministre chargé des finances, le montant de la part transférable doit être diminué du montant des prestations à sous-traiter localement ». Ainsi et selon ce texte de loi, la compétence et qualification des entreprises sous-traitantes doit « préalablement être approuvé par le service contractant ». C’est là où le bas blesse. Puisque certains projets sont sous-traités par des entreprises issues de l’ANSEJ, c’est-à-dire, sans grande qualification. Car, il faut bien reconnaitre que les jeunes entrepreneurs manquent d’expérience et, surtout, n’ont pas les fonds et les matériaux nécessaires pour réaliser des projets assez conséquents. Ceci conduit inévitablement, selon nos interlocuteurs, au bâclage des travaux. Et au niveau de la wilaya de Bouira, les exemples de travaux bâclés ne manquent malheureusement pas. D’ailleurs, la commission d’évaluation du secteur de la DTP, a recensé plus de 70 exemples à travers l’ensemble des communes de la wilaya. Ainsi, et comme il a été souligné un peu plus haut, le choix de l’entreprise sous-traitante doit être avalisé par le service contractant, à savoir la DTP. Mais le premier responsable du secteur à l’échelle de la wilaya, M. Younès Bouchekouk, qui est en poste, faut-il rappeler, depuis plus de douze ans, réfute toute responsabilité à ce sujet. « Nos services appliquent scrupuleusement les dispositions du code des marchés et les entreprises choisies, comme celles qui sous-traitent, sont soigneusement contrôlées », rétorque-t-il. Cette réponse, qu’il dégaine à chaque fois, n’est pas très convaincante, puisque le fait est là indéniable et irrévocable : Les routes à Bouira sont dans un état catastrophique et carrément impraticables en certains endroits.
Chialli déterminé à sévir !
Cette situation est remontée jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat, puisque selon des sources sûres, le ministre des Travaux publics, M. Farouk Chialli, a demandé un état des lieux à son département au niveau de la wilaya de Bouira, et ce dès son installation. D’ailleurs, les mêmes sources précisent que le ministre était à deux doigts de prendre des mesures radicales à l’encontre du DTP de Bouira. Il aurait fallu l’intervention de l’ex-ministre des Travaux publics et actuel ministre des Transports, Amar Ghoul, pour repousser la sentence. Sur ce point, nos sources sont affirmatives : « Chialli est un homme de consensus, il n’aime pas faire de vagues, mais si le directeur des travaux publics de Bouira ne se ressaisit pas, il saura prendre les mesures adéquates », indiquent-ils. Cette ‘’clémence’’ serait due, selon nos informations, aux liens étroits qu’entretient le DTP de Bouira avec l’ex-ministre des Travaux publics. D’ailleurs, sa position d’« intouchable » fait jazzer certains membres de l’exécutif local. L’un d’entre eux, lâchera : « La majorité des directeurs sont assis sur un siège éjectable, ce n’est pas le cas de tout le monde », nous confiera un directeur. Toutefois, l’actuel ministre s’est montré assez sévère vis à-à vis de son directeur. D’ailleurs, et lors de sa visite officielle à Bouira, au mois d’octobre dernier, M. Chialli n’était pas satisfait du travail de son DTP et il l’a fait savoir : « Ces lenteurs sont inacceptables, et ceci, d’autant plus que les projets en question revêtent un caractère vital (…). Il est impératif d’accélérer la cadence des travaux et de combler les points noirs constatés ».
Ramdane Bourahla

